Histoires Paranormales

06 janvier 2013

LE DÉCÈS DU DÉPUTÉ NICÉPHORE AWWADAM ET SES SUITES

 

LE DÉCÈS DU DÉPUTÉ NICÉPHORE AWWADAM ET SES SUITES

S’il est bien des individus dont le passage vers un monde meilleur a plus réjoui qu’affligé, le tristement célèbre politicien Nicéphore Awwadam devrait en être le chef. Tour à tour plombier, Ministre fibreux du Plan puis Député Régional (cherchez l’intrus), il a semé durant son cursus la malversation, les combines fumeuses, la confusion et la désolation. Des innocents, des orphelins, des veuves ont été privés de leurs droits, de leurs biens, de leur dignité, de leur souffle même. À l’Office Préhistorvillois de Vérification des Marchandises (OPVM), c’était la liesse générale lorsqu’on apprit que l’indigne Nicéphore venait de trépasser. On y improvisa d’ailleurs une réception ! Et pour cause : le parlementaire y a marqué fort négativement le personnel. L’histoire, aussi rocambolesque que sordide, est trop longue pour être racontée en ces lignes.

La mort même de Nicéphore Awwadam survint dans des circonstances trop honteuses pour être divulguées en public. Officiellement, une crise cardiaque l’emporta. La réalité n’est pas en fait si différente : le mec creva à la suite d’intenses ébats sexuels dans une chambre d’hôtel de Toutouvilles, avec comme partenaire de plaisir… l’une de ses nièces, une jeune fille de 22 ans ! Lorsque l’on connaît les tendances spirituelles de Nicéphore, on ne peut outre-mesure s’étonner. Notre politicien en effet, adeptes de pratiques diverses et variées plus ou moins satanistes, se comporta envers lui-même et surtout envers ses semblables de bien étrange manière… même après son dernier soupir.

Ce 12/12/2012 donc, Awwadam expira. Son partenaire de nièce prit la tangente. Elle est recherchée par la police dans toute la province de Coriace, du moment qu’on la soupçonne d’homicide. La chose n’est pas à exclure. C’est que la meuf a été initiée à des rites magiques sacrificiels depuis sa plus tendre enfance. Toutefois, là n’est pas la question. Il s’agit à présent de rapatrier la dépouille du député à Préhistorvilles, sa ville de résidence. Pour ce, tout un avion est apprêté à l’aéroport Topaze. Les membres de famille éplorés, une délégation parlementaire et d’autres proches plus ou moins proches de Nicéphore sont à bord de l’appareil qui vient de décoller ce 13/12/2012 à 9 h précises. Le temps à Malether est superbe. Cependant, 30 minutes de vol plus tard, le Prixon C473 se met à danser dangereusement la gigue. Le pilote n’y pige que dalle : pas de vent violent signalé ni de front nuageux en vue. Par ailleurs, les instruments n’indiquent absolument aucune défaillance technique. Le réservoir est plein. Pourtant, à chaque seconde qui passe, l’avion menace de s’écraser. Qu’est-ce donc à dire ? Tout aussi paniqué que le reste des passagers, le personnel navigant signale bientôt à la tour de contrôle de Préhistorvilles que le vol est annulé : l’avion rebrousse chemin. Curieusement, le trajet retour se déroule sans pépin ! Tout le monde est content de descendre et personne ne souhaite monter à bord de quelque engin volant avant longtemps. Même les moins superstitieux ont l’impression que Nicéphore ou des forces à sa solde veulent empêcher l’arrivée de certains individus à Toutouvilles. Unanimement, il est décidé, non plus de rapatrier le corps du député par avion, mais de le faire venir à Malether par route à l’aide d’un véhicule qui quittera Toutouvilles vers Préhistorvilles et non l’inverse.

Le corbillard luxueux, le cercueil en bois d’ébène, le cadavre à l’intérieur, les occupants en vie dudit corbillard y compris le chauffeur, s’évanouirent dans la nature quelque part le long du voyage ! Jusqu’au jour d’aujourd’hui, cette disparition n’a pas encore été élucidée, les services de l’ordre et des renseignements s’étant surtout illustrés par leur impuissance. Officiellement donc, nulles obsèques n’ont été organisées, ni aucun enterrement. Et fait insolite, aucun membre de famille du politicien ne réclama la dépouille de ce dernier, personne ne s’émut de ce qu’on ne l’ait jamais retrouvée, pas même l’épouse ou encore les enfants ! À croire qu’ils savaient ce qui s’était tramé.

Aux dires de rumeurs plus ou moins fondées et se recoupant assez bien, le corbillard emprunta un sentier perdu dans la savane des Imprenables, très loin de l’autoroute, en pleine brousse. Au milieu de nulle part, Nicéphore Awwadam fut inhumé selon un rituel à la fois compliqué et extrêmement hermétique. Assistèrent à ces sulfureuses cérémonies plusieurs poids lourds du monde occulte imaginien.

Le parlementaire mourut comme il a vécu : sous le sceau de la magie et d’obscurs modes opératoires.

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21 août 2011

AYIM-AK-DRONT, EAU LÉTALE, EAU SALVATRICE

 


Près de la frontière Fibro-Gluante, à 650 km au Nord-Ouest de Malether, se situe le lieu-dit Dront. Entourée de grillages et surveillée par l’armée imaginienne, une petite cavité de 15 cm de diamètre s’enfonce dans le sol sablonneux du patelin. Sa profondeur est insondable, ce qui constitue le premier mystère de cette curiosité de la nature.

Mais il y a mieux : l’orifice s’avère être une espèce de source : il y jaillit une eau extrêmement pure, pas plus de deux fois l’année et durant pas plus de 10 minutes. Fait hautement irrationnel, de façon tout à fait imprévisible, le liquide aqueux ne se répand pas alentour. Il se contente plutôt de faire du surplace, à la manière d’une fontaine artificielle.

Seuls quelques individus triés sur le volet (pas plus de 50 à chaque fois) ont le droit de puiser à Ayim-ak-Dront. L’Armée imaginienne ne versant pas (du moins officiellement) dans le business, elle ne stocke guère (officiellement toujours) l’eau de cette source à des fins lucratives et la revend pas ipso facto contre espèces sonnantes et trébuchantes. Il est par conséquent, en toute période de l’année, toujours un groupuscule plus ou moins dense de personnes convaincues des vertus du liquide jaillissant, campant quasi-quotidiennement dans les parages en attendant le moment M. Et quand la Providence leur sourit, l’eau d’Ayim-ak-Dront est écoulée par eux au prix le plus fort, en violation de toutes les lois sur les marges bénéficiaires.

Une fois ayant entre les mains le récipient rempli, l’acheteur ou l’heureux possesseur dont la patience sur terrain a payé pourra remarquer que l’eau y contenue émet dans l’obscurité une légère fluorescence bleutée. Autant vous le dire tout de suite : aucune substance chimique ni aucun rayonnement connu ne sont responsables de cet intrigant phénomène. Un mystère de plus qui devrait alerter le quidam proprio. En effet, la substance que renferme le récipient est un couteau à double tranchant, porteur de malheur fatal et de chance inouïe, selon le côté de la lame où l’on se situe.

  1. Eau tueuse

Un proverbe alagnil résume parfaitement l’unique cause de décès (souvent dans des circonstances violentes et/ou inexpliquées) due à Ayim-ak-Dront : « Ok alem Ayim-ak-Dront, ook afuk ». Ce qui peut se traduire en français par : « Ne bois pas l’eau d’Ayim-ak-Dront, sous peine de mort ». Tout pur que soit ce liquide, il est vivement recommandé de n’en absorber aucune gorgée si l’on tient à ses jours. Voici cinq cas non limitatifs des victimes téméraires :

-         Le Docteur Wrangel Escortonovitch, écrasé par un piano tombé du 10e étage d’un immeuble qui en avait 30

-         Dypro Skinstained, Ministre du Tourisme de Coriace, emporté ad patres par une balle de golf qui se logea dans sa gueule alors qu’il ricanait on ne sait trop pourquoi et ce, loin de tout terrain où se pratique ce sport

-         Plectrude Nozokom, célèbre mannequin de la marque des cosmétiques Baryplatin, retrouvée par terre dans son luxueux salon, baignant dans une mare de sang sortant de ses orifices buccaux et nasaux

-         Belinda Aamik, PDG du groupe de presse préhistorvillois Nguma Found Out, en voyage d’affaires vers Solarvilles, disparut, sans laisser de traces, elle et son avion privé (qu’elle pilotait en solitaire), en plein désert des Tumuli

-         Kurt Monulatrox, artiste sculpteur sur glace, découvert (ironie du sort) dans une chambre froide à deux pas de chez lui. La thèse du suicide n’est pas à écarter, d’autant plus que le gars était maniacodépressif

  1. Eau à baraka

Détenir par devers soi ou dans son domicile, ou encore appliquer sur son corps (après mélange ou pas) Ayim-ak-Dront fait, a ce qu’il parait, le plus grand bonheur du concerné. Un dicton alagnil vieux comme Imaginos le confirme d’ailleurs : « Ikos ilemo Ayim-ak-Dront et, a ok azep ognemob ». Traduction littérale : « Tant que tu ne bois pas Ayim-ak-Dront, elle te donnera du succès ». Et les exemples ne manquent guère, parmi lesquels je cite cinq :

-         Yvonne Andragornio, en 2009, a gagné quatre fois au loto l’équivalent d’environ 9 000 000 I (45 000 000 de dollars obamiques !). Une partie d’Ayim-ak-Dront est gardée chez elle, une autre dans un coffre-fort et le reste emprisonné dans un petit pendentif qu’elle porte autour de son cou

-         Depuis que Chimène Ibmiva se trimballe avec l’eau de Dront dans son sac à main, elle prétend avoir échappé à un naufrage qui tua presque les ¾ des 370 passagers, pris plusieurs plats empoisonnés sans dommage pour son organisme, voire… être tombée d’une longue échelle sur la tête et s’en être sortie indemne. Des témoins sont là pour confirmer la véracité des faits

-         Dismas Flatronas est passé en sept mois de simple balayeur à Président du Conseil d’Administration d’une grande compagnie informatique d’Imaginos. Tant qu’Ayim-ak-Dront luit dans sa bague, les finances de l’entreprise se portent comme un charme : elle réalise en effet des bénéfices insolents…

-         Uriel Tranglonn ne tombe plus malade à dater du jour où il garde le liquide précieux de Dront chez lui dans plusieurs petits vases. Aucune affection, aucun malaise ne l’atteignent. Même ses blessures semblent guérir avec une miraculeuse rapidité. Quant a l’amputation ou au coup de balle dans la tête ou dans la poitrine, Uriel n’a jamais tenté l’expérience  

-         Raven Shrutignac affirme que sa peau, de la plante des pieds au cuir chevelu, pétille de fraicheur et de vitalité grâce à un bain quotidien a base de 10 litres d’eau du robinet et de six gouttes d’Ayim-ak-Dront. Son épiderme ressemble à celui d’une jouvencelle de 18 ans, alors qu’elle a plus de 65 ans printemps. Raven a failli maintes fois succomber à la tentation de gober quelques lampées du fameux liquide afin, selon elle, de retrouver définitivement la vigueur de sa jeunesse. Qu’elle ne cède, de peur de sombrer dans l’inertie éternelle du trépas…

 

 

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15 mars 2011

LA GARDE DES ENFANTS ? N’Y PENSE MÊME PAS… !

 


Tribunal de Paix du 7e Arrondissement de Malether. Le magistrat vient de prononcer le divorce du couple Simone Waaktubi et Matthias Och’Qiz. Le jugement précise également que l’ex-mari aura la garde exclusive des enfants à dater de dorénavant, pour ne dire désormais, autrement dit à partir du 22 juillet 2010, jour du prononcé. Dès la sortie de la salle d’audience, Matthias se précipite vers chez lui, embarque ses deux filles dans sa bagnole ainsi que quelques effets, puis file à toute allure vers une ville à 176 km au Nord où il a une résidence : Alednef-sur-Stégonia.

Mais Simone n’est pas une pleurarde. Par ailleurs, elle ne s’avoue jamais vaincue. Croyant avoir raison sur toute la ligne dans l’affaire, néanmoins contente de s’être débarrassée de son ex-époux, elle estime, à tort ou à raison, que les gosses doivent rester avec elle. Le verdict de l’institution judiciaire ne lui disant rien qui vaille, d’autant plus que le juge en question s’était illustré deux ans plus tôt dans une vénalité certaine, la dame se résout à user de moyens aux antipodes du droit commun pour obtenir gain de cause. Sans même rentrer at home, elle se rend en bus non loin du village maudit de Tombolo, au sein d’une localité à 12 km de là, à plus de 300 km à l’Est de Préhistorvilles : Ungluntub. Il y crèche son oncle maternel, un dénommé Fak Indrestk, grand occultard qui s’essaie dans le satanisme sacrificiel.

Sauf qu’ici, pas question de tuer quelqu’un. Tout ce que veut Simone, c’est ses filles. Contraindre son ex à les lui rendre ne requiert pas l’usage d’un missile sol-sol. Une petite terreur suffit. Et Matthias, tout le monde le sait, est un gars facilement influençable qui flippe à la vue d’une souris morte. Mais comme disent les Ivoiriens : « Souris, c’est petit, dèh ! ». Fak Indrestk a plus d’un tour dans sa grosse marmite bouillonnante. Il promet à sa nièce de ne pas éliminer Matthias. Toutefois, il ne lui dévoile pas les arcanes et le modus operandi de ses artifices maléfiques. Ce qui est certain, garantit le sorcier, est que les mioches rentreront à Malether en moins de trois jours. Rassurée, Simone remercie d’avance Fak, monte dans sa bagnole et rentre à la capitale fibreuse.

Le lendemain 23 juillet 2010 à 15 h, sous une pluie battante, Matthias suit la Saison 4 de Cumon Balls, une série porno appréciée des connaisseurs imaginiens. Les enfants s’amusent à une kermesse dans les parages et ne seront de retour que vers 19 h. Entre deux parties de hanches mouvementées, l’électricité s’interrompt subitement. Un éblouissant éclair suivi d’un très violent craquement de tonnerre se prolongeant en échos lourds tétanise notre pervers. Il en a la bouche asséchée et le cœur rythmant 150 coups la minute. Matthias a la très nette impression que la foudre a frappé à deux pas de sa piaule. Son ressentiment n’est pas infondé : le cocotier de la parcelle achève une totale carbonisation, malgré l’averse. L’ex de Simone n’en a pas fini de s’étonner du spectacle qu’un coup de fil le fait sursauter. Il y a de quoi : il ne s’est jamais servi de la carte SIM à l’intérieur de son photophone, carte SIM qu’il a du reste achetée il y a un moins de trois heures. Un peu effrayé, le gars décroche : « Allo, Matthias ! Comment se portent mes charmantes petites-filles ? ». La peur cède la place à l’effroi. En effet, l’ex-mari reconnait la voix à l’autre bout de la ligne : Fak, l’oncle à Simone. Les doigts tremblants, la touche NO est rapidement appuyée. Cependant, ô magie de haut vol, l’appareil ne réagit pas, mais au contraire… se met en mode main libre sans qu’on le lui demande.

-         « Alors, petit. On veut garder les mômes pour soi ? C’est pas très courtois, ça. Et fort malpoli vouloir couper la conversation quand un supérieur appelle. Le savoir-vivre ne fait pas partie de tes préoccupations, apparemment

-         Que voulez-vous ?

-         Je me rends compte que la foudre de tout à l’heure a perturbé dangereusement ta cervelle de piaf, au point que tu poses une aussi peu intelligente question

-         Vous n’aurez jamais Catherine et Leila

-         Je me ferais un immense plaisir de la surface de ce monde, espèce de salaud. L’éclair t’aurait atteint de plein fouet. Ne crois pas un seul instant que je me suis trompé de cible. J’ai visé ailleurs parce que Simone ne veut pas te voir dans un coffre vaguement hexagonal en bois de sapin. Avant après-demain 18 h, je veux que les bambines soient déposées chez ton ex-femme. T’as vivement intérêt à t’exécuter ; autrement, ta vie sur ce plan physique sera rayée et n’intéressera plus que les historiens et les compagnies d’assurance. »

La volonté surnaturelle prenant toujours le dessus sur quelque pièce juridique à Malether, fût-elle issue d’une Haute Cour, Matthias, à son corps défendant, pour ne pas dire à contrecœur, c’est-à-dire bien malgré lui, est réduit à occuper seul sa maison d’Alednef-sur-Stégonia, loin de sa progéniture et de la chaleur indispensable d’une épouse attendrissante, sa vie partagée entre son boulot de testeur logiciel et ses films de cul.  

 

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04 juin 2010

LE CARRÉ ANOMAL ORIENTAL

LE CARRÉ ANOMAL ORIENTAL

Dans la sous-région Ebrotin, à 780 km de Préhistorvilles, à environ 330 km à l’Est du village maudit de Tombolo, se trouve une pénéplaine semi-herbeuse de 1 732 m sur 1 709, donc grossièrement de forme carrée, en plein milieu d’une épaisse forêt montagneuse. Aucune route terrestre n’y mène, même pas un sentier de fortune. Hormis quelques scientifiques et touristes, très peu de gens se plaisent à s’aventurer dans le coin. D’aucuns nomment le secteur le « 5e lieu maudit de Fibreux » ; d’autres, à l’expression plus didactique, parlent plutôt, pudiquement d’ailleurs, du « Carré Anomal Oriental ». C’est que la zone concernée, presque à l’extrême Est de la région fibreuse, est dotée de moult propriétés qui ne peuvent laisser indifférents ceux qui sont épris de mystères…

1. Le « phénomène 26 kHz »

De manière absolument imprévisible et durant un temps tout aussi fluctuant (de quelques secondes à plusieurs jours), des ultrasons de forte intensité (et d’intensité variable) semblent provenir du sol et du sous-sol. L’étrange caractéristique desdits ultrasons est qu’ils ont une fréquence exacte de 26 144 Hz, soit environ 26 kHz. À la manière dont ces ondes sont émises, il y a de quoi se demander si leur origine est naturelle : on n’a aucune fois vu à Imaginos Dame Nature produire ce type de phénomène, même pas lorsque la terre tremble. Notez en outre que les pics d’intensité se situent au sommet d’un monticule d’une base de 51 m et d’une hauteur de 103 m, monticule surgissant brusquement de la surface globalement plane de l’endroit. Les fouilles et les divers moyens de détection n’ont révélé aucun appareillage, rocher ou minerai particulier en profondeur susceptible de produire le « phénomène 26 kHz ».

Phénomène dont les propriétés physiologiques sur l’espèce humaine ne sont pas des plus plaisantes. Maux de tête parfois violents, vertiges, nausées, fatigues, hallucinations de tous types sont ressentis régulièrement lorsque les ultrasons sont émis. De nuit, par temps clair, on a l’impression angoissante d’être observé par une entité surnaturelle. La lune, si elle est pleine, paraît plus grosse que de coutume ! Certains médiums, durant l’émission des ondes, se sentent encore plus extralucides que d’habitude.

Le réseau téléphonique ou Infoway ne passe pas au Carré Anomal Oriental, non pas suite à quelque mystérieuse cause, mais parce que le groupement humain le plus proche est à 200 km à vol d’oiseau. Aucune compagnie des télécoms n’a jugé bon y perdre son fric en y plaçant des antennes relais. En revanche, le GPS, le téléphone satellitaire, la boussole, eux, fonctionnent sans anicroche. De même, il n’a été décelé aucun comportement insolite chez les animaux, vertébrés ou invertébrés, ni aucune croissance atypique des plantes au sein de la zone.

2. Ombres troublantes et curieuses perspectives

Le Carré Anomal Oriental est doté d’une série de propriétés qui, non seulement n’ont pas encore trouvé d’explications scientifiques sérieuses, mais encore inquiètent et rendent perplexe tout esprit curieux.

C’est ainsi qu’en plein soleil, à n’importe quelle heure de la journée, il n’est pas rare de remarquer l’absence totale d’ombres ! Parfois, elles semblent « tourner », en ce sens qu’elles se déplacent plus vite que le mouvement apparent de l’astre du jour et reviennent à la position initiale quelque temps après ! Autrement dit, les ombres prennent des positions contraires aux lois de l’optique… Toujours en violation flagrante des lois de la physique, lesdites ombres s’allongent anormalement en des directions aléatoires, voire, et c’est assez effrayant, se « détachent » du corps qui les produisent tout en glissant lentement sur le sol pour disparaitre à la limite du Carré Anomal !! Plus mystérieux encore : même lorsque le ciel est sans nuages, se projettent parfois des ombres de cirrus ou de cumulus qui peuvent engendrer temporairement une atténuation de la lumière ambiante. En d’autres termes, le soleil luit, mais sa clarté est pâle au point que quiconque peut le fixer sans dommages sur la rétine !

Un autre détail visuel intrigant facilement remarqué au Carré Anomal Oriental est les aberrations permanentes de la perspective. Celle-ci semble ne pas exister dans le secteur ou, du moins, semble très limitée ou totalement déformée. Les objets très éloignés de l’observateur paraissent être à quelques pas. En certains endroits, les arbres, pourtant distants de plusieurs dizaines de mètres et en suivant une ligne verticale, donnent l’impression d’être alignés horizontalement sans grand écart entre eux, comme ils étaient serrés ! C’est en se rapprochant desdits arbres qu’on comprend, au fur et à mesure, que la réalité est toute autre. Et la sensation ressentie ne peut se décrire en mots, tant elle est déconcertante.

Les ombres troublantes et les curieux effets de perspective, au départ, étaient mis dans le compte des hallucinations provoquées par l’étrange « phénomène 26 kHz » exposé supra. L’on démontra très vite que lorsque surviennent ces singulières manifestations, l’émission ultrasonore s'avère fort souvent absente. Du reste, du moment que la caméra ou l’appareil photo parvient à enregistrer parfaitement et les ombres et les bizarres perspectives, la thèse de l’hallucination s’écroule. L’explication est ailleurs, mais on ne sait pas encore où…

3. Disparitions définitives et instantanées des biens et des personnes

La raison majeure qui décourage, voire repousse, un séjour prolongé au sein du Carré Anomal Oriental, tient en un phénomène autant illogique que déstabilisant : les disparitions subites des choses (animaux compris) et des individus. Qui n’a jamais, dans la zone, perdu son calepin ou son phone portable en poche ou dans son sac, alors qu’aucune ouverture n’aurait permis qu’ils tombent par terre ? Il y en a qui se sont retrouvés dans leur plus simple appareil en une fraction de seconde ! Plaisanteries inter-dimensionnelles ou phénomènes hasardeux, quoique paranormaux ?

Moins drôle est la volatilisation des troupeaux entiers de moutons et de porcs, comme la chose a eu lieu le 1er avril 2009. Et ce n’était guère un poisson ! Ou encore l’étonnant spectacle auquel assistèrent pas moins de 130 touristes (et filmé par huit d’entre eux) : l’évaporation foudroyante et inopinée d’un épais vol d’oies sauvages le 2 aout 1993 à 16 h 13 locales.

Encore moins marrantes s’avèrent les disparitions des personnes. Certes le phénomène est beaucoup plus rare (environ une fois dans un intervalle moyen de 10 ans) et moins intense (jamais plus d’une disparition à la fois), mais tout aussi ahurissant. Le couple Martin et Abigaël Ednebil restera à jamais marqué par le déchirant souvenir de leurs fils Dimitri qui s’est évanoui dans la nature et derrière un gros flamboyant lors d’une partie de cache-cache avec sa cousine, un certain 9 juillet 1999. De même, toute la région de Fibreux n’oubliera pas de sitôt la disparition soudaine, en plein reportage télé et en un instant, de la journaliste Blandine Klirtz-Maziw, miracle dramatique qui s’opéra devant plusieurs millions d’yeux estomaqués qui suivaient avec attention le journal de 13 h de ce 2 juin 2010 à la chaîne Nguma TV. On ne retrouva pas la pulpeuse dame, même pas l’une de ses boucles d’oreilles, encore moins sa bague de mariage de 35 carats sertie de diamants dont elle vantait la beauté à qui aimait l’écouter ! Pour la petite histoire, il est bon de savoir que Blandine a toujours figuré parmi les pourfendeurs les plus acharnées des choses paranormales qu’elle ne manquait d’ailleurs pas de tourner en dérision dans chacune de ses interventions filmées. Subit-elle une punition astrale ? Aux spécialistes du domaine de répondre…      

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25 mars 2010

ÉTRANGES BRUITS NOCTURNES PRÉHISTORVILLOIS

ÉTRANGES BRUITS NOCTURNES PRÉHISTORVILLOIS

La capitale fibreuse Préhistorvilles, alias Malether, brille dans le mystère et dans l’inexpliqué, surtout dès la nuit tombée. Il est même de ces coins dans cette ville qui connaissent une activité paranormale permanente, si persistante que les chroniqueurs de l’étrange sont las de raconter la même histoire sur le même lieu. À moins qu’il y  ait agression ou mort d’homme, la police ne prête d’ailleurs plus attention depuis belle lurette aux récits qui tombent sur la table de ses commissariats, récits considérés comme normaux, aussi normaux qu’un lever de soleil.

Je vous expose dans cette page web quatre types de manifestations qui se déroulent au moins neuf nuits sur dix à Malether. Leur commune particularité réside en ce que bien qu’étant souvent invisibles à l’œil humain profane, elles se présentent sonores, « atypiquement » sonores. Le bizarre n’est pas les sons en soi, mais le moment et l’endroit où lesdits sons se font entendre…

1.  Le marché « parallèle » d’Eznewplace

La place marchande la plus fréquentée de Préhistorvilles, au premier arrondissement, est le siège d’une activité trépidante toute la journée… et toute la nuit, avec la même intensité, mais, pour ce dernier cas, dans l’invisible. Cinq heures après que le dernier vendeur a laissé son étalage, alors que le marché semble vide, un murmure, bientôt transformé en un brouhaha de conversations, est parfaitement perceptible. On entend les sons du quotidien, comme les klaxons, la musique d’ambiance, les chants des oiseaux… dans un endroit désert ! Au sein de ce décor auditif fantasmagorique, on peut même s’amuser à se faire tamponner, en pleine route… Bien entendu, l’engin traverse quiconque se pointe sur son passage, sans dommage ni choc !

Aux dires des gens, tous ces étranges phénomènes existent depuis qu’Eznewplace est une place marchande, c'est-à-dire depuis 1781. Et Dame Science, depuis 1781, se perd en conjectures en essayant d’expliquer lesdits phénomènes. Comme cependant les savants n’aiment guère paraître ignares, silence total dans la presse et dans les médias, comme si rien ne se passait à Eznewplace.

Quelques vendeurs (bien physiques et bien réels, ceux-là !), dont la curiosité et le courage sont conséquents, ont plusieurs fois tenté l’expérience d’étaler leurs marchandises à leur lieu habituel de service, ou encore de s’installer dans leur shop. Immédiatement, un sentiment d’oppression et de grande angoisse, presque de panique, les envahit, à croire qu’une présence sournoise, voire maléfique, les observait. Rares sont ceux qui ont osé passer plus de dix minutes dans le marché…

Autre anomalie : aucun microphone n’est en mesure d’enregistrer le moindre son nocturne à Eznewplace. Quant aux caméras, que ce soit avec cassette ou à disque dur, ou encore à mémoire flash, elles plantent dès les premières secondes d’enregistrement ! On a également signalé des polarisations inexplicables de batterie. Plus curieux : les boussoles, au même moment, perdent leurs propriétés magnétiques à Eznewplace, l’aiguille aimantée oscillant et se dirigeant au gré des mouvements du boîtier ! Les boussoles électroniques et les GPS ne font pas mieux : ils dysfonctionnent en donnant mauvaises directions et coordonnées faussées. Ce dernier phénomène, soit dit en passant, survient quotidiennement au village de Tombolo, à environ 350 km de là, à l’est.

Somme toute, le marché principal de Malether semble une « porte induite », un endroit où, durablement (quasiment toutes les nuits et pendant au moins six heures) la frontière entre deux mondes est si tenue que l’on ressent auditivement et sentimentalement les effets de l’ « autre côté ». Mais, loin s’en faut, Eznewplace ne détient pas le monopole préhistorvillois de ce genre de comportements non normaux…

2.  Le cheval (rose) du Quartier Hasmadrur

Au Sud de la capitale fibreuse, dans une bourgade sans nom, mais rattachée administrativement au cinquième arrondissement, plusieurs résidents du Quartier Hasmadrur vivent depuis je ne sais combien d’années une chose qui, malgré son caractère répétitif, ne manque pas de les effrayer. En effet, un animal galopant et hennissant, probablement un digne représentant de nos amis équidés, s’amuse à faire une ronde à sa manière dès minuit tapante. Les bruits de sabots s’entendent parfaitement sur le sol pavé des rues, parfois rapides, souvent d’un rythme mesuré et tempéré. D’habitude, notre cheval ne se laisse pas voir. Si toutefois vous lui lancez un défi de style « Montre-toi, sale créature de mes deux des enfers !», il apparaîtra dans un détour de ruelle sous une magnifique parure… rosée ! Malheur à celui ou à celle qui aura eu le loisir d’admirer cette entité chevaline sous cet aspect peu rassurant, surtout lorsque ses yeux commenceront à briller d’une lueur orange intense et que sa langue bifide et fourchue sortira de sa gueule. Le cas, plus que déroutant, car réellement démoniaque, s’est produit le 16 juin 2008 lors d’une séance d’exorcisation du quartier. Croyez-moi sur parole : dans les heures qui suivirent cette apparition (très brève par ailleurs, car le « cheval » s’éclipsa les secondes qui suivirent), toute la foule fut prise de malaises divers et parmi les 154 personnes présentes, 82 moururent au petit matin, y compris le prêtre exorcisant ! L’infernal équidé continue sans discontinuer sa nocturne patrouille. Comme à l’accoutumée, personne n’aime, dans le quartier, sortir ou rentrer entre minuit et six heures, de peur d’abréger ses précieux jours.

Petits détails additionnels : là où est passé le mystique cheval règne une désagréable odeur d’œuf pourri… De plus, l’unique photo connue dudit cheval a le terrible pouvoir de frapper de cécité totale et irréversible quiconque la contemple plus de dix secondes. Inutile de préciser que cette photo ne sort que très rarement de l’album de son possesseur, lequel album est soigneusement conservé quelque part.

3.  Le « train routier » de l’Allée Lizafum

L’Allée Lizafum ceinture au moins trois arrondissements à l’Ouest de Malether. Ayant exactement 23 km de long et 30 m de large, il s’agit de l’une des voies les plus fréquentées de Préhistorvilles et ce, à toutes les heures. Sauf entre deux et cinq heures du mat, période au cours de laquelle, pour des raisons que je vous détaillerai plus loin, les conducteurs jugent prudent de stationner ou carrément de piquer un roupillon.

C’est qu’une locomotive invisible (reconnue telle de par son bruit caractéristique), six nuits sur sept, voire toutes les nuits en certaines années, effectue un trajet du kilomètre 3 au kilomètre 22 de l’Allée en seulement deux minutes et quinze secondes ! Au bout de ce trajet, le bruit stoppe subitement, comme si on avait appuyé sur la touche « pause » en suivant un film ! Bien entendu, au départ, c'est-à-dire au kilomètre trois, l’invisible train démarre tout aussi subitement.

Un calcul simple permet de se rendre compte que l’engin à soupapes défie allègrement les lois les plus élémentaires de la physique : hormis sa nature non apparente, la locomotive file à plus de 500 km/h !!! N’a-t-on jamais vu une machine de ce type atteindre pareille vitesse…

En outre, tout le temps que dure le passage de l’engin occulte, des variations électriques du courant du secteur, dans un rayon de cent mètres, se remarquent. On dirait que dans des intervalles réguliers, la tension baisse, puis reprend. Toutefois, les boussoles et les appareils qui ne sont pas branchés sur une prise ne sont pas affectés par ces fluctuations pour le moins inhabituelles.

Ce sont les conducteurs qui sont confrontés aux phénomènes les plus bizarres engendrés par la manifestation de la locomotive de l’au-delà. Quelque véhicule, en effet, qui se retrouve dans la trajectoire de ladite locomotive subit d’incompréhensibles crevaisons des quatre pneus au même moment, ainsi qu’une fuite de radiateur tout aussi aberrante. D’aucuns ont quelquefois rapporté de mystérieux échauffements de la carrosserie, suivis de l’explosion du véhicule. Bien évidemment, l’instant de survie prenant toujours le dessus, le chauffeur et les éventuels passagers détalent comme des lièvres dès qu’il fait un peu trop chaud à l’intérieur. Il n’a été signalé à ce jour qu’un seul cas de décès, le 17/7/1991, celui d’une magistrate trentenaire dont les portières du véhicule étaient toutes bloquées au moment de la montée de température de sa Xiphonne ([1]).

Suite d’ailleurs à cet accident mortellement irrationnel, un panneau spécial est placé tous les 500 m le long de l’Allée, indiquant qu’il est vivement déconseillé d’y rouler nuitamment, spécialement entre deux heures et cinq heures du matin.

4.  Le pont Ibnostâp

La rivière Stégonia qui longe Malether du côté du soleil levant, est traversée de ponts de tous types. Au 15e arrondissement, menant tout droit vers le Faubourg Saint-Niergs, l’un de ces ouvrages, tout de béton construit, est fièrement projeté. Outre l’ancienneté appréciable de l’édifice, le pont dont question porte même un nom, différent de celui de la rivière qu’il enjambe et du quartier où il se situe : Ibnostâp. La signification dudit nom se perd dans la nuit des temps.

Ibnostâp, lieu parfait des rencontres amoureuses, change de nature une fois l’obscurité tombée, en se transformant du coup en lieu de rencontres paranormales. En certains moments de l’année, spécialement lors des équinoxes, des cérémonies à quatre ou à cinq se tiennent aux coins ou aux bords du pont. L’actuel maire de Préhistorvilles, le dénommé Rigo Ubamak, passionné dit-on d’ésotérisme, participerait auxdites cérémonies ! Chose difficile à vérifier, vu que, comme par hasard, lors des rituels, une présence policière anormalement élevée empêche tout accès à l’édifice durant deux heures.

Il est néanmoins des trucs encore moins clairs qui se déroulent fréquemment sur Ibnostâp, nullement du domaine de la spéculation.

À partir de 22 h, tout piéton déambulant sur l’ouvrage peut entendre, juste derrière lui, un curieux et insistant son de vieille brouette qui semble le suivre pas à pas, qui cesse lorsque le promeneur ou la promeneuse s’arrête et qui reprend au moment où il ou elle reprend sa marche ! Quand cette blague de mauvais goût de l’au-delà vous frappe, ne vous retournez pas, histoire de savoir qui en est l’auteur, pour rien au monde : vous disparaîtrez à l’instant, avec ceux qui vous ont vu vous éclipser ! Et ne pensez pas que vous raconterez votre aventure dimensionnelle, car nul n’a, à ma connaissance, échappé à ce kidnapping pour le moins particulier.

Raison pour laquelle, et c’est on ne peut mieux justifié, hormis quelques aficionados du monde des ténèbres (si l’on considère leurs pratiques comme un sport) et quelques inconscients, tout le monde, d’instinct (aucun panneau ne signale un danger de disparition humaine), évite de circuler à pieds, seul ou en groupe, sur le pont Ibnostâp dès qu’il fait sombre. Que les conducteurs des bagnoles, camions et autres motos soient rassurés : la malfaisante brouette invisible et ravisseuse ne les a jamais importunés...


[1] Xiphonne est l’une des marques de monospaces les plus vendues à Imaginos.

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16 juin 2009

Étrange ciel fibreux

Étrange ciel fibreux

  Depuis Dieu sait combien de siècles, la population fibreuse, voire de ses alentours, a de temps à autre l’impression qu’au-dessus de sa tête, les choses ne tournent plus rond. Elle est confrontée, en effet, à des phénomènes tellement inattendus et irrationnels qu’il y a lieu de se demander s’ils sont atmosphériques ou astronomiques. Ce qui est acquis, c’est qu’ils sont célestes… Et fort heureusement, il est question de phénomènes relativement rares. Je vous livre ici les cas les plus saillants et les plus déroutants, en m’efforçant de donner ceux plus proches de nous.

1. Pluies de n’importe quoi, sauf d’eau…

  La nuit du 17 au 18 mars 1994, une partie du douzième et du premier arrondissements de Préhistorvilles connut une véritable averse qui dura un peu moins d’une heure. Au petit matin, les paisibles citoyens furent estomaqués lorsqu’ils virent non pas des flaques d’eau, mais… de sang ! La rivière Stégonia ainsi que les caniveaux charriaient le même liquide. Des analyses pointues révélèrent que c’était du sang… de canard ! Pour les scientifiques sceptiques, la messe était dite : nos palmipèdes en migration auraient été victimes d’un accident de type collision. Explication tordue, voire obtuse : faudrait au moins 100 000 canards pour produire autant de sang. Canards dont on ne retrouva rien, même pas une rémige ! De plus, quel genre d’accident ? Relevons tout de même un détail : durant la sanglante précipitation, tout le monde, comme par hasard, dormait à poing fermé, de sorte que l’on ne vit que l’accomplissement du phénomène, mais pas son commencement ni son déroulement…

  Moins agréable fut la chute, sur plusieurs hectares de champs cultivés… d’excréments humains liquides et verdâtres !!! Cela se passa à Fluronc, à 471 km au Nord-Ouest de Malether (1), le 5 octobre 1999, de 14 h 20 à 14 h 35 environ de manière ininterrompue. L’odeur était tout simplement épouvantable. Par bonheur, personne n’était à l’extérieur au moment des faits. Nos doctes savants, comme à l’accoutumée, s’empressèrent de donner un sens à cette diarrhée aérienne : un avion aurait malencontreusement vidé ses toilettes là où il ne fallait pas. Sans blague ! La prodigieuse quantité de merde répandue (pour ne pas dire épandue) dépassait plus que largement en volume plusieurs Boeings 747, du moment que tout fut recouvert d’une couche de 30 cm ! Sacrés scientifiques, toujours le mot pour rire…

  Dans la ville d’Iletabom et dans sa périphérie directe, une extraordinaire pluie de fretins et de sardines surprit les citadins le soir du 24 mars 2004. Cet afflux de poissons prit une bonne demi-heure, ponctué de courtes pauses atteignant parfois trois minutes. Les arbres, les toits et le sol étaient jonchés de ces animaux aquatiques, par-dessus le marché vivants et frétillants ! Chose curieuse, nos sympathiques créatures étaient dépourvues d’écailles… Ceci n’empêcha pas plus d’un d’en faire une consommation immodérée, confinant à l’indigestion : ces poissons tombés du ciel (véritable don… du Ciel) avait, semble-t-il très bon goût. Ce qui n’était pas du tout le cas de la triste explication des météorologues dont la profonde stupidité ne méritait pas l’ombre d’une discussion : les poissons proviendraient de l’Étang Iponeug à 400 km de là. Il est bon de savoir qu’aucune trombe d’eau ne siphonna le fameux étang qui, par ailleurs, ne renfermait en son sein qu’une seule espèce de poissons : des silures…

  Une autre chute, malheureusement trop courte, réjouit les badauds de la Rue Spolionat de la bourgade de Nhytr, à 27 km au Sud de Préhistorvilles, en la matinée du 27 décembre 1998. En effet, 50 secondes durant, comme venant du néant à un point quelconque du firmament, mais pas très haut, des pièces de 50 astragales (2) s’abattirent massivement sur l’asphalte de la voie. Il y eut des dégâts matériels, mais bizarrement aucun blessé ni tué, bien que les pièces aient paru provenir d’une distance de 15 m de hauteur. Je le répète, cette monnaie providentielle sortait d’on ne sait où. Là, nos éminences grises ne virent aucune explication à fournir. En complicité avec les médias, ils décidèrent de carrément ignorer l’affaire ! La Science, à Imaginos, n’aime pas passer pour une conne…

  Le même jour, à dix kilomètres de là, six heures plus tard, à la place marchande d’une autre bourgade dénommée Fikofion, ce n’est pas du pognon, mais toutes sortes de choses, qui tomba des nues. Dans un rayon de 20 m, le sol était couvert de casseroles, guenilles, jouets pour enfants, chaussures usagées, voire… de téléphones portables et de téléviseurs ! Cette pluie d’un genre unique fit des victimes et causa de sérieux dommages : une dizaine de morts, 49 blessés, des étalages détruits. Le Père Noël avait-il eu une panne de traîneau ? En tout cas, on ne vit ni le gros vieillard ni son mythique moyen de transport lors de ces événements étonnants, pas plus que le moindre engin aérien, d’ailleurs. La seule chose dont est sûr est que la chute devait provenir d’assez haut. Une fois de plus, évitant le ridicule, les grands prélats de la Science se servirent de la redoutable arme du Silence. Silence radio, silence télé, silence dans la presse écrite. Seuls quelques sites friands de paranormal brisèrent ce honteux mutisme.

2. Jour ou nuit ?

  La date du 13 août 1990 restera à jamais gravée dans la mémoire de tout Imaginos, compte tenu du miracle quasi-biblique qui se produisit ce lundi matin. Une journée superbement ensoleillée s’annonçait. Les gens vaquaient ordinairement à leurs occupations, tout semblait se dérouler pour le mieux quand progressivement une obscurité anormale envahit une bonne partie de la région de Fibreux, Préhistorvilles compris. On aurait dit qu’une épaisse couche de nuages masquait l’astre du jour. Mais tel n’était pas le cas. Le soleil, aux yeux des observateurs éberlués, semblait rapetisser. Lentement, le ciel passa du bleu au vert pétrole et continua à s’assombrir. Le soleil prit l’aspect d’un petit point jaune qui disparut par après. Trois quart d’heure plus tard, le firmament prit une teinte brun foncé, puis vira en moins de cinq minutes au noir impénétrable ! À 11 h du matin, on se serait cru à minuit ! Les lampadaires s’illuminèrent automatiquement. Un mouvement général de panique gagna tout le monde, y compris les animaux diurnes. Les chauves-souris sortaient de leur tanière, ainsi que les hiboux, cafards et autres grillons. Les églises étaient bondées de fidèles s’imaginant leur dernière heure ayant sonné.

  Au plus fort de l’hystérie collective, après plus ou moins une heure d’obscurité totale, les ténèbres se dissipèrent de curieuse manière, comme si elles se dissolvaient ou s’émiettaient. En moins de 30 secondes, la lumière du soleil revint dans tout son éclat, manquant d’aveugler pas mal de gens. Vers midi dix, tout était revenu à la normale. Probablement désagréablement surprise, la gent nocturne regagna son repaire. Timidement, la population fibreuse reprit ses diverses activités.

  Les observatoires se retrouvèrent submergés de coups de téléphone les 24 h qui suivirent. Fallait bien que nos astronomes, si chers à leur déesse Raison, fournissent la clé de ce mystère quelque peu… ombreux. La clé, ils ne l’avaient pas… Pour rassurer les individus légitimement dépassés et stressés, à défaut d’explications logiques, il convenait de leur servir sur un plat des mensonges aux relents scientifiques. Pas question de raconter sur les ondes qu’il s’était agi d’une éclipse solaire. Le tartempion basique imaginien sait qu’une éclipse de soleil ne dure guère, dans sa phase totale ou annulaire, plus d’un quart d’heure. Or le noir d’encre prit une heure. Du reste, la disparition de l’astre du jour ne s’opéra pas comme avec une éclipse : le soleil semblait diminuer de taille, alors qu’en cas d’éclipse, il est doucement entamé. Cerise sur le gâteau, aucune éphéméride ne signala ce jour-là une occultation de quelque corps céleste que ce soit par un autre !

  À l’issue d’une malhonnête cogitation, les cerveaux enfiévrés des faiseurs de désinformation accouchèrent finalement ceci : la pollution atmosphérique couplée au gigantesque incendie de la sapinière de Lanztaz (3) créa un phénomène complexe de réfraction lumineuse qui engendra une atténuation presque totale des rayonnements du spectre visible. Il y eut certes incendie quelques heures auparavant. Mais la fumée issue du brasier fut transportée en direction de l’Ouest, à l’opposé de la région de Fibreux. Même au lieu de l’embrassement de tous ces conifères, le soleil luisait avec force ! Par ailleurs, les témoins du troublant spectacle de « nuit diurne » n’ont jamais rapporté qu’ils sentaient dans l’air comme une odeur de brûlé… Comble du malheur, à l’aide de schémas trompeurs obtenus grâce au concours salutaire de Dame Informatique, nos chercheurs parvinrent à faire gober cette pseudo-preuve au plus grand nombre.

  Certains autres chercheurs à l’esprit plus honnête et plus ouvert, histoire d’être au-dessus de la mêlée, désirèrent voir la chose de très haut en exigeant de l’ASI (4) des photos satellites de Fibreux et de ses alentours. Les serveurs de l’Agence ne fournirent et ne fournissent jusqu’à présent aucune image de la zone concernée datant du 13 août 1990 ! Les techniciens prétendent qu’il est là question d’erreur logicielle ! Survenue au moment des évènements, comme par hasard… Il est plutôt probable que tous les documents extra-atmosphériques compromettants soient dissimulés en lieu sûr. Je parie que ce que les astronomes ont eu à voir les a suffisamment secoués pour qu’ils n’en parlent qu’à fort peu de gens.

3. Pleine lune à 13 heures

  Mardi 24 février 2009. Une journée des plus quelconques se déroule à la cité de Lhaurkayu à 210 km à l’Est de Malether. Un ciel radieux traversé de rares cirrus s’offre depuis l’aube aux habitants. Et depuis sept heures du matin, une heure après le lever du soleil et toujours à l’Est, une lune toute ronde fait son apparition à l’horizon. Le citoyen lambda, occupé à autre chose que la contemplation de l’azur, ne remarque même pas ce singulier phénomène. C’est plutôt l’individu rompu à l’observation céleste qui se dit, du reste tardivement (vers 13 h) que quelque chose tourne carré. En effet, les ordinateurs des deux astronomes de la cité, Stu Argkly et Lex Diunbmi, sont formels : ce jour est jour de nouvelle lune. La pleine lune est censée tomber le 8 mars, environ deux semaines plus tard, à 18 h 48 locales. Quant bien même ce serait le cas ce 24 février, de mémoire d’Imaginien, il n’a jamais été observé de pleine lune en plein jour. Lex et Stu doivent accepter l’évidence : ce qui se déplace actuellement au-dessus de Lhaurkayu n’est pas l’astre sélène…

  Pour en avoir le cœur net, ils abandonnent un instant l’observation de la Constellation des Dréons et dirigent la lunette vers la fausse lune. Surprise de taille : sans grossissement artificiel, la chose dévoile sa structure : un amas laiteux semi-transparent estimé à environ 43 km au-dessus du sol ! Fort confus, nos hommes de science passent des coups de fil qui à l’Observatoire de Préhistorvilles, qui chez des connaissances dans les parages. L’Observatoire de Malether déclare ne rien observer de bizarre. En revanche, dans un rayon de 100 km environ, le phénomène est parfaitement perceptible. Le simulacre lunaire se « coucha » vers 19 h locales.

  La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Comme il fallait s’y attendre, les hautes autorités astronomiques (pas nos jeunes astronomes sans renommée) accaparent l’affaire. La complexité de l’explication qu’ils fournissent dissimule mal leur ignorance du problème et leur incapacité absolue à le résoudre. Aux dires de nos respectueux pontifes de la toute-puissante Ratio, la lune mystérieusement aperçue à Lhurkhayu et à ses environs serait apparue suite à une réfraction atmosphérique (encore !) due à des conditions idéales d’humidité et de luminosité. Les images de synthèse balancées au JT du soir paraissent si convaincantes que le commun des mortels tombe dans le panneau. La quasi-totalité des observateurs du ciel a mal aux côtes à force de rire de ces âneries. Après s’être bien marrés, un sentiment de frustration les gagne. De quel droit peut-on se moquer ainsi de la noble profession d’astronome ? Une pétition est signée une semaine après l’étrange manifestation céleste par 452 hommes du domaine, pétition qui réclame une explication des choses. Un silence plus qu’assourdissant pèse de son poids comme toute réponse. Ne nomme-t-on pas à juste titre l’Armée imaginienne et l’ASI les « escamoteuses enterreuses »… de dossiers sensibles ?

  Cette fois néanmoins, il y eut fuite d’informations. Un membre influent de la boîte, vraisemblablement indigné de l’énorme menterie livrée en pâture aux cervelles des masses crédules, se résolut de parler discrètement sur Infoway (5), sous couvert d’anonymat, cela s’entend. Ses dires (pour ne pas dire ses écrits) confirment les observations de Lex et de Stu : une forme opaline semi-opaque, quasi-circulaire et de taille époustouflante, s’était effectivement amusée à singer le déplacement de la lune. Elle était possiblement de nature plasmique et planait non pas à 43 km au-dessus des têtes, mais à environ 91 km. Cette forme était sûrement douée d’intelligence, son déplacement régulier et son mimétisme lunaire le laissant penser. À vous de tirer vos conclusions quant à sa nature et à son origine !

4. Suspects bruits célestes

  Un peu avant le lever du soleil, sous un ciel encore étoilé dépourvu de nuages, les habitants du village d’Enn-Vujn, à 652 km au Sud de Préhistorvilles, entendent ce 30 novembre 2002 des grondements lointains. On croirait des obus, sauf que le son se prolonge durant parfois une minute en diminuant à peine d’intensité. La fréquence des coups est irrégulière, allant de trois par minute à un seul toutes les heures. Vers 17 h, les bruits semblent se rapprocher du village. Ils cessent subitement vers 23 h et s’éloignent progressivement. Deux jours plus tard, l’Armée donne une interprétation au phénomène : tirs balistiques d’essai à la base d’Amakuf, à 200 km de là. Cela satisfait pleinement les campagnards. À peine trois obscurs hebdomadaires du coin en parlent, le plus brièvement du monde, c'est-à-dire en un seul paragraphe de moins de 150 mots ! Avec un peu de recul, plus d’une personne avisée constate qu’il est question ici, une fois de plus, de désinformation. C’est que le son d’aucun dispositif ou engin imaginien ne peut s’entendre distinctement à 200 km, même après réflexion sur un obstacle quelconque. Par ailleurs, effectuer des tirs balistiques de l’aube à 23 h sans contexte de guerre constitue des dépenses inutiles de munition, d’énergie et de temps. Enfin, les sons provenaient manifestement du ciel et semblaient parfois se rapprocher du village d’Enn-Vujn. Durant cet insolite phénomène, aucun tremblement de terre ne fut ressenti ni aucun éclair aperçu, le temps étant on ne peut plus clément ce jour-là. Bref, on a affaire à quelque chose que la tortueuse Science ne s’explique pas…

Tout aussi inexpliqués s’avèrent les craquements de tonnerre ressentis à Instarv City, à 51 km au Sud-Ouest de Malether, le 18 septembre 2001. De 16 h à 20 h, le ciel de la ville minière était zébré de gros éclairs qui produisaient un vacarme d’une rare violence. Les décharges électriques furent si répétées et si intenses que le courant se coupa dans toute la cité et les communications cessèrent de passer vers 18 h ! Heureusement, on ne recensa aucun impact de foudre. « Les orages, même forts, quoi de plus normal ! », s’exclamera le lecteur. Certes. Que penser cependant si on sait que le ciel était juste recouvert d’une mince couche de brume lors des événements ? Une brume si mince que la journée, le firmament était bleu, le soleil bien visible et la nuit piquée d’étoiles ? Convenons-le, le brouillard ne peut produire ce type de perturbations ! Tout météorologue le sait parfaitement. Mis à part ceux délégués par la prélature scientifique imaginienne qui osèrent extravaguer en direct qu’une tempête magnétique en provenance du Soleil engendra et entretint ces conditions inhabituelles. Tempête magnétique dont aucun observatoire ne remarqua la présence ! Certains ésotéristes soupçonnent que ces éclairs sans pluies ni cumulonimbus font partie des signes de temps de la « Grande Transformation » (6), tels que décrits dans le Livre des Grevins, un opus prophétique écrit en 1140 sous moult transes (23 au total) par un drôle de curé de Brouillarvilles, l’Abbé Rastus Flerkss.

  Alors que les éclairs terrifiants d’Instarv City et les obus invisibles d’Enn-Vujn ne firent aucune victime humaine, les événements préhistorvillois du 11 avril 1996 tuèrent officiellement 53 personnes, officieusement au moins 280 ! Les dégâts causés se chiffrèrent à 62 000 I (310 000 $). En effet, en ce jour pluvieux sans le moindre éclair, la moindre foudre, le moindre tonnerre, une explosion apocalyptique ébranla le ciel et toutes les maisons du centre-ville. Toutes les vitres à dix kilomètres à la ronde volèrent en éclats, blessant grièvement un nombre incalculable d’individus. Suite au choc dû au bruit (qui s’entendit bien au-delà de Préhistorvilles), plusieurs hypertendus et autres gens au cœur fragile succombèrent instantanément. La nouvelle fit la une de tous les journaux, qu’ils soient papiers, télévisés, radiodiffusés ou électroniques. Les scientifiques, pour cette fois, sûrement en respect de la mémoire des défunts et des familles éplorées, ne constatèrent que les faits. Ils émirent l’hypothèse de l’explosion, mais reconnurent, ce qui est très rare de leur part à Imaginos, n’avoir aucune explication à fournir, vu la bizarrerie de ce qui s’était déroulé. En effet, bien qu’on ait su que la mortelle déflagration causa des avaries sur une surface étonnamment rectangulaire, nul ne décela une quelconque trace de ce qui a détoné. Pas l’ombre d’une fumée ni le flottement d’une odeur particulière. Pas la trace du moindre explosif. Autre détail troublant : seules les vitres furent sérieusement endommagées, mais aucune construction métallique, en béton, de plastique ou de bois ! Ce qui laisse supposer que ce ne sont pas les vibrations insupportables qui provoquèrent les dégâts matériels, mais une espèce de phénomène de résonance susceptible de briser le verre. Par ailleurs, la terre ne trembla pas lors de l’explosion ; celle-ci provenait bel et bien du dessus…

5. Une trouée dans la nuée

  Tombolo, un lieu maudit de Fibreux à 300 km à l’Est de Malether, ne se contente pas que d’abriter des sorciers accomplis. L’endroit est comme chargé de quelque effluve maléfico-occulte, au point même que sa localisation GPS est pratiquement impossible. On y accède le plus souvent par la voie des airs, généralement en hélico ou en avion, et encore. Je m’intéresse précisément à un phénomène des plus curieux qui se manifeste de temps à autre dans la voûte céleste tombolienne. Quelques témoins prétendent l’avoir aperçu en 1941, d’autres en 1978. De source sûre (source dont on parlera plus loin), la dernière qu’apparut l’Ognalumamile (« La porte des Esprits »), c’était le 4 juin 2007, de 19 h 15 à 21 h 30. Mais quelle est donc cette diablerie au nom compliqué ?

  Toujours par temps nuageux et très souvent lors de fortes averses, généralement après sept heures du soir, une espèce d’éclaircie troue les nuées. On dirait un gros ovale visible du côté nord-est, faisant pas moins de 20 cm de long à partir du sol. Dans cette ellipse, point de nuage et, bizarrement, il y fait clair comme en plein jour ! Ladite ellipse plane lentement durant environ trois heures en direction du Nord, puis disparait petit à petit dans les stratocumulus. Chose étrange, au moment de la disparition du truc, la pluie cesse comme par enchantement.

  Nos experts savants bardés de tas de diplômes et de doctorats ont pu trouver, selon eux et eux seuls, la cause de cette lumière insolite à forme si géométrique. Il s’agit (et non il s’agirait) de la réflexion des derniers rayons solaires sur les hautes couches atmosphériques. D’autres chercheurs ont même proposé la piste des nuages noctulescents, du moment que lesdits nuages apparaissent fréquemment quelque temps avant le lever ou quelque temps après le coucher de l’astre du jour. Rigolotes explications, en vérité. Concernant la thèse fumeuse de la réflexion des rayons sur les couches atmosphériques, beaucoup se sont demandé comment ces rayons se débrouillent pour traverser de sombres et épais nuages d’orage et prendre une forme ovoïde. Quant à la théorie des nuages noctulescents, tout aussi insoutenable, il est certes vrai que le phénomène peut se dérouler après le coucher du soleil. Toutefois, par quelle magie des nuages si haut situés (7) ne sont pas masqués par les bas nuages de pluie qui, par-dessus le marché, s’écartent même pour laisser la place à leurs confrères haut placés ? Par quel autre merveilleux stratagème des nues peuvent-elles arborer des formes aussi régulières durant des heures ? En somme, nos idolâtres de la Rationalité nous mènent ici en bateau de croisière.

  Une chose semble cependant authentique : un informateur digne de foi, versé dans la magie fibreuse depuis des décennies, nous assure que l’apparition de cette fameuse trouée lumineuse coïncide avec une activité hors du commun sur le plan occulte dans le village de Tombolo. Les incantations y sont décuplées, ainsi que les sacrifices humains mystiques. La source X révèle par ailleurs un élément inquiétant : l’Ognalumamile, comme l’indique si bien son nom, est un passage vers un autre monde, une brèche temporaire entre l’univers imaginien et une autre réalité !... Cette info sensationnelle est confortée par une autre, non moins choc, livrée par une autre source que je nomme Y., source œuvrant dans les hautes sphères de l’Armée. C’est qu’un gros avion-laboratoire de la taille d’un Airbus A380, effectuant des mesures et des tests dans le plus grand secret, se volatilisa, lui et les 37 personnes composant son équipage. L’appareil s’était assurément rapproché d’un peu trop près de la « Porte des Esprits ». Le dramatique et insolite événement aurait eu lieu le 4 juin 2007, jour de la dernière manifestation. Il ne laissa aucun débris ni aucun corps ! Désinformation habilement orchestrée ? Possible. Mais dans quel intérêt ? 

1 Malether = Préhistorvilles

2 L’astragale (a) est le sous-multiple de la monnaie d’Imaginos appelé l’imagis. Un imagis (I) vaut 5 de nos dollars américains et un astragale vaut le centième de l’imagis. Faites le calcul…

3 Lanztaz est une sous-région australe de la région de Gluant.

4 L’Agence Spatiale Imaginienne est l’équivalente de notre NASA.

5 Notre Internet.

6 La Grande Transformation est un événement tant attendu par les habitants d’Imaginos. Elle consistera en une fusion du corps, de l’âme et de l’esprit en vue d’atteindre une autre dimension physico-spirituelle…

7 Avec les nuages nacrés, les nuages noctulescents sont les plus haut perchés, généralement à plus de 25 km au-dessus du sol.

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19 mai 2009

L'URGKLUZURBRUT

...OU 50 RECETTES IMAGINIENNES PEU AVOUABLES POUR AVOIR DU SUCCÈS, DU CHARME ET AUTRES CHOSES SEMBLABLES ET CE, SANS INCANTATIONS

   

Un livre plus que sulfureux, qui ne circule que dans certains milieux de fort haut ésotérisme, rarement réédité depuis sa parution en 1824 (et pour cause, vous verrez pourquoi), permet, semble-t-il, de réaliser mille un désirs. Son nom ? L’Urgkluzurbrut. Son auteur ? Urgkl Iyekwe, grand magicien tombolien (1) dont les talents en la matière surpassent largement ceux de David Copperfield. En théorie, détenir, éditer, vendre ou prêter ce fumeux ouvrage est prohibé et par le droit commun imaginien, et par le droit mystique fibreux. Son contenu, en effet, fort de 1400 pages, renferme nombre de passages contraires aux bonnes mœurs et pas mal incitent au meurtre ou au viol, sans oublier le vol, l’envoûtement, les mutilations et pareilles autres joyeusetés. Le grand chroniqueur préhistorvillois du paranormal, Zéphyrin Amanyvor, prétend (et je crois qu’il dit vrai) avoir lu en entier l’étrange pavé. Il nous a livré, dans une émission spéciale de la nuit du 4 au 5 avril 2009, la substance de l’Urgkluzurbrut en dix points comportant chacun trois solutions. Il a du reste évité les formules incantatoires. Nous savons cependant que les arcanes les plus obscènes ou les plus gores ont été omis par notre journaliste.

1. Comment devenir riche en moins de deux ?

   Rien de plus simple : suffit d’avaler toutes crues six langues de poules grises avec un demi-verre de sperme de crotale une nuit de nouvelle lune.

   Sinon, il y a aussi la patte avant droite d’un chaton siamois de 13 jours à frire dans de l’huile de castor durant 45 minutes, avec poils et griffes qu’il faudra bouffer. Notez ici qu’il n’y a pas de confusion lors de l’emploi du terme « siamois » : il ne s’agit guère de l’espèce (chat du Siam), mais d’un matou… à deux têtes !

   Si vous trouvez ce procédé quelque peu inaccessible, il vous reste à vous balader nu au travers le cimetière de Rhatrageux (2) sous une violente pluie une nuit de lune gibbeuse à deux heures du matin pendant deux heures. En outre, sur vos hanches, vous devrez porter un collier fait d’intestin grêle de fennec de Lourd (3). L’âge et la couleur de l’animal importent peu.

   Toutes ces méthodes garantissent que vous serez plus riche que Crésus dans la semaine. À essayer !...

2. Les moyens les plus sûrs d’avoir une mémoire d’éléphant

   La technique infaillible en la matière se présente doublement infractionnelle.  C’est qu’il convient de boire 100 ml de menstrues fraîchement recueillies d’une femme de 38 ans ayant eu deux gosses mâles. Le récipient devant servir de coupe ? Un crâne de savant préhistorvillois ! Il faut boire à son œil gauche ! Je disais que la méthode fait naître deux infractions : outrage public aux mœurs et violation de sépulture, cette dernière pouvant devenir meurtre par homicide si le savant a été enlevé, puis zigouillé à vos soins.  Je déconseille vivement d’user de telles pratiques.

   Comme méthode alternative aboutissant au même résultat, prenez trois cuillères à soupe de bave de phacochère mélangées à des boulettes de viande de rat d’égouts cuites à la vapeur. Euh… Deux boulettes et demie feront l’affaire.

   Si ça ne vous dit rien, alors partez en savane imprenable (4) un 21 mars, jour d’équinoxe.  Abattez-y un renard, ouvrez-lui la tête et consommez cru l’hémisphère droit de son cerveau avec une cuillère en bois d’eucalyptus.

   L’application de l’une de ces trois pistes vous permettra de mémoriser sans effort des encyclopédies et de vous rappeler instantanément plusieurs choses… 

3. Je veux avoir une peau et un visage sans rides ni boutons

   

   Fastoche ! Invitez une pucelle de 16 ans et 14 jours chez vous, de préférence affamée ou ayant un certain appétit. Faites-lui avaler deux litres et demi de lait de chèvre albinos. Prenez un bol en plomb et demandez à votre gamine d’y dégorger. Repue et indubitablement dégoûtée, notre gamine vomira à grands jets et sans retenue. Si elle ne veut rien faire sortir, foutez vos doigts dans sa gorge pour faciliter la purge. Dès que notre vierge s’est bien vidée, piquez-lui l’auriculaire et faites tomber cinq gouttes de son sang dans le fameux bol. Mêlez le tout et appliquez la mixture après une heure sur votre peau. Ladite mixture ne doit pas servir plus d’une semaine et il est interdit de la conserver au frais.

   Si vous n’avez pas de jeune innocente à votre portée, procurez-vous 250 g d’excréments de gazelle sourde du Ghothal (5) desséchés au soleil durant huit heures. Macérez cela dans un demi-litre d’eau provenant de la rivière Stegonia qui coule pas très loin de là. Six heures plus tard, agitez la potion et appliquez-la sur votre minois ou ailleurs.

   Trop compliqué pour vous ? Allez acheter un perroquet mâle vert à Eznewplace (6). Allumez un grand feu à l’intérieur duquel vous jetterez la bête vivante. Qu’elle brûle au point de se carboniser. Retirer le volatile, qui n’est plus qu’un morceau noir et fumant. Broyez-le au point de le pulvériser. Mélangez la fine poudre ainsi obtenue avec 5 cl d’urine de scorpion du Tortaupion (7). Appliquez la pâte sur votre visage ou ailleurs sur votre peau.

   L’Urgkluzurbrut garantit un résultat immédiat dont les effets peuvent durer 19 ans !

4. Attirer des meufs ou des gars comme merde (euh, pardon… miel) attire mouches

   Autant vous prévenir : ce que je propose ici peut me coûter si pas mon poste à Radio Nguma, au pire un procès avec emprisonnement à la clé. Si vous estimez que votre fort n’est pas le charme, invitez une pucelle (ah ouais, encore…) préhistorvilloise, jolie de visage comme de formes, ayant eu 25 ans il y a 23 jours. Faites-lui boire de telles quantités d’alcool qu’elle en soit totalement inconsciente. Arrangez-vous pour qu’elle ne rende pas toute cette bière ingurgitée. Déshabillez-la entièrement et sodomisez-la entre minuit et minuit quart. Vous devez avoir un orgasme. Juste après, prélevez-lui 50 ml de sang au niveau de la cuisse droite, sang que vous avalerez cul sec. Si vous êtes plutôt une femme en manque de grâce, le rituel demeure le même. À la différence que l’enculade est un exercice qui vous sera irréalisable (à moins que vous soyez transsexuelle). Selon le manuel, en substitution, il faudra copieusement pisser sur le visage et le torse de celui que vous avez capturé après avoir ingéré 1500 ml de jus de goyave. Bien entendu, vous l’aurez deviné, ce ne sera pas une femme, mais un homme de 25 ans, qui servira pour l’expérience. Il doit être chaste, cela va sans dire…

   Cette solution vous rebute-t-elle ? Pas d’inquiétude ! Si vous êtes en panne de séduction, trempez dans 350 ml d’eau de robinet pendant cinq jours une paire de chaussettes ayant été portées par une star du X trois jours durant. Ladite star devra avoir porté des bottes noires et sera un homme si vous êtes une femme ou une femme si vous êtes un homme. Cette opération accomplie, gobez l’infâme liquide entre trois et quatre heures du mat, nu comme un ver et les jambes en tailleur, à l’abri des regards indiscrets.

   Ça ne vous enchante guère, avoir le goût du pied dans la gueule ? Alors faites une bouillie très pâteuse avec trois testicules de paon et la lymphe d’une guenon de mandrill olokilien. Avalez la moitié de la substance et servez-vous de l’autre comme suppositoire, matin, midi et soir, respectivement à 7 h, 14 h et 21 h.

   Sûr et certain, toutes les filles ou garçons de la Fac, selon que vous êtes un gars ou une gonzesse, accourront vers vous, prêts ou prêtes à se damner pour bénéficier de votre intarissable amour…

5. Trois porte-bonheurs infaillibles

   Voulez-vous avoir de la chance à revendre ? Vous n’avez qu’à couper la patte gauche d’un macareux de Gluant (8) que vous tremperez dans du vinaigre à l’intérieur d’un bol en bois de cyprès. La macération doit s’effectuer en trois semaines sous le toit d’une vieille grange de maison abandonnée. Je tiens à vous signaler que depuis 1994, le macareux gluant (9) est une espèce protégée dont la chasse est strictement interdite. Gare à vous si vous vous faites prendre, car les sanctions s’avèrent sévères (10). Je ne sais pas si votre porte-bonheur (que vous devrez par ailleurs porter autour du cou) vous les évitera…

   Au cas où vous ne voudriez pas affronter la justice, procurez-vous une molaire de requin tricornu (11) et une griffe de corbeau trentenaire. Broyez le tout et mettez la poudre dans un médaillon de bronze à porter autour du cou, mais de manière peu visible, c'est-à-dire sous votre pull et/ou votre chemise.

   Cela ne vous dit rien ? Ben, tatouez-vous donc les initiales de votre nom au fer rouge sur la poitrine et placez sur la brûlure de la cendre issue de la combustion totale d’un pancréas de chouette effraie de Préhistorvilles. Manœuvre aussi pénible qu’extrêmement ardue à réaliser… Tailler ses initiales sur son torse avec un objet ardent relève de la haute gageure !

  Urgkl écrit sans sourciller que l’un ou l’autre porte-bonheur vous apportera une telle baraka que les balles de fusil sembleront vous esquiver et la mort vous fuir un assez long moment (non indiqué).

6. Voir, entendre et sentir des choses dont le commun n’a ni la perception ni l’aperception

   Ce long titre veut simplement dire qu’une fois exécuté le tour de votre choix, votre don de vision ou de voyance sera décuplé, votre odorat félin et votre ouïe canine, voire même voisine de la télépathie ! Une abondance de qualités à acquérir du coup, mais, nous le verrons, au prix de pas mal de sacrifices…

   Dans la zone désolée et marécageuse des Likukumons (12), capturez vivant un condor mâle. Arrivé chez vous, tranchez-lui la tête et récoltez son précieux sang. Extrayez sa moelle épinière et écrasez-la dans le récipient contenant le sang. Faites bouillir le tout à feu doux dans un demi-litre d’eau de l’Océan-Dimensions (13) contenue dans une carafe en quartz amorphe (14) lors d’une pleine lune du mois de septembre (mais pas du 21).

   Pour éviter de fatigants déplacements et les dépenses nécessairement élevées qu’occasionne ce genre de voyages et de captures, l’Urgkluzurbrut propose une solution plus souple, mais aussi plus… putride. Attrapez un pigeon de belle taille sur la place publique. Fracassez son crâne à l’aide d’un petit marteau. Laissez pourrir l’animal dans un coin humide et obscur, mais quand même accessible aux mouches et autres bestioles de même registre. Dès que le nombre et les dimensions des larves deviennent conséquents, rassemblez-les dans un verre. Faites-en une purée bien gélatineuse. Quelque temps plus tard, retirez le foie en décomposition du volatile et déposez-le sur une assiette en faïence. Ingérez la bouillie larvaire tout en vous servant du foie comme pain.  Attention ! Interdiction de gerber l’immonde boisson. Il est cependant presque à 100% certain que vous serez terrassé par une sévère intoxication alimentaire…

   Trop peu ragoutante pour vous, la procédure ? Recueillez plus ou moins 200 g de caca de dauphin gravide. Faites sécher la déjection en plein soleil durant deux jours sur une pierre en marbre bleu. S’il ne pleut pas au cours de ces deux jours, c’est que le Ciel est vraiment de votre côté. Toutefois, il y a encore du chemin. Demandez une bonne dose de marijane à l’un de vos potes dealers ou peu respectueux de son état mental. Broyez la merde de dauphin jusqu’à ce qu’il prenne l’aspect d’une fine poudre vert noirâtre. Mélangez cela avec la marijuana et faites un joint de 15 cm. Fumez-le jusqu’au bout à partir d’une heure du matin. Après avoir plané durant pas moins d’onze heures, votre sixième sens se trouvera amplifié. L’Urgkluzurbrut prévient toutefois que ce sera si soudain qu’il vous prendra un bon moment avant que vous vous accoutumiez à cette nouvelle réalité qui, ma foi, ressemble beaucoup à un délire psychédélique provoqué par la drogue…

7. Jouir d’une santé on ne peut mieux pétillante

   Les gens vous taquinent à cause de votre air égrotant de poisson pas frais ? Chaque mercredi à 10h, avalez un quart de verre composé de larmes de zèbre flatulent et d’un ongle pulvérisé de tortue des Îles Crochues (15). Je vous souhaite tout le bonheur du monde pour vous procurer de manière régulière ces deux ingrédients capitaux sans commettre de délit (16)…

   Autre technique : mangez cru une fois le mois le jabot d’un corbeau de 45 ans révolus. Je reconnais la recette quelque peu utopique. Avoir en effet à sa portée un stock de jabots de corbeau quadragénaire n’est pas à la portée du premier venu…

   Il y a néanmoins une solution moins « alimentaire ».  Demandez à un chapelier de vos amis de vous confectionner un couvre-chef fait de fourrure d’hyène pleinement gavée. Une fois le charognard dépouillé, ouvrez l’estomac de l’animal et déversez son contenu sur sa fourrure. Abandonnez cela aux intempéries durant 60 h et demandez à votre pote confectionneur de chapeaux de se mettre à l’œuvre.

   Chacun de ces stratagèmes vous dotera d’une santé à toute épreuve. Aucune maladie ne vous frappera plus, de la peste à Ébola en passant par H1N1 et le charbon, sans oublier le VIH. Quant aux techniques de mithridatisation, c’est au point suivant.

8. Résister aux poisons les plus violents, quelle qu’en soit la forme

   Euh… Je trouve personnellement ce titre assez aguicheur. Si Urgkl vivait encore en 2009, il en rectifierait un tant soit peu la tournure. Qui en effet (à moins d’être vampire ou zombie) peut survivre à une injection de 20 ccs de gel pour cheveux ? Ou à l’ingurgitation d’un verre d’acide sulfurique concentré ? Je crois aux miracles. Ça ne marche malheureusement pas à tous les coups (en fait, ça marche très rarement…). Ceci dit, revenons à nos moutons. Au cas où vous douteriez fortement de la non-toxicité de la tarte offerte par une de vos collègues de service, notre bouquin vous recommande cette astuce avant de consommer ladite tarte : grillez en brochette une mygale toute remplie d’œufs. Son ventre va sûrement éclater aux premiers contacts de la flamme et tout le bordel d’éclaboussures. Un détail : notre arachnide doit avoir séjourné une semaine et demie dans un flacon en verre fumé contenant du vin de palme.

   Le moyen que je vous livre maintenant est fort risqué, car une fois accompli, vous flirterez avec la mort à tout instant. À réserver aux pros et autres intrépides. Donc, allez chez l’herpétologue du coin ou en pleine savane imprenable prélever une quantité non négligeable de venin de mamba améthyste (17) et 50 ml de venin de scorpion roux d’Asthénasie (18). Agitez ces deux dangereux liquides dans une éprouvette de labo et chauffez au bec Bunsen pendant 35 secondes. Injectez-vous le premier jour (la première nuit, en fait, à 3 h du mat) 0,5 ml de cette substance. Le jour suivant, augmentez la dose de 0,25 ml et ainsi de suite jour après jour jusqu’à ce que l’éprouvette soit vide. Si vous vous en sortez vivant, de cette épreuve quasi-suicidaire, alors plus aucun repas ne peut vous effrayer, même si ce dernier s’avère plus qu’avarié. Concernant les poisons par injection ou par inhalation, l’Urgkluzurbrut n’en pipe mot. J’vous disais que l’auteur a dû déborder d’ardeur lorsqu’il rédigea cette partie de son ouvrage…

   Si vous ne voulez pas jouer au martyr de l’ésotérisme (et je vous comprends fort bien), il vous reste la méthode du caillou d’Aïcapik (19). En alpiniste chevronné et hardi, rendez-vous sur la montagne maudite. À 7000 m d’altitude, à l’aide de votre piolet, retirez un morceau de 30 g de granit veiné. Une fois dans votre chez-soi, recouvrez le caillou d’une peau de gecko foudroyé durant 1 h 45. Une fois le caillou trempé ou déposé sur ou dans un plat, celui-ci sera débarrassé de toute substance altérant le bon fonctionnement des organes. J’ai le net sentiment que ce procédé pue la farce à plein nez. Ici, Urgkl voulait vraiment nous embobiner. Un gecko foudroyé ? Je me gausse encore ! Et le granit ? Elle est bonne, celle-là ! Tout le monde sait que nul humain ne sort vivant une fois le Mont Aïcapik gravi, même de trois mètres ! Bof, passons…

9. Contrer les mauvais sorts

  D’aucuns croiront qu’avoir la vue extralucide et le flair affuté suffisent à éviter les mauvais coups occultes. Erreur monstrueuse ! Voir un danger et s’en protéger sont deux choses distinctes. Les trois méthodes que je vous expose, aux dires d’Urgkl lui-même, vous donnent la possibilité de parer toutes les attaques provenant du monde invisible.

   Première méthode : extrayez la bile d’un phoque femelle et quatre calculs rénaux d’un obèse hypotendu de moins de 30 ans. Faites une pâte de ces choses et insérez la mixture dans un pendentif en forme de cristal naturel de quartz, mais taillé dans de l’ébène tombolien, bois réputé imputrescible. La corde qui permettra que votre porte-bonheur (c’en est un, en quelque sorte) se porte à votre cou devra être à base de tendons de croacrazore de dix ans. Vous verserez obligatoirement dans le braconnage pour exécuter cette manœuvre. C’est que le croacrazore fait partie des espèces protégées depuis 1915.

   Deuxième méthode, douloureuse, mais aussi quasi-impossible : muni d’un stylet en cuivre ayant rougi à la flamme produite par l’incandescence des cendres issues du charbon de bois de séquoia nain (une autre espèce protégée), tracez un pentagramme sur votre dos, côté épaule droite. Facile à écrire : quel humain normalement constitué est capable de dessiner à l’aveuglette un dessin complexe sur une partie de son corps au moyen d’un instrument qui fait vachement mal, en l’occurrence une tige de métal portée au rouge ?

   La troisième méthode vous donne l’opportunité de repousser les ondes négatives durant votre sommeil. Sous votre lit, placez un miroir ayant appartenu à un notable de Couleuvra-Aikon (20). Déposez dessus un bec de toucan rincé à l’eau de Javel pendant un quart d’heure. Croyez Urgkl, tous vos cauchemars et oppressions nocturnes ne seront désormais qu’un triste souvenir.

10. Comment paraître toujours jeune et, accessoirement… avoir une bonne haleine ?

   Apparemment, cette question ne préoccupait aucunement celui même qui se l’est posée. En effet, Urgkl s’éteignit à l’âge respectable de 105 ans en 1862 et avait, à ce qu’on raconte, un aspect tout ratatiné, tout desséché et maigrichon, loin du physique de l’athlète venant à peine de franchir le cap de la vingtaine. Par ailleurs, sa bouche schlinguait le pet de quelqu’un qui a abusé de haricots verts ou de choux-fleurs. Peut-être le défunt sorcier n’avait-il pas les moyens de réaliser ce vieux rêve de l’éternelle jouvence et celui, moins fou, de la bonne odeur buccale. Il convient de le reconnaître, les pratiques recommandées dans l’ouvrage s’avèrent extrêmement délicates et difficiles à observer. Quand, par exemple, l’Urgkluzurbrut demande de s’enduire de fiente de colibri sur tout le corps, de se balader dans son plus simple appareil en plein midi à travers Malether pendant 25 minutes et de pointer son sexe en direction du soleil au zénith une bonne demi-heure, ça vire carrément au délire psychotique. 

   Ou encore le passage, en page 896, qui conseille de boire d’une traite un demi-litre de vomissure de vieux sage tombolien composée de mangues et d’abricots. Beurk ! Au moins, l’âge du vieillard n’est pas mentionné. Je tenterai avec le gendre de la tante du cousin germain du demi-frère d’un oncle par alliance, un véritable goinfre…

   La dernière pratique consiste à porter un slip fabriqué en peau tannée de brebis borgne et de demeurer sans respirer environ huit minutes dans la cascade Khuskhuda (21) en plein 11 h.    

1 De Tombolo, village mal famé de la Région de Fibreux, grouillant de faiseurs de mauvais sorts et autres marabouts peu amènes, cannibales dans leurs heures perdues.

2 Célèbre cimetière aux environs de Préhistorvilles, magnifique la journée, mais sinistrissime dès le coucher du soleil. Toute une histoire y est consacrée dans ce blog.

3 Région du pays d’Imaginos, la moins pluvieuse, mais aussi la plus avancée technologiquement.

4 Les Imprenables sont une vaste surface broussailleuse parfois entrecoupée de forêts-galeries, qui s’étend sur trois région d’Imaginos : Lourd, Coriace et Fibreux.

5 Le Ghothal est une région boisée à 700 km au Nord de Préhistorvilles, non loin du fameux « kilomètre 723 » et de la ville d’Olokilo.

6 La place marchande la plus fréquentée de Malether.

7 Tortaupion est un plateau herbeux à la frontière Coriace-Fibreux, deux régions d’Imaginos.

8 Une autre des cinq régions d’Imaginos.

9 « Macareux gluant » ne veut pas dire « oiseau marin couvert de viscosités », mais plutôt « macareux vivant dans la région imaginienne de Gluant ».

10 Dix à quinze ans de prison fermes.

11 Une espèce particulièrement redoutable qui infeste les eaux de la Mer de la Double Origine, dans la région de Gluant, la plus grande mer intérieure d’Imaginos.

12 Les Likukumons sont une suite de 14 marécages couvrant environ 1730 km2 bordant un espace classé patrimoine imaginien : le Parc des Croacrazores, ces derniers étant des dinosaures amphibies et volants tenant de l’archéoptéryx et du diplodocus.

13 L’Océan-Dimensions est une masse aqueuse sans limites connues et dépourvue de créatures vivantes qui ceinture le pays d’Imaginos. Des rives à une distance x, la profondeur est également indéterminée. À partir de 500 km d’altitude, ledit Océan est invisible et indétectable, phénomène très curieux et totalement inexpliqué à ce jour ! Je parlerai de cette singularité physique dans une prochaine histoire.

14 Par « amorphe », entendez « originaire de la Région d’Amorphe », une des régions les plus hermétiques d’Imaginos, très chargée en mystères tant archéologiques que mystiques.

15 Les Îles Crochues sont un archipel paradisiaque en pleine Mer de la Double Origine, dont la forme évoque celle d’une tête de Viking surmontée de deux cornes.

16 Les tortues de ces contrées sont classées espèce en danger et trouver un zèbre ballonné chaque semaine vous poussera à le bourrer inutilement de mélèze et, par conséquent, à le faire souffrir, ce qui constitue, à Imaginos, l’infraction de souffrance gratuite et inutile d’animaux vertébrés.

17 Le mamba améthyste est un serpent de couleur violette, long seulement de 40 cm, mais dont la morsure expédie quiconque ad patres dans le trio de minutes qui suit…

18 L’Asthénasie est une sous-région de la Région d’Amorphe, au Sud-Ouest d’Imaginos, dont le scorpion roux, invertébré de 15 cm du dard aux crochets, est un spécimen. La piqûre de la bestiole n’est pas mortelle, mais plonge la victime dans d’atroces souffrances durant trois heures.

19 Le mont Aïcapik est le pic le plus élevé d’Imaginos, avec ses 21 042 m ! J’ai consacré toute une histoire à cet endroit ensorcelé d’Imaginos.

20 Couleuvra-Aikon est une cité bourgeoise à 428 km à l’Est de Préhistorvilles et qui abrite plusieurs lignées de familles fibreuses d’anciens rois, barons et autres ducs.

21 Khuskhuda est à 150 km au Sud de Malether. Elle est classée patrimoine imaginien de par la beauté du site et de la chute portant ce nom. Elle brasse chaque jour quantité de touristes venus de tous les horizons d’Imaginos. Je vous souhaite beaucoup de courage et de détermination si vous voulez vous y baigner en slip de laine en bravant tous ces regards étonnés…

Posté par Kule Tundira à 00:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]

06 avril 2009

VOITURES, CAMION ET AUTRES FOURGONNETTES SURNATURELLES

<p>VOITURES, CAMION ET AUTRES FOURGONNETTES SURNATURELLES</p>

VOITURES, CAMION ET AUTRES FOURGONNETTES SURNATURELLES

À Imaginos, tout particulièrement dans la région de Fibreux, des témoins, parfois par centaines, aperçoivent comme dans un rêve des véhicules au comportement si singulier qu’on a toutes les raisons de croire qu’ils ne sont pas de notre monde physique. Les cinq témoignages suivants, de toute dernière fraîcheur, vont vous illustrer ce complet mystère dont on ne sait pas si la nature est sorcière ou non humaine (ou les deux, pourquoi pas…).

1. Garée ou en déplacement ?

Tel un môme ayant reçu son cadeau de Petit Papa Noël, Ignace Varbetinos trépigne de joie. Il vient, en ce 31 juillet 2006, de gagner une superbe jeep couleur grenat au concours organisé par Nguma Télécom. Notre peintre passe sa journée à circuler à travers tout Malether, profitant du carburant dont le réservoir est tout plein. Satisfait d’avoir passé de bons moments avec son engin, il gare ce dernier dans sa parcelle. Heureusement qu’il a de l’espace chez lui.

Durant presque un mois, Ignace savoure sa bagnole tous terrains. Jusqu’au jour où il remarque de drôles de trucs. D’abord, la radio. En fin observateur, il se rend compte que depuis un certain temps, le tuner capte à son réveil une station différente de celle qu’il avait captée en dernier. Une autre fois, il retrouve ses effets éparpillés dans la boîte à gants, alors qu’il est convaincu que tout était en place la veille. Et puis, il y a cette curieuse sensation d’avoir l’impression d’être observé pendant qu’il conduit seul, surtout la nuit ! Et après minuit, le véhicule refuse de démarrer, au moins jusqu’à cinq heures du mat. Le carburateur, la batterie ou d’autres alternateurs ne sont pas concernés. Sans panne, la jeep ne réagit à aucune tour de clé. Or il se fait qu’entre minuit et l’aube, des événements singuliers, directement liés à la bagnole, surviennent à travers Préhistorvilles.

Celle-ci a en effet été surprise en excès de vitesse, dépassant allègrement 150 km/h ! Les policiers, malgré toute leur énergie, ne sont jamais parvenus à rattraper la jeep, histoire d’identifier son ou ses occupant(s) : ils se font honteusement semer à chaque fois. Plus grave : le 14 octobre 2006, à 2 h, elle a fauché un pauvre clochard dont l’état d’ivresse n’avait de pareil que son inattention à traverser le Boulevard Lisgon. Il a crevé sur place, mais un témoin, son compagnon pas moins vagabond, a eu le loisir de réaliser que c’était un véhicule rouge qui a occis son pote d’infortune. Et durant toutes ces randonnées, Ignace, le propriétaire de la 4x4, dormait comme une souche et sa 4x4… roulait sans lui ou plutôt… était garée chez lui tout en roulant sans lui.

Trop, c’est trop. Les poulets sont décidés à mettre la main sur le chauffard qui perturbe sans gêne la circulation et viole si impunément le Code de la route. Tâche ardue, car nul ne sait à partir d’où le véhicule démarre ni à quel endroit il stationne. Par ailleurs, toutes les grandes artères de Malether sont sillonnées sans qu’il soit remarqué une préférence particulière pour certaine d’entre elles. À vive allure, cela s’entend. Cependant, à force d’observations soutenues et relayées, appuyées par une patience exemplaire, quelques flics parviennent à établir une similitude de forme et d’aspect entre la jeep qui file à tombeau ouvert et la jeep d’Ignace. Notre peintre est objet d’interpellations aussi nombreuses qu’infructueuses. Il cesse d’être cuisiné très rapidement, les flics se rendant compte que plusieurs éléments manquent qui peuvent rattacher Ignace à la bagnole effrénée. Néanmoins, toutes ces histoires à moitié rationnelle troublent son esprit croyant. À son corps défendant, il vend son bijou à moteur à l’une de ses connaissances du bâtiment.

Depuis, notre jeep grenat n’importune plus personne. Avait-elle un problème personnel avec son ancien acquéreur ? Nous ne le saurons sans doute jamais…

2. Elle se déplace à sa manière…

Aux environs du Mont Aïcapik, le pic d’Imaginos le plus élevé (21 042 m !), le relief forme tout un système de collines et de montagnes plus ou moins abruptes. Par conséquent, les routes y sont en général en lacet et parfois à sens unique, comme c’est le cas dans ce témoignage. Cette fin de jour du 18 décembre 2008, Anna Gembokim, sa cousine Sabrina Nazzabo et son neveu Fred Nazzabo se rendent en voiture à la ville la plus septentrionale de Fibreux, bien plus au Nord qu’Olokilo : Ilednabe. Anna cause gaiement avec ses compagnons depuis presque deux heures, évitant soigneusement les flancs escarpés, lorsqu’elle remarque soudain à son rétroviseur, à l’une des branches d’un lacet, une voiture fumée. Elle est apparue là comme sortant du néant et, chose insolite, ses phares sont allumés, alors qu’il n’est que 16 heures avec un temps superbe assurant une vision parfaite jusqu’à

10 km

. Notre quadragénaire célibataire n’y prête pas trop attention. « Les zinzins et les excentriques pullulent de plus en plus », se dit-elle.

Dix-sept heures trente. Chose normale, car on ne peut faire autrement sur cette étroite voie à sens unique, le véhicule aux vitres fumées se pointe toujours derrière celui des Anna. Chose bizarre toutefois, la distance entre les deux bagnoles semble constante voilà déjà une heure trente. C’est Fred qui le remarque en premier. Pour tranquilliser son neveu, Anna décide de s’arrêter durant cinq minutes. À son grand étonnement, l’insolite véhicule s’arrête. Anna répète trois fois le même manège et trois fois la bagnole aux vitres fumées imite ce geste ! Comme ladite bagnole se tient à distance respectueuse du véhicule d’Anna, cette dernière pense à une filature. Son désintérêt se muant en inquiétude, elle pousse sur la pédale d’accélération. Ilednabe est à moins d’une heure de route. Anna prie qu’aucun malheur ne leur arrive entretemps.

Pendant que notre conductrice roule ces pensées dans sa tête, elle constate, stupéfaite, que l’étrange voiture s’est éclipsée ! Elle préfère ne pas stationner. « Bien fait pour lui s’il nous espionnait. J’espère qu’il a dérapé dans le ravin », s’imagine-t-elle. Et elle se trompe…

Vingt minutes environ plus tard, après négociation d’un virage assez dangereux, Anna et ses compagnons sont témoins de quelque chose qui leur fait poser la question de savoir s’ils ont perdu la boule ou quoi : le mystérieux véhicule les a distancés d’au moins 200 m !

- « J’hallucine, dit Sabrina, toute pâle. Par où s’est faufilé cet énergumène ? Par un trou dans la colline ? Cette voie n’a pas deux bandes, mais une seule !

- Qu’il nous ait dépassés me dépasse », s’exclame Anna dont le sens de l’humour est à toute épreuve

Comme si de rien n’était, mais fort perplexe, notre femme maintient la même vitesse, attendant ce qui va se produire. Eh bien, deux bifurcations plus loin, le curieux engin s’évapore. Nos passagers ne le verront plus jamais.

À l’un des bureaux de la police de leur ville de destination, les témoignages séparés des trois occupants sont recueillis. Alors qu’ils s’imaginaient que les poulets les prendraient pour des buses, ils ont agréablement surpris d’entendre que leur aventure est prise au sérieux. Il semble que ce genre de faits s’avère commun sur le tronçon que nos passagers empruntèrent. Quant à la nature desdits faits, en plus d’être inexpliquée, elle ne constitue en rien une infraction. « Oubliez, ça vaut mieux pour tout le monde ! », préconise le chef de poste. Et c’est ce que firent nos trois témoins.

3. Un camion d’une autre réalité

Il s’agit de l’affaire des deux flics du poste huit de la route Préhistorvilles-Archéoptx, Shirley Yandiamig et Lee Nuvamkay, qui vécurent avec des dizaines de témoins des choses fort bouleversantes. Pour connaître les détails de cette histoire rocambolesque, veuillez cliquer ici. Je vous épargne toutefois, si vous le voulez bien, l’effort du clic : je tente donc de résumer ce qui s’est produit cette nuit de fin mars 2005.

Cette nuit donc, nos deux policiers en faction tentèrent de poursuivre un camion vraiment atypique qui roulait silencieusement, sans bruit de moteur et tous phares éteints. Mais le comble fut que toutes les vitres du véhicule étaient peintes, les rendant de la sorte opaques ! Étrange conducteur qui roulait ainsi à l’aveuglette… Une course-poursuite s’engagea à plus de 15o km/h, vitesse que le camion atteignit durant quelque temps avant de décélérer. Tandis que les flics dépassèrent quelque peu l’inhabituel engin, ce dernier disparut, puis réapparut quelques instants plus tard en fonçant droit devant la voiture de la police. Plusieurs dizaines de témoins virent la disparition du camion, mais apparemment nul ne s’aperçut de la collision !

Le seul agent encore présent à son poste, se rendant compte que la radio ne répondait plus depuis déjà une heure et que ses collègues ne revenaient toujours pas, demanda aux flics veillant quelques kilomètres plus loin de partir voir ce qui clochait. Le véhicule de Shirley et de Lee fut retrouvé en parfait état de marche, sans la moindre égratignure, comme si collision il n’y avait jamais eu ! Plus troublant : nos deux poulets étaient déshydratés et la barbe de Lee avait sérieusement poussé en un peu plus d’une heure ! La montre digitale des flics indiquait, du reste, une avance incompréhensible de… quatre jours ! Quant aux témoins de la disparition du camion sui generis que pourchassaient les policiers, toutes leurs montres retardaient d’une bonne heure…

On peut aisément constater que dans ce cas, des phénomènes de dématérialisation se sont associés à des excentricités temporelles multiples. Et ce n’est guère la première fois que pareille occulte symbiose survient sur la route Préhistorvilles-Archéoptx.

4. Indestructible et non identifiable

Un spectaculaire accident vient de se produire en plein 14e arrondissement de Malether sur l’Allée Ascorbitique ce 15 août 2005. Un gros camion-remorque de

20 m

de long transportant diverses marchandises a été traversé dans toute sa longueur par une petite auto de type Laguna. Une monstrueuse explosion en résulta qui envoya instantanément pas moins de 30 personnes au royaume des morts et près d’une centaine d’autres aux soins intensifs. Cette description des événements fera tiquer plus d’un lecteur précautionneux. Il se posera notamment la question de savoir par quel tour innommable de magie une petite voiture peut réduire si facilement en cendres un véhicule de plusieurs dizaines de tonnes. Pour ma part, j’ajoute ces autres détails des plus irrationnels : les témoins de la catastrophe affirment que la bagnole, qui roulait en sens inverse, ne dépassa pas 20 km/h ! En outre, elle parcourut encore environ

350 m

à la même vitesse après l’impact sans ralentir, puis s’arrêta en freinant, non par inertie ! Et ce, sans le moindre choc, brillante comme un miroir !!!

Vu l’ampleur et l’étrangeté du drame, l’enquête est retirée à la police et confiée à l’EI (Espionnage Imaginos). Les agents de ce service secret en ce lundi après-midi bouclent le secteur afin de ne pas être dérangés dans leur boulot. Munis de toutes sortes de machins contondants et perceurs, ils tentent de briser les vitres ou de trouer la carrosserie. Même la foreuse à tête de diamant jette l’éponge après moult essais, ne parvenant pas à laisser quelque éraflure que ce soit ! Le verre des portières et des pare-brise paraît, lui aussi, incassable. Quant aux pneus, ils sont ignifugés, pour ne pas dire non fusibles, du moment qu’ils résistent aux températures extrêmes d’un chalumeau durant vingt minutes ! Enfin, à leur grande stupéfaction, les enquêteurs se rendent compte que tout le véhicule est inattaquable par les acides les plus corrosifs, de l’eau régale au vitriol en passant par tous leurs dérivés.

Tout doute se dissipe : cette chose que l’EI examine n’est pas une voiture. Mieux : elle n’est sûrement pas de fabrication imaginienne. La plaque porte la mention PR-5263-UX, comme si la bagnole sortait d’une usine préhistorvilloise. Cependant, le suffixe UX ne correspond à aucune série de véhicule imaginien, terrestre, naval, aérien ou ferroviaire ! Mais les enquêteurs du service secret ne sont pas au bout de leurs surprises…

Alors que sur le lieu bouclé, on s’apprête à déplacer la fameuse voiture qui n’en est pas une, un étrange bourdonnement, semblable à celui que génèrent les alternateurs des centrales hydroélectriques, émane de l’engin. Les détecteurs indiquent que la température augmente à un rythme exponentiel. Le véhicule vire ainsi au rouge en moins de 15 secondes, puis émet un désagréable sifflement aigu. Les gens s’écartent de plus de

100 m

de l’objet, attendant ce qui va se passer. Ils sont servis. C’est qu’au summum du son aigu, un flash lumineux aveuglant jaillit et semble s’étaler tout autour de l’engin. La lueur, crue et violente, est vue à plus d’un kilomètre du phénomène par au moins 235 personnes et ce, en plein 15 h, sous un ciel légèrement couvert ! Lorsque les yeux des investigateurs peinent à s’habituer à la lumière du jour, les cerveaux desdits investigateurs ont du mal à réaliser l’information qui leur parvient : le curieux appareil s’est comme désintégré ! Pour seule trace, une marque blanchâtre en étoile sur l’asphalte, de toute évidence indélébile (elle est toujours visible comme au premier jour).

Cet événement de ce lundi figure parmi les plus saillants et les mieux documentés des faits paranormaux ayant déjà eu cours à Fibreux, voire à Imaginos, compte tenu du nombre important de témoins et de la quantité de données recueillies. Par ailleurs, hormis l’accident, tout fut filmé au milli-poil à l’aide de quatre caméras, sous différents angles. Ovni ou phénomène de sorcellerie, ou les deux ? Nul ne peut répondre…

5. Elle prend la voie des airs

Parc des Croacrazores, une heure du matin, le 3 novembre 2007. Trois jeeps bondées de scientifiques formant une solide équipe pluridisciplinaire roulent lentement et silencieusement sur un chemin de fortune non asphalté. Il est question en cette nuit de filmer plusieurs scènes de la faune nocturne, allant de l’insignifiant grillon à l’Helminthptéryx en passant par le poisson-houe, spécimens qui ne peuplent que ces contrées solitaires. La chance est de leur côté : un somptueux clair de lune illumine le parc sous un ciel dégagé. De plus, notre groupe a importé de Lourd un matériel hypersophistiqué d’analyse et de détection, un véritable labo ambulant. Voilà déjà une bonne paire d’heures que les scientifiques arpentent la savane de la réserve, prélevant des échantillons, prenant une série de mesures, filmant en infrarouge et en ultraviolet. Tout va pour le mieux jusqu’au moment où, légitimement étonnés, ils aperçoivent, une centaine de mètres devant eux, une fourgonnette d’un blanc éclatant, on ne peut mieux visible sous ce clair de lune que nous avons déjà décrit radieux, fourgonnette qui leur bloque la route. Que fait-elle donc dans ce patelin ? Ne sont-ce pas des braconniers ?

Le cortège des chercheurs s’arrête et prend la décision de le faire jusqu’à nouvel ordre (du chef de file, le paléontologue Xavier Donobimz). Les phares de tous les véhicules dudit cortège, pour ne pas effaroucher la gent broussailleuse, étaient éteints depuis le début de la randonnée. À présent, ce sont les moteurs qui sont coupés, histoire d’éviter de se faire trop remarquer. En réalité, les occupants (si occupants il y a) de la drôle de fourgonnette savent vraisemblablement depuis un moment qu’ils ne sont pas seuls dans cette zone du parc. Ils le feront comprendre aux scientifiques d’une telle manière que plus d’un d’entre eux sortiront perplexes de l’expérience qu’ils auront vécue, susceptible de durement et durablement secouer les bases de la rationalité…

Environ 10 minutes d’attente. Excédée par l’impatience, Kristin, la biologiste, demande par talkie-walkie aux autres membres du groupe de partir voir un peu ce qui se trame dans la fourgonnette.

- « On a du boulot, et ce n’est pas ces hurluberlus qui vont nous empêcher d’évoluer !

- Ils sont peut-être armés !

- Kristin a raison. Allons sans brusquerie les inviter à nous laisser passer. »

À peine Xavier a-t-il fini cette phrase que soudain l’intérieur de l’étrange camionnette s’illumine d’une vive lueur orange. Au même instant, tous les phares des jeeps en cortège s’illuminent sans aucune intervention !

- « C’est quoi cette fantasmagorie ?

- J’en sais rien, Denis ! Continue de filmer. Je sens que cet événement est unique.

- Je parie tout mon avoir que ce que nous observons ici n’est en rien une fourgonnette. On dirait un machin de l’Armée. Je ne sais pas si nous faisons bien de nous retrouver dans les parages.

- Que je sache, cette zone n’est pas interdite. Je ne sais pas à quoi jouent ces gars, mais s’ils ne dégagent pas le chemin dans deux minutes, je vais leur dire un mot !

- Du calme, Kristin. La violence ne résoudra rien. Rappelle-toi…

- Mes chers, ce que j’observe ici dépasse mon entendement

- Quoi encore, Denis ?

- Figurez-vous que cette fourgonnette n’a pas de roues !!! En plus, elle lévite à quelques centimètres du sol !

- C’est ta caméra qui est sujette à des perturbations dues à l’éloignement, à l’obscurité et à l’humidité

- Ne me prends pas pour une buse, Noëlla ! Cette caméra résiste aux conditions hygrométriques, altimétriques et thermiques extrêmes. Sa résolution atteint 20 bons méga-pixels et son zoom optique est proche de 80X. Quant au prix, je ne te le communique pas, c’est indécent… Alors ne me parle pas de perturbations !

- Mon Dieu !

- Ça ne va pas, Xavier ?

- Notre véhicule décolle à la verticale !

- Fascinant ! À part les aérohélies ([1]), je ne connais pas d’engin qui puisse réaliser pareille performance dans tout Imaginos ! »

En quelques instants, la camionnette bizarre s’élève à plusieurs dizaines de mètres. Après une minute d’immobilisation devant les yeux écarquillés des scientifiques, une lueur intense est émise par le véhicule désormais aérien qui disparaît sans bruit et sans autre forme de procès ! Au même instant, les phares des jeeps s’éteignent comme par magie.

Xavier est le premier à se ressaisir. En tête de cortège, il prend le parti d’avancer jusqu’à l’endroit du décollage. Aucune trace de quelque nature que ce soit, pas de fuite d’huile ni de carburant, pas de radioactivité particulière. Aucun dégagement calorifique ni aucune détérioration du sentier, par ailleurs. De quoi s’agit-il ? D’une des multiples facéties d’un redoutable sorcier résidant à quelques bornes de là, un dénommé Deg Abmisa ? D’un objet volant dit non identifié ? Ce qui est certain, c’est que même l’Armée imaginienne n’est pas capable de concevoir ce genre de prototype à l’heure actuelle. Armée dont il faut d’ailleurs se méfier, vu sa propension presque pathologique à la dissimulation des infos qu’elle juge sensibles. Cette nuit même, Denis sauvegarde soigneusement la vidéo haute définition dans son portable. Ensuite, tout en conservant l’original, il convertit le fichier en un format basse résolution à diffuser sur un site de partage multimédia. Les images, malgré tout, s’avèrent tellement nettes qu’on croirait à un montage sur Photoshop. Sous un pseudo non révélateur, notre cameraman transfère la vidéo dans Kamerphilia ([2]). En moins de quatre heures, la plupart des sites dédiés au mystère copient la fameuse séquence et la diffusent à leur tour, ce qui a pour effet de répandre rapidement l’information inédite sans que quelque service de sécurité n’ait eu à réagir. Nous seuls savons que c’est Denis, de l’équipe des scientifiques du Parc des Croacrazores, qui a posté la vidéo. Chhht… Ne le dites à personne...  

 

         


[1] Les aérohélies sont des petits véhicules marchant à l’énergie solaire, capables de transporter des charges d’environ

70 kg

et de décoller à la verticale. Leur vitesse de pointe frôle

200 km/h

.

[2] L’équivalent imaginien de YouTube.

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20 janvier 2009

Musique nuisible préhistorvilloise

Musique nuisible préhistorvilloise

La musique adoucit les mœurs, à ce qu’il paraît. Pas si sûr à Imaginos, surtout dans la région de Fibreux, précisément à Malether, où nombre d’artistes musiciens et interprètes recourent à des stratagèmes peu conventionnels pour booster la vente de leurs œuvres ou, pire, nuire intentionnellement à leurs auditeurs. Un service spécial rattaché aux Tribunaux des Litiges Mystiques (TLM) a même été créé en 1992 en vue de réduire la circulation et la diffusion des chansons « chargées » de manière occulte ou subliminale. Ledit service se nomme Commission de Censure Fibreuse des Musiques Occultes et Dangereuses, CCFMOD en sigle. Ladite commission dispose de tous les pouvoirs d’interdire, sous peine de sanctions pénales pouvant aller jusqu’à une peine de servitude pénale de 40 ans, l’écoute publique, la vente et la diffusion d’une œuvre avérée et réputée néfaste sur le plan ésotérique et physique. Sur toute l’étendue de la région de Fibreux, les prérogatives de la CCFMOD sont quasi-illimitées, du moment que cette dernière frappe fréquemment de tabou même les œuvres produites ailleurs qu’à Fibreux ! Et elle fait réellement son boulot : selon les statistiques, pas moins d’une cinquantaine de chansons sont retirées des bacs ou des ordis chaque année.

À titre purement exemplatif, je vous cite le cas des dix œuvres musicales qui ont fait la une de la presse à scandales préhistorvilloise, voire imaginienne, et qui furent avec raison éjectées des circuits économique, radiophonique et télévisuel.

1)      Myrmécopha, du groupe Insekticid (1983) : ce rock sans clip a l’horrible propriété de créer, s’il est écouté à volume élevé, des picotements intenses dans la tête, suivi de convulsions et parfois… de mort. Interdite depuis 1992. Le producteur et le compositeur purgent 18 ans de tôle à la prison de Zotrabol.

2)    Déverbillons, de Basile Asafob (1999) : peu avare en images subliminales saccadées, le clip de cette chanson techno sans paroles aux aigues fort perçantes et au tempo de 524 BPM est susceptible de donner des cauchemars on ne peut plus désagréables à ceux-là qui l’ont suivi même en partie ! En revanche, l’audio de cette œuvre semble totalement inoffensif. Déverbillons ne fut pas totalement retirée de la circulation : la version radio demeure. Les auteurs ont par ailleurs juste payé une amende de 500 I aux victimes morales.

3)     Zendarghum sensitivae, d’Ischeo Y’Trabom (2008) : musique méditative venue tout droit de la région de Lourd et des entrailles de l’Enfer, d’une durée de 12 : 51, elle agit exactement comme le sirop d’ipéca sur les sujets de plus de 15 ans. Sauf qu’ici, nausées et vomissements peuvent durer cinq jours et l’on peut dégueuler 15 fois la journée ! Aucun décès n’a été enregistré, mais on a signalé des cas d’hémorragie gastrique. Là encore, outre l’interdiction de l’œuvre, des dommages-intérêts furent payés par la maison de disque et l’auteur, solidairement responsables : pas moins de 5 000 I…

4)    Foutons un gros bordel, d’Urban Akombin (1994) : quiconque écoute ce rap au texte très explicite est soudain pris de violents accès de colère. Si en plus le clip est visualisé du début à la fin, la colère cède la place à une rage bouillante et fulminante. L’opus fumeux dont question fut à la base d’une série d’émeutes dans tout Imaginos durant la période 1995-1997, émeutes qui s’achevèrent par un bain de sang généralisé. Les OMP des TLM parvinrent à se saisir de la personne d’Urban qui purge méritoirement à cet instant ses 31 ans et cinq mois.

5)     Psychédéliquement vôtre, de Tristan Bouddh (1999) : alors que la version radio de cette house ne donne au pire que de vagues céphalées (à cause peut-être du rythme endiablé qui domine), le clip, en revanche, composé d’images indescriptibles, s’avère extrêmement dangereux, car il peut pousser au suicide ! La chanson mortifère de ce chanteur préhistorvillois sataniste de son état a soustrait de la vie, entre autres, un groupe de 14 adolescents qui se sont coupé les veines ou défenestrés, lors d’une boom-party. L’album de Tristan Bouddh fut retiré du marché et des stations courant 2000. Mais l’individu court toujours, introuvable. Une rançon de 1 300 I est promise à celui qui mettra la main sur lui.

6)     Abmudnikology, Ecstasy, de l’orchestre Anibam Starr (1987) : surnommée à juste titre « Viagra auditif », cette longue chanson de 15 : 41 a le drôle de don de décupler les pulsions sexuelles dès l’écoute des trois premières minutes ! Certains viols et moult fornications ont été engendrés à travers toute la région de Fibreux par cette suite de paillardises heureusement dépourvue de clip. Vu cependant la prescription ésotérique de l’action publique, aucun TLM ne condamna les musiciens. Il ne fut décidé que l’interdiction de leurs œuvres. Quoique, aux dires de beaucoup, les CD circulent toujours sous le manteau, très prisés des partenaires en panne de désir…

7)     Call me, call me, call me, damn!, de la comédie musicale Strange Behaviors (2007) : cette sulfureuse troupe résidant dans la région de Gluant a ici produit quelque chose de bouleversant, une chanson d’environ six minutes dont le titre est répété continuellement comme une espèce de mantra. Aux dires de plus d’un auditeur, la nuit même du jour où l’on écoute cette œuvre, alors qu’on dort, on entend distinctement quelqu’un appeler par le nom qu’on porte. Et ce, à tant de reprises qu’on ne manque guère de se réveiller plusieurs fois en sursaut et en sueur ! Hallucination ou envoûtement ? Toujours est-il que le phénomène peut perdurer des semaines, voire des mois entiers, occasionnant de facto de sérieux troubles du sommeil. Après retrait de l’opus du circuit économique, télévisuel et radiophonique, les Strange Behaviors durent payer aux victimes morales pas moins de 10 000 I !

8)    P… de…, d’Angal Ndenghala et de Tina Ilobayy (2003) : cette chanson a été doublement frappée d’interdiction : par la Commission Imaginienne de Censure et par la CCFMOD. En effet, ce duo produit en 4 : 21 un flot d’obscénités verbales et visuelles, accentuées par la tenue fort sexy de Tina, presque à demi-nue. De manière peu explicable, après audition de cette chanson, on se met à débiter des grossièretés en des proportions anormalement élevées, quel que soit l’âge qu’on a ! Seul un psy aguerri ou un hypnothérapeute compétent peut débarrasser la victime de cet état pas trop plaisant. Bien entendu, l’opus fut retiré des discothèques et des chaînes moins de trois semaines après sa sortie. Angal Ndenghala, son indigne auteur-compositeur, accusé d’envoûtement créant injure et d’outrage public aux mœurs, a purgé 15 mois d’emprisonnement et payé une amende de 700 I. Tina Ilobayy, la jeune fille pulpeuse avec qui il cracha toutes les insanités et qui arbora des positions et attitudes des plus licencieuses, écopa de 12 mois de tôle et de 300 I d’amende.

9)     Océans de larmes en fa mineur, de Plukh Baatabm (1975) : la tristesse de cette symphonie peut rendre dépressif ! Les âmes sensibles sombrent même dans la folie et on a déploré à travers tout Imaginos 22 cas de suicide… L’opus fut interdit en novembre 1995. Plukh, quant à lui, s’est tué en se logeant une balle dans le ciboulot.

10)          Amélie, mon monde-là, de Bobette Odaik (2005) : ce titre apparemment quelconque est l’anagramme de « Mon amie la démone », plus d’une personne avisée l’ont remarquée bien rapidement. Parmi lesdites personnes, dont la curiosité n’avait de pareil que leur imprudence, « juste pour voir », il y en a qui ont été tentés d’écouter la chanson à l’envers. Mal leur en prit : depuis lors, affirment-elles, une succession de malheurs jalonnent leur existence, allant des malchances les plus invraisemblables aux accidents mortels. Sentant les lourdes conséquences qu’ont entrainées ses actes mystico-musicaux, Bobette Odaik a préféré se réfugier à Boursufles, dans la région d’Amorphe, loin de toutes poursuites judiciaires ésotériques. Toutefois, son œuvre, elle, fut retirée de la circulation et des ondes en juillet 2006.       

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06 novembre 2008

Le cimetière de Rhatrageux

Le cimetière de Rhatrageux

Rhatrageux, bourgade plutôt calme à 5 km à l’Ouest de Préhistorvilles, abrite à sa périphérie un cimetière parmi les plus vieux et les plus vastes de Fibreux. Les de cujus des deux lieux précités y reposent pour longtemps en profitant de la fraîcheur que procurent les innombrables eucalyptus et baobabs en son sein. De jour, Rhatrageux et son cimetière sont un lieu touristique fort fréquenté en tout temps, figurant même dans la liste des sites imaginiens à caractère de patrimoine. De nuit cependant, le sinistre qui y plane a comme propriété d’éloigner instinctivement tout individu. En effet, le cimetière de Rhatrageux est désert dès le coucher du soleil ; pas même la trace d’un gardien ! Et ce, vu (et malgré) les événements on ne peut mieux mystérieux qui s’y produisent depuis des lustres.

Dans les lignes qui suivent, je vous relate quelques cas parmi les plus connus et les moins anciens qui ont façonné et façonnent encore la réputation quasi-démoniaque du cimetière.

1. Bruits inexplicables

Chaque nuit de pleine lune, que le ciel soit couvert ou étoilé, douze coups sonnent minuit dans le cimetière de Rhatrageux. Les cloches retentissent si fort que toute la bourgade les entend parfaitement. Mais il y a mais : aucun clocher n’existe à Rhatrageux, si ce n’est celui de l’église principale. Or celle-ci ne sonne les cloches qu’à partir de 5 h 30 ! Par ailleurs, comme je l’ai dit, les sons proviennent du cimetière. À ce jour, nul n’a pu s’expliquer pareille diablerie.  De toutes les façons, la population du coin s’accommode de cette situation, au point même de ne plus y prêter attention.

En revanche, personne n’apprécie le cri lugubre et strident de jeune fille poussé de temps à autre après 21 h en plein centre du cimetière. C’est un cri profond et doublé d’étranges échos, si glaçant qu’on peut pâlir à l’instant de son écoute ! D’aucuns spéculent qu’il serait la réminiscence ectoplasmique des hurlements de douleur d’une certaine Earnie Desburps, adolescente présumée sorcière et retrouvée écartelée au cimetière exactement le 10 mai 1745.

Enfin, quelques rares promeneurs qui ont osé pénétrer dans le fameux cimetière n’ont pas manqué d’entendre des murmures incompréhensibles, des rires méphistophéliques, voire des grognements tenant du chien et du porc ! Inutile de signaler qu’une fois les tympans des témoins ayant vibré sous ces sons pour le moins inquiétants, lesdits témoins n’ont pas eu d’autre résolution que de détaler à toutes jambes…

2. La balançoire de Gustav Ilengob

Quelque part dans le cimetière Rhatrageux, un peu à l’écart, on peut apercevoir une petite balançoire d’enfant, tout ce qu’il y a de plus ordinaire… Enfin, en apparence. Elle a été placée jute à côté du sépulcre de Gustav Ilengob, un petit garçon de 9 ans mort le 4 juin 2004, écrasé par une bagnole qui a oublié de freiner. Notre garçon, en effet, adorait s’amuser sur une balançoire. Eh bien, depuis que ce long siège métallique suspendu par des cordes de même nature fait partie du décor du cimetière, il subit, s’il faut ainsi le dire, une influence d’outre-tombe.

De prime abord, plus d’un remarqueront que la balançoire de Gustav est propre comme un sou neuf et ne souffre d’aucune corrosion : elle n’est nullement attaquée par la rouille. Or la peinture à l’huile appliquée dessus paraît des moins épaisses. En principe, elle devrait rapidement s’étioler, puis se craqueler, compte tenu du climat très pluvieux et assez torride de la région de Fibreux.

La fameuse balançoire est cependant dotée de propriétés bien plus étranges…

C’est qu’il est courant, certaines nuits, de voir avec saisissement le siège prendre un mouvement oscillatoire, sans le moindre vent ni la moindre intervention humaine ! Bien entendu, il est toujours possible d’arrêter le mouvement, mais celui-ci reprend quelques secondes plus tard. Ce curieux manège peut prendre des heures et ne se déroule jamais à la lumière du jour.

Il n’y a pas si longtemps que ça, un intrépide qui prenait les partisans du paranormal pour des lunatiques décérébrés osa s’asseoir sur la fameuse balançoire en mouvement, vers deux heures du matin. Il eut le choc de sa vie : son visage se crispa violemment, ses yeux sortirent littéralement des orbites et sa bouche, grande ouverte, était muette. Pour l’instant, notre individu sombre dans un état catatonique dont il ne s’est jamais remis. Il se contente de bafouiller « accident » à longueur de temps. S’est-il remémoré très intensément les circonstances du décès du petit Gustav ? Seul Dieu et lui le savent…

3. Morts animales peu orthodoxes

Contrairement aux mutilations animales mystérieuses assez nombreuses aux States où généralement toute trace de sang semble effacée, les cadavres rencontrées de temps à autre au cimetière de Rhatrageux sont ensanglantés. Au moins une fois par semaine, on retrouve déchiquetés et très souvent méconnaissables chats, chiens et même rats ou lapins. Le 13 octobre 2006 (un vendredi !), on a même, ô humour cynique, aperçu au fin fond du cimetière une chèvre éventrée pendue, les viscères répandues à terre. Comme nul ne désire traîner nuitamment dans le cimetière de Rhatrageux, aucune enquête n’a été menée. À Malether, même les policiers (surtout eux, en fait) sont très superstitieux. La thèse communément admise est celle des psychopathes satanistes, néophytes ou aguerris, qui assouvissent leurs mesquines passions sur de pauvres animaux. Il convient néanmoins d’admettre que cette théorie s’avère branlante lorsqu’on sait qu’une nouvelle inconnue vient compliquer l’équation déjà pas si simple : aucune charogne retrouvée dans le cimetière n’a subi de décomposition immédiate. On a bel et bien vu des corps demeurer un mois durant sans un signe quelconque de putréfaction ! Par ailleurs, fait hautement insolite, les mouches ne daignent guère pondre sur ces chairs mutilées. Examinées en laboratoire, lesdites chairs n’ont révélé aucun agent toxique ni aucune substance radioactive. J’aimerais savoir comment nos satanistes foldingues ont pu doter nos animaux sacrifiés de propriété si extraordinaires.

4. Agressions d’un autre plan

Bien que les grilles du cimetière de Rhatrageux soient solidement cadenassées de 19 h à 6 h, il est un trou percé dans le mur, de presque deux mètres de haut et pareil de large, qui permet à quiconque le souhaite de pénétrer. On a beau essayer de le combler à l’aide de briques. Mais dans les jours qui suivaient, le même trou réapparaissait, les briques étant en menus morceaux, à même le sol ! Si le lieu est sous caméra de surveillance, rien ne se produit, jusqu’à un moment de distraction, notamment soit lorsque lesdites caméras sont hors service (panne ou coupure d’électricité), soit lorsqu’elles sont retirées. Or si ce passage n’existait pas, beaucoup éviteraient pas mal de désagréments, voire auraient épargné leur vie.

C’est que nombre de flâneurs imprudents et impudents qui se sont tapé le luxe de s’aventurer dans le cimetière de Rhatrageux tard la nuit ont eu à subir certains sévices corporels. Plus d’un ont reçu des gifles provenant d’on ne sait où. Quelques autres ont trébuché sur des obstacles invisibles. Il y en a même qui ont hurlé de douleur en sentant une main pincer leurs couilles avec force !

Sachez cependant, chers lecteurs, que ce genre de facéties peut carrément virer en des comportements beaucoup plus violents et moins comiques…

Pour exemple, je cite le cas de deux lycéennes de Terminale, Nelly Tuafn et Estelle Piakho, qui rentraient d’une beuverie entre potes un samedi de novembre 2000. Complètement saoules, elles s’introduisirent dans le cimetière par le fameux trou, sans savoir d’ailleurs comment ni pourquoi. Soudain, dans leur démarche titubante, l’une d’elle eut envie de tout rendre. Les mains sur un caveau, Estelle dégobilla copieusement. C’est alors que quelque chose d’incroyable et d’horrible survint : un bras émacié portant des doigts aux ongles très longs jaillit brusquement de la pierre et étrangla notre fêtarde. Nelly, dont l’ivresse se volatilisa à la vue de ce spectacle digne d’un film trash, cria de toute la force de ses poumons. Par bonheur, l’étrange bras regagna sa tombe, toujours en traversant le caveau ! De profondes blessures marquaient le cou d’Estelle, étendue par terre. La Police, alertée par téléphone par certains habitants ayant entendu les hurlements de Nelly, parvint au cimetière assez rapidement. La copine de cette dernière fut vite amenée à l’hosto. Elle s’en sortira trois semaines plus tard après cinq jours de coma et de soins intensifs.

Depuis cet événement difficile à ôter de la mémoire, nos deux filles ont juré de ne plus picoler et ont ardemment demandé à leurs proches de ne point les inhumer à Rhatrageux.

5. Cas de décès

Le cimetière de Rhatrageux, ironiste d’un goût douteux, se prend parfois à retirer la vie de quelques impénitents qui osent braver certains prescrits élémentaires de bonne tenue spirituelle. Et il s’agit la plupart du temps des morts hors du commun, parfois très violentes, toujours étranges. L’histoire des fossoyeurs Conan Mibwak et Stan Daravlanz a fait le tour de toute la région de Fibreux. En effet, nos deux habitués des morgues et des enterrements figuraient parmi les nécromanciens les mieux cotés de Préhistorvilles. Ils ne se contentaient pas d’inhumer des maccabées. Bien souvent, à l’insu des gens, pour des raisons pas très avouables, il leur arrivait d’exhumer des corps fraîchement enterrés. Ils commirent ce 7 mai 2007 l’impardonnable erreur de chercher à déterrer la dépouille d’un certain Kos Mascarinsky, sénateur occultiste de haut vol ayant atteint le 12e degré de la Ziptre[1]. Alors que Stan et Conan poussaient de toutes leurs forces le lourd couvercle en marbre recouvrant le cercueil, une espèce de tourbillon poussa totalement le caveau et entraîna Conan vers la tombe d’où émanèrent instantanément des cris semblables à des rugissements. Stan, instinctivement, recula de plusieurs pas. Dans les secondes qui suivirent les sons peu rassurants, une épaisse éclaboussure sanglante jaillit et se projeta sur le visage et sur le torse du fossoyeur encore en vie. Son pote Conan avait tout bonnement disparu. Le cercueil, lui, était toujours fermé. L’habituel silence assourdissant du cimetière de Rhatrageux pesait de nouveau. Stan décampa comme un lièvre, abandonnant ses « outils de travail ». Après avoir couru à peu près dix minutes, il s’arrêta, en état de choc. Un agent patrouillant dans les parages le ramassa et l’emporta au commissariat le plus proche. Stan s’expliqua quand il retrouva une partie de ses esprits. Vu néanmoins qu’il était plein de sang et surtout compte tenu de la bizarrerie de son histoire, les poulets ne crurent un traître mot de sa version. Ils optèrent plutôt pour la thèse du tueur fou. Notre fossoyeur fut incarcéré et les flics enquêtèrent. On ne revit plus jamais le corps de Conan. La tombe de Kos, qui avait « aspiré » notre pauvre compagnon d’infortune, contenait le cadavre du sénateur en un état normal, je veux dire en décomposition ordinaire, et du reste sans trace de projection sanglante ! Que s’était-il donc passé ? Mystère… Faute de preuve, Stan fut condamné non pas de meurtre, mais de tentative de violation de sépulture. Dix-huit mois de tôle à Imaginos, qu’il purgea in toto.

Cette sombre affaire n’est pourtant rien comparé à celle du 21 décembre 2001. En ce jour de solstice d’été à Fibreux, les premiers visiteurs furent témoins d’un bien troublant spectacle. Huit individus, six hommes et deux femmes, étaient disposés en étoiles, nu comme le jour de leur naissance. Tous avaient la tête tranchée net et les pieds joints autour d’une grosse pierre au-dessus d’une tombe. Sur le dos de chacun d’eux ressortait en tatouage un symbole imaginiens des plus occultes très prisé en magie noire. Tous les journaux du mini-monde couvrirent l’événement. Il convenait d’arrêter l’auteur de ces homicides inhumains. Police, armée, services secrets, tous se mirent à cette tâche. Hormis l’identité et d’autres renseignements détaillés de chaque victime, aucune information utile ne pointa son nez. L’arme du crime demeure jusqu’à ce jour introuvable, ce qui écarte par ailleurs la thèse du suicide. On croirait qu’un sabre invisible (vu la précision des décapitations) mû par une main pas plus apparente aurait coupé la tête de huit personnes comme pour accomplir une mission, aussi abominable paraisse-t-elle. Était-ce l’esprit d’Azarias Werbüür, ésotériste de très haut rang dont le corps gisait dans la tombe du sacrifice, qui voulait rappeler certains de ses fervents adeptes ad patres (pour ne pas dire ad infernum) ?



[1] La ziptre est une société secrète imaginienne mal réputée qui plonge ses racines dans des forces ténébreuses et qui n’a rien à envier aux Illuminati ni aux francs-maçons terrestres.

Posté par Kule Tundira à 17:25 - Commentaires [0] - Permalien [#]