16 juin 2009
Étrange ciel fibreux
Étrange ciel fibreux
Depuis Dieu sait combien de siècles, la population fibreuse, voire de ses alentours, a de temps à autre l’impression qu’au-dessus de sa tête, les choses ne tournent plus rond. Elle est confrontée, en effet, à des phénomènes tellement inattendus et irrationnels qu’il y a lieu de se demander s’ils sont atmosphériques ou astronomiques. Ce qui est acquis, c’est qu’ils sont célestes… Et fort heureusement, il est question de phénomènes relativement rares. Je vous livre ici les cas les plus saillants et les plus déroutants, en m’efforçant de donner ceux plus proches de nous.
1. Pluies de n’importe quoi, sauf d’eau…
La nuit du 17 au 18 mars 1994, une partie du douzième et du premier arrondissements de Préhistorvilles connut une véritable averse qui dura un peu moins d’une heure. Au petit matin, les paisibles citoyens furent estomaqués lorsqu’ils virent non pas des flaques d’eau, mais… de sang ! La rivière Stégonia ainsi que les caniveaux charriaient le même liquide. Des analyses pointues révélèrent que c’était du sang… de canard ! Pour les scientifiques sceptiques, la messe était dite : nos palmipèdes en migration auraient été victimes d’un accident de type collision. Explication tordue, voire obtuse : faudrait au moins 100 000 canards pour produire autant de sang. Canards dont on ne retrouva rien, même pas une rémige ! De plus, quel genre d’accident ? Relevons tout de même un détail : durant la sanglante précipitation, tout le monde, comme par hasard, dormait à poing fermé, de sorte que l’on ne vit que l’accomplissement du phénomène, mais pas son commencement ni son déroulement…
Moins agréable fut la chute, sur plusieurs hectares de champs cultivés… d’excréments humains liquides et verdâtres !!! Cela se passa à Fluronc, à 471 km au Nord-Ouest de Malether (1), le 5 octobre 1999, de 14 h 20 à 14 h 35 environ de manière ininterrompue. L’odeur était tout simplement épouvantable. Par bonheur, personne n’était à l’extérieur au moment des faits. Nos doctes savants, comme à l’accoutumée, s’empressèrent de donner un sens à cette diarrhée aérienne : un avion aurait malencontreusement vidé ses toilettes là où il ne fallait pas. Sans blague ! La prodigieuse quantité de merde répandue (pour ne pas dire épandue) dépassait plus que largement en volume plusieurs Boeings 747, du moment que tout fut recouvert d’une couche de 30 cm ! Sacrés scientifiques, toujours le mot pour rire…
Dans la ville d’Iletabom et dans sa périphérie directe, une extraordinaire pluie de fretins et de sardines surprit les citadins le soir du 24 mars 2004. Cet afflux de poissons prit une bonne demi-heure, ponctué de courtes pauses atteignant parfois trois minutes. Les arbres, les toits et le sol étaient jonchés de ces animaux aquatiques, par-dessus le marché vivants et frétillants ! Chose curieuse, nos sympathiques créatures étaient dépourvues d’écailles… Ceci n’empêcha pas plus d’un d’en faire une consommation immodérée, confinant à l’indigestion : ces poissons tombés du ciel (véritable don… du Ciel) avait, semble-t-il très bon goût. Ce qui n’était pas du tout le cas de la triste explication des météorologues dont la profonde stupidité ne méritait pas l’ombre d’une discussion : les poissons proviendraient de l’Étang Iponeug à 400 km de là. Il est bon de savoir qu’aucune trombe d’eau ne siphonna le fameux étang qui, par ailleurs, ne renfermait en son sein qu’une seule espèce de poissons : des silures…
Une autre chute, malheureusement trop courte, réjouit les badauds de la Rue Spolionat de la bourgade de Nhytr, à 27 km au Sud de Préhistorvilles, en la matinée du 27 décembre 1998. En effet, 50 secondes durant, comme venant du néant à un point quelconque du firmament, mais pas très haut, des pièces de 50 astragales (2) s’abattirent massivement sur l’asphalte de la voie. Il y eut des dégâts matériels, mais bizarrement aucun blessé ni tué, bien que les pièces aient paru provenir d’une distance de 15 m de hauteur. Je le répète, cette monnaie providentielle sortait d’on ne sait où. Là, nos éminences grises ne virent aucune explication à fournir. En complicité avec les médias, ils décidèrent de carrément ignorer l’affaire ! La Science, à Imaginos, n’aime pas passer pour une conne…
Le même jour, à dix kilomètres de là, six heures plus tard, à la place marchande d’une autre bourgade dénommée Fikofion, ce n’est pas du pognon, mais toutes sortes de choses, qui tomba des nues. Dans un rayon de 20 m, le sol était couvert de casseroles, guenilles, jouets pour enfants, chaussures usagées, voire… de téléphones portables et de téléviseurs ! Cette pluie d’un genre unique fit des victimes et causa de sérieux dommages : une dizaine de morts, 49 blessés, des étalages détruits. Le Père Noël avait-il eu une panne de traîneau ? En tout cas, on ne vit ni le gros vieillard ni son mythique moyen de transport lors de ces événements étonnants, pas plus que le moindre engin aérien, d’ailleurs. La seule chose dont est sûr est que la chute devait provenir d’assez haut. Une fois de plus, évitant le ridicule, les grands prélats de la Science se servirent de la redoutable arme du Silence. Silence radio, silence télé, silence dans la presse écrite. Seuls quelques sites friands de paranormal brisèrent ce honteux mutisme.
2. Jour ou nuit ?
La date du 13 août 1990 restera à jamais gravée dans la mémoire de tout Imaginos, compte tenu du miracle quasi-biblique qui se produisit ce lundi matin. Une journée superbement ensoleillée s’annonçait. Les gens vaquaient ordinairement à leurs occupations, tout semblait se dérouler pour le mieux quand progressivement une obscurité anormale envahit une bonne partie de la région de Fibreux, Préhistorvilles compris. On aurait dit qu’une épaisse couche de nuages masquait l’astre du jour. Mais tel n’était pas le cas. Le soleil, aux yeux des observateurs éberlués, semblait rapetisser. Lentement, le ciel passa du bleu au vert pétrole et continua à s’assombrir. Le soleil prit l’aspect d’un petit point jaune qui disparut par après. Trois quart d’heure plus tard, le firmament prit une teinte brun foncé, puis vira en moins de cinq minutes au noir impénétrable ! À 11 h du matin, on se serait cru à minuit ! Les lampadaires s’illuminèrent automatiquement. Un mouvement général de panique gagna tout le monde, y compris les animaux diurnes. Les chauves-souris sortaient de leur tanière, ainsi que les hiboux, cafards et autres grillons. Les églises étaient bondées de fidèles s’imaginant leur dernière heure ayant sonné.
Au plus fort de l’hystérie collective, après plus ou moins une heure d’obscurité totale, les ténèbres se dissipèrent de curieuse manière, comme si elles se dissolvaient ou s’émiettaient. En moins de 30 secondes, la lumière du soleil revint dans tout son éclat, manquant d’aveugler pas mal de gens. Vers midi dix, tout était revenu à la normale. Probablement désagréablement surprise, la gent nocturne regagna son repaire. Timidement, la population fibreuse reprit ses diverses activités.
Les observatoires se retrouvèrent submergés de coups de téléphone les 24 h qui suivirent. Fallait bien que nos astronomes, si chers à leur déesse Raison, fournissent la clé de ce mystère quelque peu… ombreux. La clé, ils ne l’avaient pas… Pour rassurer les individus légitimement dépassés et stressés, à défaut d’explications logiques, il convenait de leur servir sur un plat des mensonges aux relents scientifiques. Pas question de raconter sur les ondes qu’il s’était agi d’une éclipse solaire. Le tartempion basique imaginien sait qu’une éclipse de soleil ne dure guère, dans sa phase totale ou annulaire, plus d’un quart d’heure. Or le noir d’encre prit une heure. Du reste, la disparition de l’astre du jour ne s’opéra pas comme avec une éclipse : le soleil semblait diminuer de taille, alors qu’en cas d’éclipse, il est doucement entamé. Cerise sur le gâteau, aucune éphéméride ne signala ce jour-là une occultation de quelque corps céleste que ce soit par un autre !
À l’issue d’une malhonnête cogitation, les cerveaux enfiévrés des faiseurs de désinformation accouchèrent finalement ceci : la pollution atmosphérique couplée au gigantesque incendie de la sapinière de Lanztaz (3) créa un phénomène complexe de réfraction lumineuse qui engendra une atténuation presque totale des rayonnements du spectre visible. Il y eut certes incendie quelques heures auparavant. Mais la fumée issue du brasier fut transportée en direction de l’Ouest, à l’opposé de la région de Fibreux. Même au lieu de l’embrassement de tous ces conifères, le soleil luisait avec force ! Par ailleurs, les témoins du troublant spectacle de « nuit diurne » n’ont jamais rapporté qu’ils sentaient dans l’air comme une odeur de brûlé… Comble du malheur, à l’aide de schémas trompeurs obtenus grâce au concours salutaire de Dame Informatique, nos chercheurs parvinrent à faire gober cette pseudo-preuve au plus grand nombre.
Certains autres chercheurs à l’esprit plus honnête et plus ouvert, histoire d’être au-dessus de la mêlée, désirèrent voir la chose de très haut en exigeant de l’ASI (4) des photos satellites de Fibreux et de ses alentours. Les serveurs de l’Agence ne fournirent et ne fournissent jusqu’à présent aucune image de la zone concernée datant du 13 août 1990 ! Les techniciens prétendent qu’il est là question d’erreur logicielle ! Survenue au moment des évènements, comme par hasard… Il est plutôt probable que tous les documents extra-atmosphériques compromettants soient dissimulés en lieu sûr. Je parie que ce que les astronomes ont eu à voir les a suffisamment secoués pour qu’ils n’en parlent qu’à fort peu de gens.
3. Pleine lune à 13 heures
Mardi 24 février 2009. Une journée des plus quelconques se déroule à la cité de Lhaurkayu à 210 km à l’Est de Malether. Un ciel radieux traversé de rares cirrus s’offre depuis l’aube aux habitants. Et depuis sept heures du matin, une heure après le lever du soleil et toujours à l’Est, une lune toute ronde fait son apparition à l’horizon. Le citoyen lambda, occupé à autre chose que la contemplation de l’azur, ne remarque même pas ce singulier phénomène. C’est plutôt l’individu rompu à l’observation céleste qui se dit, du reste tardivement (vers 13 h) que quelque chose tourne carré. En effet, les ordinateurs des deux astronomes de la cité, Stu Argkly et Lex Diunbmi, sont formels : ce jour est jour de nouvelle lune. La pleine lune est censée tomber le 8 mars, environ deux semaines plus tard, à 18 h 48 locales. Quant bien même ce serait le cas ce 24 février, de mémoire d’Imaginien, il n’a jamais été observé de pleine lune en plein jour. Lex et Stu doivent accepter l’évidence : ce qui se déplace actuellement au-dessus de Lhaurkayu n’est pas l’astre sélène…
Pour en avoir le cœur net, ils abandonnent un instant l’observation de la Constellation des Dréons et dirigent la lunette vers la fausse lune. Surprise de taille : sans grossissement artificiel, la chose dévoile sa structure : un amas laiteux semi-transparent estimé à environ 43 km au-dessus du sol ! Fort confus, nos hommes de science passent des coups de fil qui à l’Observatoire de Préhistorvilles, qui chez des connaissances dans les parages. L’Observatoire de Malether déclare ne rien observer de bizarre. En revanche, dans un rayon de 100 km environ, le phénomène est parfaitement perceptible. Le simulacre lunaire se « coucha » vers 19 h locales.
La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Comme il fallait s’y attendre, les hautes autorités astronomiques (pas nos jeunes astronomes sans renommée) accaparent l’affaire. La complexité de l’explication qu’ils fournissent dissimule mal leur ignorance du problème et leur incapacité absolue à le résoudre. Aux dires de nos respectueux pontifes de la toute-puissante Ratio, la lune mystérieusement aperçue à Lhurkhayu et à ses environs serait apparue suite à une réfraction atmosphérique (encore !) due à des conditions idéales d’humidité et de luminosité. Les images de synthèse balancées au JT du soir paraissent si convaincantes que le commun des mortels tombe dans le panneau. La quasi-totalité des observateurs du ciel a mal aux côtes à force de rire de ces âneries. Après s’être bien marrés, un sentiment de frustration les gagne. De quel droit peut-on se moquer ainsi de la noble profession d’astronome ? Une pétition est signée une semaine après l’étrange manifestation céleste par 452 hommes du domaine, pétition qui réclame une explication des choses. Un silence plus qu’assourdissant pèse de son poids comme toute réponse. Ne nomme-t-on pas à juste titre l’Armée imaginienne et l’ASI les « escamoteuses enterreuses »… de dossiers sensibles ?
Cette fois néanmoins, il y eut fuite d’informations. Un membre influent de la boîte, vraisemblablement indigné de l’énorme menterie livrée en pâture aux cervelles des masses crédules, se résolut de parler discrètement sur Infoway (5), sous couvert d’anonymat, cela s’entend. Ses dires (pour ne pas dire ses écrits) confirment les observations de Lex et de Stu : une forme opaline semi-opaque, quasi-circulaire et de taille époustouflante, s’était effectivement amusée à singer le déplacement de la lune. Elle était possiblement de nature plasmique et planait non pas à 43 km au-dessus des têtes, mais à environ 91 km. Cette forme était sûrement douée d’intelligence, son déplacement régulier et son mimétisme lunaire le laissant penser. À vous de tirer vos conclusions quant à sa nature et à son origine !
4. Suspects bruits célestes
Un peu avant le lever du soleil, sous un ciel encore étoilé dépourvu de nuages, les habitants du village d’Enn-Vujn, à 652 km au Sud de Préhistorvilles, entendent ce 30 novembre 2002 des grondements lointains. On croirait des obus, sauf que le son se prolonge durant parfois une minute en diminuant à peine d’intensité. La fréquence des coups est irrégulière, allant de trois par minute à un seul toutes les heures. Vers 17 h, les bruits semblent se rapprocher du village. Ils cessent subitement vers 23 h et s’éloignent progressivement. Deux jours plus tard, l’Armée donne une interprétation au phénomène : tirs balistiques d’essai à la base d’Amakuf, à 200 km de là. Cela satisfait pleinement les campagnards. À peine trois obscurs hebdomadaires du coin en parlent, le plus brièvement du monde, c'est-à-dire en un seul paragraphe de moins de 150 mots ! Avec un peu de recul, plus d’une personne avisée constate qu’il est question ici, une fois de plus, de désinformation. C’est que le son d’aucun dispositif ou engin imaginien ne peut s’entendre distinctement à 200 km, même après réflexion sur un obstacle quelconque. Par ailleurs, effectuer des tirs balistiques de l’aube à 23 h sans contexte de guerre constitue des dépenses inutiles de munition, d’énergie et de temps. Enfin, les sons provenaient manifestement du ciel et semblaient parfois se rapprocher du village d’Enn-Vujn. Durant cet insolite phénomène, aucun tremblement de terre ne fut ressenti ni aucun éclair aperçu, le temps étant on ne peut plus clément ce jour-là. Bref, on a affaire à quelque chose que la tortueuse Science ne s’explique pas…
Tout aussi inexpliqués s’avèrent les craquements de tonnerre ressentis à Instarv City, à 51 km au Sud-Ouest de Malether, le 18 septembre 2001. De 16 h à 20 h, le ciel de la ville minière était zébré de gros éclairs qui produisaient un vacarme d’une rare violence. Les décharges électriques furent si répétées et si intenses que le courant se coupa dans toute la cité et les communications cessèrent de passer vers 18 h ! Heureusement, on ne recensa aucun impact de foudre. « Les orages, même forts, quoi de plus normal ! », s’exclamera le lecteur. Certes. Que penser cependant si on sait que le ciel était juste recouvert d’une mince couche de brume lors des événements ? Une brume si mince que la journée, le firmament était bleu, le soleil bien visible et la nuit piquée d’étoiles ? Convenons-le, le brouillard ne peut produire ce type de perturbations ! Tout météorologue le sait parfaitement. Mis à part ceux délégués par la prélature scientifique imaginienne qui osèrent extravaguer en direct qu’une tempête magnétique en provenance du Soleil engendra et entretint ces conditions inhabituelles. Tempête magnétique dont aucun observatoire ne remarqua la présence ! Certains ésotéristes soupçonnent que ces éclairs sans pluies ni cumulonimbus font partie des signes de temps de la « Grande Transformation » (6), tels que décrits dans le Livre des Grevins, un opus prophétique écrit en 1140 sous moult transes (23 au total) par un drôle de curé de Brouillarvilles, l’Abbé Rastus Flerkss.
Alors que les éclairs terrifiants d’Instarv City et les obus invisibles d’Enn-Vujn ne firent aucune victime humaine, les événements préhistorvillois du 11 avril 1996 tuèrent officiellement 53 personnes, officieusement au moins 280 ! Les dégâts causés se chiffrèrent à 62 000 I (310 000 $). En effet, en ce jour pluvieux sans le moindre éclair, la moindre foudre, le moindre tonnerre, une explosion apocalyptique ébranla le ciel et toutes les maisons du centre-ville. Toutes les vitres à dix kilomètres à la ronde volèrent en éclats, blessant grièvement un nombre incalculable d’individus. Suite au choc dû au bruit (qui s’entendit bien au-delà de Préhistorvilles), plusieurs hypertendus et autres gens au cœur fragile succombèrent instantanément. La nouvelle fit la une de tous les journaux, qu’ils soient papiers, télévisés, radiodiffusés ou électroniques. Les scientifiques, pour cette fois, sûrement en respect de la mémoire des défunts et des familles éplorées, ne constatèrent que les faits. Ils émirent l’hypothèse de l’explosion, mais reconnurent, ce qui est très rare de leur part à Imaginos, n’avoir aucune explication à fournir, vu la bizarrerie de ce qui s’était déroulé. En effet, bien qu’on ait su que la mortelle déflagration causa des avaries sur une surface étonnamment rectangulaire, nul ne décela une quelconque trace de ce qui a détoné. Pas l’ombre d’une fumée ni le flottement d’une odeur particulière. Pas la trace du moindre explosif. Autre détail troublant : seules les vitres furent sérieusement endommagées, mais aucune construction métallique, en béton, de plastique ou de bois ! Ce qui laisse supposer que ce ne sont pas les vibrations insupportables qui provoquèrent les dégâts matériels, mais une espèce de phénomène de résonance susceptible de briser le verre. Par ailleurs, la terre ne trembla pas lors de l’explosion ; celle-ci provenait bel et bien du dessus…
5. Une trouée dans la nuée
Tombolo, un lieu maudit de Fibreux à 300 km à l’Est de Malether, ne se contente pas que d’abriter des sorciers accomplis. L’endroit est comme chargé de quelque effluve maléfico-occulte, au point même que sa localisation GPS est pratiquement impossible. On y accède le plus souvent par la voie des airs, généralement en hélico ou en avion, et encore. Je m’intéresse précisément à un phénomène des plus curieux qui se manifeste de temps à autre dans la voûte céleste tombolienne. Quelques témoins prétendent l’avoir aperçu en 1941, d’autres en 1978. De source sûre (source dont on parlera plus loin), la dernière qu’apparut l’Ognalumamile (« La porte des Esprits »), c’était le 4 juin 2007, de 19 h 15 à 21 h 30. Mais quelle est donc cette diablerie au nom compliqué ?
Toujours par temps nuageux et très souvent lors de fortes averses, généralement après sept heures du soir, une espèce d’éclaircie troue les nuées. On dirait un gros ovale visible du côté nord-est, faisant pas moins de 20 cm de long à partir du sol. Dans cette ellipse, point de nuage et, bizarrement, il y fait clair comme en plein jour ! Ladite ellipse plane lentement durant environ trois heures en direction du Nord, puis disparait petit à petit dans les stratocumulus. Chose étrange, au moment de la disparition du truc, la pluie cesse comme par enchantement.
Nos experts savants bardés de tas de diplômes et de doctorats ont pu trouver, selon eux et eux seuls, la cause de cette lumière insolite à forme si géométrique. Il s’agit (et non il s’agirait) de la réflexion des derniers rayons solaires sur les hautes couches atmosphériques. D’autres chercheurs ont même proposé la piste des nuages noctulescents, du moment que lesdits nuages apparaissent fréquemment quelque temps avant le lever ou quelque temps après le coucher de l’astre du jour. Rigolotes explications, en vérité. Concernant la thèse fumeuse de la réflexion des rayons sur les couches atmosphériques, beaucoup se sont demandé comment ces rayons se débrouillent pour traverser de sombres et épais nuages d’orage et prendre une forme ovoïde. Quant à la théorie des nuages noctulescents, tout aussi insoutenable, il est certes vrai que le phénomène peut se dérouler après le coucher du soleil. Toutefois, par quelle magie des nuages si haut situés (7) ne sont pas masqués par les bas nuages de pluie qui, par-dessus le marché, s’écartent même pour laisser la place à leurs confrères haut placés ? Par quel autre merveilleux stratagème des nues peuvent-elles arborer des formes aussi régulières durant des heures ? En somme, nos idolâtres de la Rationalité nous mènent ici en bateau de croisière.
Une chose semble cependant authentique : un informateur digne de foi, versé dans la magie fibreuse depuis des décennies, nous assure que l’apparition de cette fameuse trouée lumineuse coïncide avec une activité hors du commun sur le plan occulte dans le village de Tombolo. Les incantations y sont décuplées, ainsi que les sacrifices humains mystiques. La source X révèle par ailleurs un élément inquiétant : l’Ognalumamile, comme l’indique si bien son nom, est un passage vers un autre monde, une brèche temporaire entre l’univers imaginien et une autre réalité !... Cette info sensationnelle est confortée par une autre, non moins choc, livrée par une autre source que je nomme Y., source œuvrant dans les hautes sphères de l’Armée. C’est qu’un gros avion-laboratoire de la taille d’un Airbus A380, effectuant des mesures et des tests dans le plus grand secret, se volatilisa, lui et les 37 personnes composant son équipage. L’appareil s’était assurément rapproché d’un peu trop près de la « Porte des Esprits ». Le dramatique et insolite événement aurait eu lieu le 4 juin 2007, jour de la dernière manifestation. Il ne laissa aucun débris ni aucun corps ! Désinformation habilement orchestrée ? Possible. Mais dans quel intérêt ?
1 Malether = Préhistorvilles
2 L’astragale (a) est le sous-multiple de la monnaie d’Imaginos appelé l’imagis. Un imagis (I) vaut 5 de nos dollars américains et un astragale vaut le centième de l’imagis. Faites le calcul…
3 Lanztaz est une sous-région australe de la région de Gluant.
4 L’Agence Spatiale Imaginienne est l’équivalente de notre NASA.
5 Notre Internet.
6 La Grande Transformation est un événement tant attendu par les habitants d’Imaginos. Elle consistera en une fusion du corps, de l’âme et de l’esprit en vue d’atteindre une autre dimension physico-spirituelle…
7 Avec les nuages nacrés, les nuages noctulescents sont les plus haut perchés, généralement à plus de 25 km au-dessus du sol.
19 mai 2009
L'URGKLUZURBRUT
...OU 50 RECETTES IMAGINIENNES PEU AVOUABLES POUR AVOIR DU SUCCÈS, DU CHARME ET AUTRES CHOSES SEMBLABLES ET CE, SANS INCANTATIONS
Un livre plus que sulfureux, qui ne circule que dans certains milieux de fort haut ésotérisme, rarement réédité depuis sa parution en 1824 (et pour cause, vous verrez pourquoi), permet, semble-t-il, de réaliser mille un désirs. Son nom ? L’Urgkluzurbrut. Son auteur ? Urgkl Iyekwe, grand magicien tombolien (1) dont les talents en la matière surpassent largement ceux de David Copperfield. En théorie, détenir, éditer, vendre ou prêter ce fumeux ouvrage est prohibé et par le droit commun imaginien, et par le droit mystique fibreux. Son contenu, en effet, fort de 1400 pages, renferme nombre de passages contraires aux bonnes mœurs et pas mal incitent au meurtre ou au viol, sans oublier le vol, l’envoûtement, les mutilations et pareilles autres joyeusetés. Le grand chroniqueur préhistorvillois du paranormal, Zéphyrin Amanyvor, prétend (et je crois qu’il dit vrai) avoir lu en entier l’étrange pavé. Il nous a livré, dans une émission spéciale de la nuit du 4 au 5 avril 2009, la substance de l’Urgkluzurbrut en dix points comportant chacun trois solutions. Il a du reste évité les formules incantatoires. Nous savons cependant que les arcanes les plus obscènes ou les plus gores ont été omis par notre journaliste.
1. Comment devenir riche en moins de deux ?
Rien de plus simple : suffit d’avaler toutes crues six langues de poules grises avec un demi-verre de sperme de crotale une nuit de nouvelle lune.
Sinon, il y a aussi la patte avant droite d’un chaton siamois de 13 jours à frire dans de l’huile de castor durant 45 minutes, avec poils et griffes qu’il faudra bouffer. Notez ici qu’il n’y a pas de confusion lors de l’emploi du terme « siamois » : il ne s’agit guère de l’espèce (chat du Siam), mais d’un matou… à deux têtes !
Si vous trouvez ce procédé quelque peu inaccessible, il vous reste à vous balader nu au travers le cimetière de Rhatrageux (2) sous une violente pluie une nuit de lune gibbeuse à deux heures du matin pendant deux heures. En outre, sur vos hanches, vous devrez porter un collier fait d’intestin grêle de fennec de Lourd (3). L’âge et la couleur de l’animal importent peu.
Toutes ces méthodes garantissent que vous serez plus riche que Crésus dans la semaine. À essayer !...
2. Les moyens les plus sûrs d’avoir une mémoire d’éléphant
La technique infaillible en la matière se présente doublement infractionnelle. C’est qu’il convient de boire 100 ml de menstrues fraîchement recueillies d’une femme de 38 ans ayant eu deux gosses mâles. Le récipient devant servir de coupe ? Un crâne de savant préhistorvillois ! Il faut boire à son œil gauche ! Je disais que la méthode fait naître deux infractions : outrage public aux mœurs et violation de sépulture, cette dernière pouvant devenir meurtre par homicide si le savant a été enlevé, puis zigouillé à vos soins. Je déconseille vivement d’user de telles pratiques.
Comme méthode alternative aboutissant au même résultat, prenez trois cuillères à soupe de bave de phacochère mélangées à des boulettes de viande de rat d’égouts cuites à la vapeur. Euh… Deux boulettes et demie feront l’affaire.
Si ça ne vous dit rien, alors partez en savane imprenable (4) un 21 mars, jour d’équinoxe. Abattez-y un renard, ouvrez-lui la tête et consommez cru l’hémisphère droit de son cerveau avec une cuillère en bois d’eucalyptus.
L’application de l’une de ces trois pistes vous permettra de mémoriser sans effort des encyclopédies et de vous rappeler instantanément plusieurs choses…
3. Je veux avoir une peau et un visage sans rides ni boutons
Fastoche ! Invitez une pucelle de 16 ans et 14 jours chez vous, de préférence affamée ou ayant un certain appétit. Faites-lui avaler deux litres et demi de lait de chèvre albinos. Prenez un bol en plomb et demandez à votre gamine d’y dégorger. Repue et indubitablement dégoûtée, notre gamine vomira à grands jets et sans retenue. Si elle ne veut rien faire sortir, foutez vos doigts dans sa gorge pour faciliter la purge. Dès que notre vierge s’est bien vidée, piquez-lui l’auriculaire et faites tomber cinq gouttes de son sang dans le fameux bol. Mêlez le tout et appliquez la mixture après une heure sur votre peau. Ladite mixture ne doit pas servir plus d’une semaine et il est interdit de la conserver au frais.
Si vous n’avez pas de jeune innocente à votre portée, procurez-vous 250 g d’excréments de gazelle sourde du Ghothal (5) desséchés au soleil durant huit heures. Macérez cela dans un demi-litre d’eau provenant de la rivière Stegonia qui coule pas très loin de là. Six heures plus tard, agitez la potion et appliquez-la sur votre minois ou ailleurs.
Trop compliqué pour vous ? Allez acheter un perroquet mâle vert à Eznewplace (6). Allumez un grand feu à l’intérieur duquel vous jetterez la bête vivante. Qu’elle brûle au point de se carboniser. Retirer le volatile, qui n’est plus qu’un morceau noir et fumant. Broyez-le au point de le pulvériser. Mélangez la fine poudre ainsi obtenue avec 5 cl d’urine de scorpion du Tortaupion (7). Appliquez la pâte sur votre visage ou ailleurs sur votre peau.
L’Urgkluzurbrut garantit un résultat immédiat dont les effets peuvent durer 19 ans !
4. Attirer des meufs ou des gars comme merde (euh, pardon… miel) attire mouches
Autant vous prévenir : ce que je propose ici peut me coûter si pas mon poste à Radio Nguma, au pire un procès avec emprisonnement à la clé. Si vous estimez que votre fort n’est pas le charme, invitez une pucelle (ah ouais, encore…) préhistorvilloise, jolie de visage comme de formes, ayant eu 25 ans il y a 23 jours. Faites-lui boire de telles quantités d’alcool qu’elle en soit totalement inconsciente. Arrangez-vous pour qu’elle ne rende pas toute cette bière ingurgitée. Déshabillez-la entièrement et sodomisez-la entre minuit et minuit quart. Vous devez avoir un orgasme. Juste après, prélevez-lui 50 ml de sang au niveau de la cuisse droite, sang que vous avalerez cul sec. Si vous êtes plutôt une femme en manque de grâce, le rituel demeure le même. À la différence que l’enculade est un exercice qui vous sera irréalisable (à moins que vous soyez transsexuelle). Selon le manuel, en substitution, il faudra copieusement pisser sur le visage et le torse de celui que vous avez capturé après avoir ingéré 1500 ml de jus de goyave. Bien entendu, vous l’aurez deviné, ce ne sera pas une femme, mais un homme de 25 ans, qui servira pour l’expérience. Il doit être chaste, cela va sans dire…
Cette solution vous rebute-t-elle ? Pas d’inquiétude ! Si vous êtes en panne de séduction, trempez dans 350 ml d’eau de robinet pendant cinq jours une paire de chaussettes ayant été portées par une star du X trois jours durant. Ladite star devra avoir porté des bottes noires et sera un homme si vous êtes une femme ou une femme si vous êtes un homme. Cette opération accomplie, gobez l’infâme liquide entre trois et quatre heures du mat, nu comme un ver et les jambes en tailleur, à l’abri des regards indiscrets.
Ça ne vous enchante guère, avoir le goût du pied dans la gueule ? Alors faites une bouillie très pâteuse avec trois testicules de paon et la lymphe d’une guenon de mandrill olokilien. Avalez la moitié de la substance et servez-vous de l’autre comme suppositoire, matin, midi et soir, respectivement à 7 h, 14 h et 21 h.
Sûr et certain, toutes les filles ou garçons de la Fac, selon que vous êtes un gars ou une gonzesse, accourront vers vous, prêts ou prêtes à se damner pour bénéficier de votre intarissable amour…
5. Trois porte-bonheurs infaillibles
Voulez-vous avoir de la chance à revendre ? Vous n’avez qu’à couper la patte gauche d’un macareux de Gluant (8) que vous tremperez dans du vinaigre à l’intérieur d’un bol en bois de cyprès. La macération doit s’effectuer en trois semaines sous le toit d’une vieille grange de maison abandonnée. Je tiens à vous signaler que depuis 1994, le macareux gluant (9) est une espèce protégée dont la chasse est strictement interdite. Gare à vous si vous vous faites prendre, car les sanctions s’avèrent sévères (10). Je ne sais pas si votre porte-bonheur (que vous devrez par ailleurs porter autour du cou) vous les évitera…
Au cas où vous ne voudriez pas affronter la justice, procurez-vous une molaire de requin tricornu (11) et une griffe de corbeau trentenaire. Broyez le tout et mettez la poudre dans un médaillon de bronze à porter autour du cou, mais de manière peu visible, c'est-à-dire sous votre pull et/ou votre chemise.
Cela ne vous dit rien ? Ben, tatouez-vous donc les initiales de votre nom au fer rouge sur la poitrine et placez sur la brûlure de la cendre issue de la combustion totale d’un pancréas de chouette effraie de Préhistorvilles. Manœuvre aussi pénible qu’extrêmement ardue à réaliser… Tailler ses initiales sur son torse avec un objet ardent relève de la haute gageure !
Urgkl écrit sans sourciller que l’un ou l’autre porte-bonheur vous apportera une telle baraka que les balles de fusil sembleront vous esquiver et la mort vous fuir un assez long moment (non indiqué).
6. Voir, entendre et sentir des choses dont le commun n’a ni la perception ni l’aperception
Ce long titre veut simplement dire qu’une fois exécuté le tour de votre choix, votre don de vision ou de voyance sera décuplé, votre odorat félin et votre ouïe canine, voire même voisine de la télépathie ! Une abondance de qualités à acquérir du coup, mais, nous le verrons, au prix de pas mal de sacrifices…
Dans la zone désolée et marécageuse des Likukumons (12), capturez vivant un condor mâle. Arrivé chez vous, tranchez-lui la tête et récoltez son précieux sang. Extrayez sa moelle épinière et écrasez-la dans le récipient contenant le sang. Faites bouillir le tout à feu doux dans un demi-litre d’eau de l’Océan-Dimensions (13) contenue dans une carafe en quartz amorphe (14) lors d’une pleine lune du mois de septembre (mais pas du 21).
Pour éviter de fatigants déplacements et les dépenses nécessairement élevées qu’occasionne ce genre de voyages et de captures, l’Urgkluzurbrut propose une solution plus souple, mais aussi plus… putride. Attrapez un pigeon de belle taille sur la place publique. Fracassez son crâne à l’aide d’un petit marteau. Laissez pourrir l’animal dans un coin humide et obscur, mais quand même accessible aux mouches et autres bestioles de même registre. Dès que le nombre et les dimensions des larves deviennent conséquents, rassemblez-les dans un verre. Faites-en une purée bien gélatineuse. Quelque temps plus tard, retirez le foie en décomposition du volatile et déposez-le sur une assiette en faïence. Ingérez la bouillie larvaire tout en vous servant du foie comme pain. Attention ! Interdiction de gerber l’immonde boisson. Il est cependant presque à 100% certain que vous serez terrassé par une sévère intoxication alimentaire…
Trop peu ragoutante pour vous, la procédure ? Recueillez plus ou moins 200 g de caca de dauphin gravide. Faites sécher la déjection en plein soleil durant deux jours sur une pierre en marbre bleu. S’il ne pleut pas au cours de ces deux jours, c’est que le Ciel est vraiment de votre côté. Toutefois, il y a encore du chemin. Demandez une bonne dose de marijane à l’un de vos potes dealers ou peu respectueux de son état mental. Broyez la merde de dauphin jusqu’à ce qu’il prenne l’aspect d’une fine poudre vert noirâtre. Mélangez cela avec la marijuana et faites un joint de 15 cm. Fumez-le jusqu’au bout à partir d’une heure du matin. Après avoir plané durant pas moins d’onze heures, votre sixième sens se trouvera amplifié. L’Urgkluzurbrut prévient toutefois que ce sera si soudain qu’il vous prendra un bon moment avant que vous vous accoutumiez à cette nouvelle réalité qui, ma foi, ressemble beaucoup à un délire psychédélique provoqué par la drogue…
7. Jouir d’une santé on ne peut mieux pétillante
Les gens vous taquinent à cause de votre air égrotant de poisson pas frais ? Chaque mercredi à 10h, avalez un quart de verre composé de larmes de zèbre flatulent et d’un ongle pulvérisé de tortue des Îles Crochues (15). Je vous souhaite tout le bonheur du monde pour vous procurer de manière régulière ces deux ingrédients capitaux sans commettre de délit (16)…
Autre technique : mangez cru une fois le mois le jabot d’un corbeau de 45 ans révolus. Je reconnais la recette quelque peu utopique. Avoir en effet à sa portée un stock de jabots de corbeau quadragénaire n’est pas à la portée du premier venu…
Il y a néanmoins une solution moins « alimentaire ». Demandez à un chapelier de vos amis de vous confectionner un couvre-chef fait de fourrure d’hyène pleinement gavée. Une fois le charognard dépouillé, ouvrez l’estomac de l’animal et déversez son contenu sur sa fourrure. Abandonnez cela aux intempéries durant 60 h et demandez à votre pote confectionneur de chapeaux de se mettre à l’œuvre.
Chacun de ces stratagèmes vous dotera d’une santé à toute épreuve. Aucune maladie ne vous frappera plus, de la peste à Ébola en passant par H1N1 et le charbon, sans oublier le VIH. Quant aux techniques de mithridatisation, c’est au point suivant.
8. Résister aux poisons les plus violents, quelle qu’en soit la forme
Euh… Je trouve personnellement ce titre assez aguicheur. Si Urgkl vivait encore en 2009, il en rectifierait un tant soit peu la tournure. Qui en effet (à moins d’être vampire ou zombie) peut survivre à une injection de 20 ccs de gel pour cheveux ? Ou à l’ingurgitation d’un verre d’acide sulfurique concentré ? Je crois aux miracles. Ça ne marche malheureusement pas à tous les coups (en fait, ça marche très rarement…). Ceci dit, revenons à nos moutons. Au cas où vous douteriez fortement de la non-toxicité de la tarte offerte par une de vos collègues de service, notre bouquin vous recommande cette astuce avant de consommer ladite tarte : grillez en brochette une mygale toute remplie d’œufs. Son ventre va sûrement éclater aux premiers contacts de la flamme et tout le bordel d’éclaboussures. Un détail : notre arachnide doit avoir séjourné une semaine et demie dans un flacon en verre fumé contenant du vin de palme.
Le moyen que je vous livre maintenant est fort risqué, car une fois accompli, vous flirterez avec la mort à tout instant. À réserver aux pros et autres intrépides. Donc, allez chez l’herpétologue du coin ou en pleine savane imprenable prélever une quantité non négligeable de venin de mamba améthyste (17) et 50 ml de venin de scorpion roux d’Asthénasie (18). Agitez ces deux dangereux liquides dans une éprouvette de labo et chauffez au bec Bunsen pendant 35 secondes. Injectez-vous le premier jour (la première nuit, en fait, à 3 h du mat) 0,5 ml de cette substance. Le jour suivant, augmentez la dose de 0,25 ml et ainsi de suite jour après jour jusqu’à ce que l’éprouvette soit vide. Si vous vous en sortez vivant, de cette épreuve quasi-suicidaire, alors plus aucun repas ne peut vous effrayer, même si ce dernier s’avère plus qu’avarié. Concernant les poisons par injection ou par inhalation, l’Urgkluzurbrut n’en pipe mot. J’vous disais que l’auteur a dû déborder d’ardeur lorsqu’il rédigea cette partie de son ouvrage…
Si vous ne voulez pas jouer au martyr de l’ésotérisme (et je vous comprends fort bien), il vous reste la méthode du caillou d’Aïcapik (19). En alpiniste chevronné et hardi, rendez-vous sur la montagne maudite. À 7000 m d’altitude, à l’aide de votre piolet, retirez un morceau de 30 g de granit veiné. Une fois dans votre chez-soi, recouvrez le caillou d’une peau de gecko foudroyé durant 1 h 45. Une fois le caillou trempé ou déposé sur ou dans un plat, celui-ci sera débarrassé de toute substance altérant le bon fonctionnement des organes. J’ai le net sentiment que ce procédé pue la farce à plein nez. Ici, Urgkl voulait vraiment nous embobiner. Un gecko foudroyé ? Je me gausse encore ! Et le granit ? Elle est bonne, celle-là ! Tout le monde sait que nul humain ne sort vivant une fois le Mont Aïcapik gravi, même de trois mètres ! Bof, passons…
9. Contrer les mauvais sorts
D’aucuns croiront qu’avoir la vue extralucide et le flair affuté suffisent à éviter les mauvais coups occultes. Erreur monstrueuse ! Voir un danger et s’en protéger sont deux choses distinctes. Les trois méthodes que je vous expose, aux dires d’Urgkl lui-même, vous donnent la possibilité de parer toutes les attaques provenant du monde invisible.
Première méthode : extrayez la bile d’un phoque femelle et quatre calculs rénaux d’un obèse hypotendu de moins de 30 ans. Faites une pâte de ces choses et insérez la mixture dans un pendentif en forme de cristal naturel de quartz, mais taillé dans de l’ébène tombolien, bois réputé imputrescible. La corde qui permettra que votre porte-bonheur (c’en est un, en quelque sorte) se porte à votre cou devra être à base de tendons de croacrazore de dix ans. Vous verserez obligatoirement dans le braconnage pour exécuter cette manœuvre. C’est que le croacrazore fait partie des espèces protégées depuis 1915.
Deuxième méthode, douloureuse, mais aussi quasi-impossible : muni d’un stylet en cuivre ayant rougi à la flamme produite par l’incandescence des cendres issues du charbon de bois de séquoia nain (une autre espèce protégée), tracez un pentagramme sur votre dos, côté épaule droite. Facile à écrire : quel humain normalement constitué est capable de dessiner à l’aveuglette un dessin complexe sur une partie de son corps au moyen d’un instrument qui fait vachement mal, en l’occurrence une tige de métal portée au rouge ?
La troisième méthode vous donne l’opportunité de repousser les ondes négatives durant votre sommeil. Sous votre lit, placez un miroir ayant appartenu à un notable de Couleuvra-Aikon (20). Déposez dessus un bec de toucan rincé à l’eau de Javel pendant un quart d’heure. Croyez Urgkl, tous vos cauchemars et oppressions nocturnes ne seront désormais qu’un triste souvenir.
10. Comment paraître toujours jeune et, accessoirement… avoir une bonne haleine ?
Apparemment, cette question ne préoccupait aucunement celui même qui se l’est posée. En effet, Urgkl s’éteignit à l’âge respectable de 105 ans en 1862 et avait, à ce qu’on raconte, un aspect tout ratatiné, tout desséché et maigrichon, loin du physique de l’athlète venant à peine de franchir le cap de la vingtaine. Par ailleurs, sa bouche schlinguait le pet de quelqu’un qui a abusé de haricots verts ou de choux-fleurs. Peut-être le défunt sorcier n’avait-il pas les moyens de réaliser ce vieux rêve de l’éternelle jouvence et celui, moins fou, de la bonne odeur buccale. Il convient de le reconnaître, les pratiques recommandées dans l’ouvrage s’avèrent extrêmement délicates et difficiles à observer. Quand, par exemple, l’Urgkluzurbrut demande de s’enduire de fiente de colibri sur tout le corps, de se balader dans son plus simple appareil en plein midi à travers Malether pendant 25 minutes et de pointer son sexe en direction du soleil au zénith une bonne demi-heure, ça vire carrément au délire psychotique.
Ou encore le passage, en page 896, qui conseille de boire d’une traite un demi-litre de vomissure de vieux sage tombolien composée de mangues et d’abricots. Beurk ! Au moins, l’âge du vieillard n’est pas mentionné. Je tenterai avec le gendre de la tante du cousin germain du demi-frère d’un oncle par alliance, un véritable goinfre…
La dernière pratique consiste à porter un slip fabriqué en peau tannée de brebis borgne et de demeurer sans respirer environ huit minutes dans la cascade Khuskhuda (21) en plein 11 h.
1 De Tombolo, village mal famé de la Région de Fibreux, grouillant de faiseurs de mauvais sorts et autres marabouts peu amènes, cannibales dans leurs heures perdues.
2 Célèbre cimetière aux environs de Préhistorvilles, magnifique la journée, mais sinistrissime dès le coucher du soleil. Toute une histoire y est consacrée dans ce blog.
3 Région du pays d’Imaginos, la moins pluvieuse, mais aussi la plus avancée technologiquement.
4 Les Imprenables sont une vaste surface broussailleuse parfois entrecoupée de forêts-galeries, qui s’étend sur trois région d’Imaginos : Lourd, Coriace et Fibreux.
5 Le Ghothal est une région boisée à 700 km au Nord de Préhistorvilles, non loin du fameux « kilomètre 723 » et de la ville d’Olokilo.
6 La place marchande la plus fréquentée de Malether.
7 Tortaupion est un plateau herbeux à la frontière Coriace-Fibreux, deux régions d’Imaginos.
8 Une autre des cinq régions d’Imaginos.
9 « Macareux gluant » ne veut pas dire « oiseau marin couvert de viscosités », mais plutôt « macareux vivant dans la région imaginienne de Gluant ».
10 Dix à quinze ans de prison fermes.
11 Une espèce particulièrement redoutable qui infeste les eaux de la Mer de la Double Origine, dans la région de Gluant, la plus grande mer intérieure d’Imaginos.
12 Les Likukumons sont une suite de 14 marécages couvrant environ 1730 km2 bordant un espace classé patrimoine imaginien : le Parc des Croacrazores, ces derniers étant des dinosaures amphibies et volants tenant de l’archéoptéryx et du diplodocus.
13 L’Océan-Dimensions est une masse aqueuse sans limites connues et dépourvue de créatures vivantes qui ceinture le pays d’Imaginos. Des rives à une distance x, la profondeur est également indéterminée. À partir de 500 km d’altitude, ledit Océan est invisible et indétectable, phénomène très curieux et totalement inexpliqué à ce jour ! Je parlerai de cette singularité physique dans une prochaine histoire.
14 Par « amorphe », entendez « originaire de la Région d’Amorphe », une des régions les plus hermétiques d’Imaginos, très chargée en mystères tant archéologiques que mystiques.
15 Les Îles Crochues sont un archipel paradisiaque en pleine Mer de la Double Origine, dont la forme évoque celle d’une tête de Viking surmontée de deux cornes.
16 Les tortues de ces contrées sont classées espèce en danger et trouver un zèbre ballonné chaque semaine vous poussera à le bourrer inutilement de mélèze et, par conséquent, à le faire souffrir, ce qui constitue, à Imaginos, l’infraction de souffrance gratuite et inutile d’animaux vertébrés.
17 Le mamba améthyste est un serpent de couleur violette, long seulement de 40 cm, mais dont la morsure expédie quiconque ad patres dans le trio de minutes qui suit…
18 L’Asthénasie est une sous-région de la Région d’Amorphe, au Sud-Ouest d’Imaginos, dont le scorpion roux, invertébré de 15 cm du dard aux crochets, est un spécimen. La piqûre de la bestiole n’est pas mortelle, mais plonge la victime dans d’atroces souffrances durant trois heures.
19 Le mont Aïcapik est le pic le plus élevé d’Imaginos, avec ses 21 042 m ! J’ai consacré toute une histoire à cet endroit ensorcelé d’Imaginos.
20 Couleuvra-Aikon est une cité bourgeoise à 428 km à l’Est de Préhistorvilles et qui abrite plusieurs lignées de familles fibreuses d’anciens rois, barons et autres ducs.
21 Khuskhuda est à 150 km au Sud de Malether. Elle est classée patrimoine imaginien de par la beauté du site et de la chute portant ce nom. Elle brasse chaque jour quantité de touristes venus de tous les horizons d’Imaginos. Je vous souhaite beaucoup de courage et de détermination si vous voulez vous y baigner en slip de laine en bravant tous ces regards étonnés…
06 avril 2009
VOITURES, CAMION ET AUTRES FOURGONNETTES SURNATURELLES
VOITURES, CAMION ET AUTRES FOURGONNETTES SURNATURELLES
VOITURES,
CAMION ET AUTRES FOURGONNETTES SURNATURELLES
À Imaginos,
tout particulièrement dans la région de Fibreux, des témoins, parfois par
centaines, aperçoivent comme dans un rêve des véhicules au comportement si
singulier qu’on a toutes les raisons de croire qu’ils ne sont pas de notre monde
physique. Les cinq témoignages suivants, de toute dernière fraîcheur, vont vous
illustrer ce complet mystère dont on ne sait pas si la nature est sorcière ou
non humaine (ou les deux, pourquoi pas…).
1. Garée
ou en déplacement ?
Tel
un môme ayant reçu son cadeau de Petit Papa Noël, Ignace Varbetinos trépigne de
joie. Il vient, en ce 31 juillet 2006, de gagner une superbe jeep couleur grenat
au concours organisé par Nguma Télécom. Notre peintre passe sa journée à
circuler à travers tout Malether, profitant du carburant dont le réservoir est
tout plein. Satisfait d’avoir passé de bons moments avec son engin, il gare ce
dernier dans sa parcelle. Heureusement qu’il a de l’espace chez
lui.
Durant
presque un mois, Ignace savoure sa bagnole tous terrains. Jusqu’au jour où il
remarque de drôles de trucs. D’abord, la radio. En fin observateur, il se rend
compte que depuis un certain temps, le tuner capte à son réveil une station
différente de celle qu’il avait captée en dernier. Une autre fois, il retrouve
ses effets éparpillés dans la boîte à gants, alors qu’il est convaincu que tout
était en place la veille. Et puis, il y a cette curieuse sensation d’avoir
l’impression d’être observé pendant qu’il conduit seul, surtout la nuit ! Et
après minuit, le véhicule refuse de démarrer, au moins jusqu’à cinq heures du
mat. Le carburateur, la batterie ou d’autres alternateurs ne sont pas concernés.
Sans panne, la jeep ne réagit à aucune tour de clé. Or il se fait qu’entre
minuit et l’aube, des événements singuliers, directement liés à la bagnole,
surviennent à travers Préhistorvilles.
Celle-ci
a en effet été surprise en excès de vitesse, dépassant allègrement 150 km/h !
Les policiers, malgré toute leur énergie, ne sont jamais parvenus à rattraper la
jeep, histoire d’identifier son ou ses occupant(s) : ils se font honteusement
semer à chaque fois. Plus grave : le 14 octobre 2006, à 2 h, elle a fauché un
pauvre clochard dont l’état d’ivresse n’avait de pareil que son inattention à
traverser le Boulevard Lisgon. Il a crevé sur place, mais un témoin, son
compagnon pas moins vagabond, a eu le loisir de réaliser que c’était un véhicule
rouge qui a occis son pote d’infortune. Et durant toutes ces randonnées, Ignace,
le propriétaire de la 4x4, dormait comme une souche et sa 4x4… roulait sans lui
ou plutôt… était garée chez lui tout en roulant sans lui.
Trop,
c’est trop. Les poulets sont décidés à mettre la main sur le chauffard qui
perturbe sans gêne la circulation et viole si impunément le Code de la route.
Tâche ardue, car nul ne sait à partir d’où le véhicule démarre ni à quel endroit
il stationne. Par ailleurs, toutes les grandes artères de Malether sont
sillonnées sans qu’il soit remarqué une préférence particulière pour certaine
d’entre elles. À vive allure, cela s’entend. Cependant, à force d’observations
soutenues et relayées, appuyées par une patience exemplaire, quelques flics
parviennent à établir une similitude de forme et d’aspect entre la jeep qui file
à tombeau ouvert et la jeep d’Ignace. Notre peintre est objet d’interpellations
aussi nombreuses qu’infructueuses. Il cesse d’être cuisiné très rapidement, les
flics se rendant compte que plusieurs éléments manquent qui peuvent rattacher
Ignace à la bagnole effrénée. Néanmoins, toutes ces histoires à moitié
rationnelle troublent son esprit croyant. À son corps défendant, il vend son
bijou à moteur à l’une de ses connaissances du bâtiment.
Depuis,
notre jeep grenat n’importune plus personne. Avait-elle un problème personnel
avec son ancien acquéreur ? Nous ne le saurons sans doute
jamais…
2. Elle
se déplace à sa manière…
Aux
environs du Mont Aïcapik, le pic d’Imaginos le plus élevé (21 042 m !), le
relief forme tout un système de collines et de montagnes plus ou moins abruptes.
Par conséquent, les routes y sont en général en lacet et parfois à sens unique,
comme c’est le cas dans ce témoignage. Cette fin de jour du 18 décembre 2008,
Anna Gembokim, sa cousine Sabrina Nazzabo et son neveu Fred Nazzabo se rendent
en voiture à la ville la plus septentrionale de Fibreux, bien plus au Nord
qu’Olokilo : Ilednabe. Anna cause gaiement avec ses compagnons depuis presque
deux heures, évitant soigneusement les flancs escarpés, lorsqu’elle remarque
soudain à son rétroviseur, à l’une des branches d’un lacet, une voiture fumée.
Elle est apparue là comme sortant du néant et, chose insolite, ses phares sont
allumés, alors qu’il n’est que 16 heures avec un temps superbe assurant une
vision parfaite jusqu’à 10 km
Dix-sept
heures trente. Chose normale, car on ne peut faire autrement sur cette étroite
voie à sens unique, le véhicule aux vitres fumées se pointe toujours derrière
celui des Anna. Chose bizarre toutefois, la distance entre les deux bagnoles
semble constante voilà déjà une heure trente. C’est Fred qui le remarque en
premier. Pour tranquilliser son neveu, Anna décide de s’arrêter durant cinq
minutes. À son grand étonnement, l’insolite véhicule s’arrête. Anna répète trois
fois le même manège et trois fois la bagnole aux vitres fumées imite ce geste !
Comme ladite bagnole se tient à distance respectueuse du véhicule d’Anna, cette
dernière pense à une filature. Son désintérêt se muant en inquiétude, elle
pousse sur la pédale d’accélération. Ilednabe est à moins d’une heure de route.
Anna prie qu’aucun malheur ne leur arrive entretemps.
Pendant
que notre conductrice roule ces pensées dans sa tête, elle constate, stupéfaite,
que l’étrange voiture s’est éclipsée ! Elle préfère ne pas stationner. « Bien
fait pour lui s’il nous espionnait. J’espère qu’il a dérapé dans le ravin »,
s’imagine-t-elle. Et elle se trompe…
Vingt
minutes environ plus tard, après négociation d’un virage assez dangereux, Anna
et ses compagnons sont témoins de quelque chose qui leur fait poser la question
de savoir s’ils ont perdu la boule ou quoi : le mystérieux véhicule les a
distancés d’au moins 200 m !
- « J’hallucine,
dit Sabrina, toute pâle. Par où s’est faufilé cet énergumène ? Par un trou dans
la colline ? Cette voie n’a pas deux bandes, mais une
seule !
- Qu’il
nous ait dépassés me dépasse », s’exclame Anna dont le sens de l’humour est à
toute épreuve
Comme
si de rien n’était, mais fort perplexe, notre femme maintient la même vitesse,
attendant ce qui va se produire. Eh bien, deux bifurcations plus loin, le
curieux engin s’évapore. Nos passagers ne le verront plus
jamais.
À
l’un des bureaux de la police de leur ville de destination, les témoignages
séparés des trois occupants sont recueillis. Alors qu’ils s’imaginaient que les
poulets les prendraient pour des buses, ils ont agréablement surpris d’entendre
que leur aventure est prise au sérieux. Il semble que ce genre de faits s’avère
commun sur le tronçon que nos passagers empruntèrent. Quant à la nature desdits
faits, en plus d’être inexpliquée, elle ne constitue en rien une infraction.
« Oubliez, ça vaut mieux pour tout le monde ! », préconise le chef de poste. Et
c’est ce que firent nos trois témoins.
3. Un
camion d’une autre réalité
Il
s’agit de l’affaire des deux flics du poste huit de la route
Préhistorvilles-Archéoptx, Shirley Yandiamig et Lee Nuvamkay, qui vécurent avec
des dizaines de témoins des choses fort bouleversantes. Pour connaître les
détails de cette histoire rocambolesque, veuillez cliquer ici.
Je vous épargne toutefois, si vous le voulez bien, l’effort du clic : je tente
donc de résumer ce qui s’est produit cette nuit de fin mars
2005.
Cette
nuit donc, nos deux policiers en faction tentèrent de poursuivre un camion
vraiment atypique qui roulait silencieusement, sans bruit de moteur et tous
phares éteints. Mais le comble fut que toutes les vitres du véhicule étaient
peintes, les rendant de la sorte opaques ! Étrange conducteur qui roulait ainsi
à l’aveuglette… Une course-poursuite s’engagea à plus de 15o km/h, vitesse que
le camion atteignit durant quelque temps avant de décélérer. Tandis que les
flics dépassèrent quelque peu l’inhabituel engin, ce dernier disparut, puis
réapparut quelques instants plus tard en fonçant droit devant la voiture de la
police. Plusieurs dizaines de témoins virent la disparition du camion, mais
apparemment nul ne s’aperçut de la collision !
Le
seul agent encore présent à son poste, se rendant compte que la radio ne
répondait plus depuis déjà une heure et que ses collègues ne revenaient toujours
pas, demanda aux flics veillant quelques kilomètres plus loin de partir voir ce
qui clochait. Le véhicule de Shirley et de Lee fut retrouvé en parfait état de
marche, sans la moindre égratignure, comme si collision il n’y avait jamais eu !
Plus troublant : nos deux poulets étaient déshydratés et la barbe de Lee avait
sérieusement poussé en un peu plus d’une heure ! La montre digitale des flics
indiquait, du reste, une avance incompréhensible de… quatre jours ! Quant aux
témoins de la disparition du camion sui
generis que pourchassaient les policiers, toutes leurs montres retardaient
d’une bonne heure…
On
peut aisément constater que dans ce cas, des phénomènes de dématérialisation se
sont associés à des excentricités temporelles multiples. Et ce n’est guère la
première fois que pareille occulte symbiose survient sur la route
Préhistorvilles-Archéoptx.
4. Indestructible
et non identifiable
Un
spectaculaire accident vient de se produire en plein 14e
arrondissement de Malether sur l’Allée Ascorbitique ce 15 août 2005. Un gros
camion-remorque de 20 m 350 m
Vu
l’ampleur et l’étrangeté du drame, l’enquête est retirée à la police et confiée
à l’EI (Espionnage Imaginos). Les agents de ce service secret en ce lundi
après-midi bouclent le secteur afin de ne pas être dérangés dans leur boulot.
Munis de toutes sortes de machins contondants et perceurs, ils tentent de briser
les vitres ou de trouer la carrosserie. Même la foreuse à tête de diamant jette
l’éponge après moult essais, ne parvenant pas à laisser quelque éraflure que ce
soit ! Le verre des portières et des pare-brise paraît, lui aussi, incassable.
Quant aux pneus, ils sont ignifugés, pour ne pas dire non fusibles, du moment
qu’ils résistent aux températures extrêmes d’un chalumeau durant vingt minutes !
Enfin, à leur grande stupéfaction, les enquêteurs se rendent compte que tout le
véhicule est inattaquable par les acides les plus corrosifs, de l’eau régale au
vitriol en passant par tous leurs dérivés.
Tout
doute se dissipe : cette chose que l’EI examine n’est pas une voiture. Mieux :
elle n’est sûrement pas de fabrication imaginienne. La plaque porte la mention
PR-5263-UX, comme si la bagnole sortait d’une usine préhistorvilloise.
Cependant, le suffixe UX ne correspond à aucune série de véhicule imaginien,
terrestre, naval, aérien ou ferroviaire ! Mais les enquêteurs du service secret
ne sont pas au bout de leurs surprises…
Alors
que sur le lieu bouclé, on s’apprête à déplacer la fameuse voiture qui n’en est
pas une, un étrange bourdonnement, semblable à celui que génèrent les
alternateurs des centrales hydroélectriques, émane de l’engin. Les détecteurs
indiquent que la température augmente à un rythme exponentiel. Le véhicule vire
ainsi au rouge en moins de 15 secondes, puis émet un désagréable sifflement
aigu. Les gens s’écartent de plus de 100 m
Cet
événement de ce lundi figure parmi les plus saillants et les mieux documentés
des faits paranormaux ayant déjà eu cours à Fibreux, voire à Imaginos, compte
tenu du nombre important de témoins et de la quantité de données recueillies.
Par ailleurs, hormis l’accident, tout fut filmé au milli-poil à l’aide de quatre
caméras, sous différents angles. Ovni ou phénomène de sorcellerie, ou les deux ?
Nul ne peut répondre…
5. Elle
prend la voie des airs
Parc
des Croacrazores, une heure du matin, le 3 novembre 2007. Trois jeeps bondées de
scientifiques formant une solide équipe pluridisciplinaire roulent lentement et
silencieusement sur un chemin de fortune non asphalté. Il est question en cette
nuit de filmer plusieurs scènes de la faune nocturne, allant de l’insignifiant
grillon à l’Helminthptéryx en passant par le poisson-houe, spécimens qui ne
peuplent que ces contrées solitaires. La chance est de leur côté : un somptueux
clair de lune illumine le parc sous un ciel dégagé. De plus, notre groupe a
importé de Lourd un matériel hypersophistiqué d’analyse et de détection, un
véritable labo ambulant. Voilà déjà une bonne paire d’heures que les
scientifiques arpentent la savane de la réserve, prélevant des échantillons,
prenant une série de mesures, filmant en infrarouge et en ultraviolet. Tout va
pour le mieux jusqu’au moment où, légitimement étonnés, ils aperçoivent, une
centaine de mètres devant eux, une fourgonnette d’un blanc éclatant, on ne peut
mieux visible sous ce clair de lune que nous avons déjà décrit radieux,
fourgonnette qui leur bloque la route. Que fait-elle donc dans ce patelin ? Ne
sont-ce pas des braconniers ?
Le
cortège des chercheurs s’arrête et prend la décision de le faire jusqu’à nouvel
ordre (du chef de file, le paléontologue Xavier Donobimz). Les phares de tous
les véhicules dudit cortège, pour ne pas effaroucher la gent broussailleuse,
étaient éteints depuis le début de la randonnée. À présent, ce sont les moteurs
qui sont coupés, histoire d’éviter de se faire trop remarquer. En réalité, les
occupants (si occupants il y a) de la drôle de fourgonnette savent
vraisemblablement depuis un moment qu’ils ne sont pas seuls dans cette zone du
parc. Ils le feront comprendre aux scientifiques d’une telle manière que plus
d’un d’entre eux sortiront perplexes de l’expérience qu’ils auront vécue,
susceptible de durement et durablement secouer les bases de la
rationalité…
Environ
10 minutes d’attente. Excédée par l’impatience, Kristin, la biologiste, demande
par talkie-walkie aux autres membres du groupe de partir voir un peu ce qui se
trame dans la fourgonnette.
- « On
a du boulot, et ce n’est pas ces hurluberlus qui vont nous empêcher
d’évoluer !
- Ils
sont peut-être armés !
- Kristin
a raison. Allons sans brusquerie les inviter à nous laisser
passer. »
À
peine Xavier a-t-il fini cette phrase que soudain l’intérieur de l’étrange
camionnette s’illumine d’une vive lueur orange. Au même instant, tous les phares
des jeeps en cortège s’illuminent sans aucune
intervention !
- « C’est
quoi cette fantasmagorie ?
- J’en
sais rien, Denis ! Continue de filmer. Je sens que cet événement est
unique.
- Je
parie tout mon avoir que ce que nous observons ici n’est en rien une
fourgonnette. On dirait un machin de l’Armée. Je ne sais pas si nous faisons
bien de nous retrouver dans les parages.
- Que
je sache, cette zone n’est pas interdite. Je ne sais pas à quoi jouent ces gars,
mais s’ils ne dégagent pas le chemin dans deux minutes, je vais leur dire un
mot !
- Du
calme, Kristin. La violence ne résoudra rien.
Rappelle-toi…
- Mes
chers, ce que j’observe ici dépasse mon entendement
- Quoi
encore, Denis ?
- Figurez-vous
que cette fourgonnette n’a pas de roues !!! En plus, elle lévite à quelques
centimètres du sol !
- C’est
ta caméra qui est sujette à des perturbations dues à l’éloignement, à
l’obscurité et à l’humidité
- Ne
me prends pas pour une buse, Noëlla ! Cette caméra résiste aux conditions
hygrométriques, altimétriques et thermiques extrêmes. Sa résolution atteint 20
bons méga-pixels et son zoom optique est proche de 80X. Quant au prix, je ne te
le communique pas, c’est indécent… Alors ne me parle pas de
perturbations !
- Mon
Dieu !
- Ça
ne va pas, Xavier ?
- Notre
véhicule décolle à la verticale !
- Fascinant !
À part les aérohélies ([1]),
je ne connais pas d’engin qui puisse réaliser pareille performance dans tout
Imaginos ! »
En
quelques instants, la camionnette bizarre s’élève à plusieurs dizaines de
mètres. Après une minute d’immobilisation devant les yeux écarquillés des
scientifiques, une lueur intense est émise par le véhicule désormais aérien qui
disparaît sans bruit et sans autre forme de procès ! Au même instant, les phares
des jeeps s’éteignent comme par magie.
Xavier
est le premier à se ressaisir. En tête de cortège, il prend le parti d’avancer
jusqu’à l’endroit du décollage. Aucune trace de quelque nature que ce soit, pas
de fuite d’huile ni de carburant, pas de radioactivité particulière. Aucun
dégagement calorifique ni aucune détérioration du sentier, par ailleurs. De quoi
s’agit-il ? D’une des multiples facéties d’un redoutable sorcier résidant à
quelques bornes de là, un dénommé Deg Abmisa ? D’un objet volant dit non
identifié ? Ce qui est certain, c’est que même l’Armée imaginienne n’est pas
capable de concevoir ce genre de prototype à l’heure actuelle. Armée dont il
faut d’ailleurs se méfier, vu sa propension presque pathologique à la
dissimulation des infos qu’elle juge sensibles. Cette nuit même, Denis
sauvegarde soigneusement la vidéo haute définition dans son portable. Ensuite,
tout en conservant l’original, il convertit le fichier en un format basse
résolution à diffuser sur un site de partage multimédia. Les images, malgré
tout, s’avèrent tellement nettes qu’on croirait à un montage sur Photoshop. Sous
un pseudo non révélateur, notre cameraman transfère la vidéo dans Kamerphilia
([2]).
En moins de quatre heures, la plupart des sites dédiés au mystère copient la
fameuse séquence et la diffusent à leur tour, ce qui a pour effet de répandre
rapidement l’information inédite sans que quelque service de sécurité n’ait eu à
réagir. Nous seuls savons que c’est Denis, de l’équipe des scientifiques du Parc
des Croacrazores, qui a posté la vidéo. Chhht… Ne le dites à personne...
[1]
Les aérohélies sont des petits véhicules marchant à l’énergie solaire, capables
de transporter des charges d’environ 70 kg 200
km/h
[2]
L’équivalent imaginien de YouTube.
20 janvier 2009
Musique nuisible préhistorvilloise
Musique nuisible préhistorvilloise
La musique adoucit les mœurs, à ce qu’il paraît. Pas si sûr à Imaginos, surtout dans la région de Fibreux, précisément à Malether, où nombre d’artistes musiciens et interprètes recourent à des stratagèmes peu conventionnels pour booster la vente de leurs œuvres ou, pire, nuire intentionnellement à leurs auditeurs. Un service spécial rattaché aux Tribunaux des Litiges Mystiques (TLM) a même été créé en 1992 en vue de réduire la circulation et la diffusion des chansons « chargées » de manière occulte ou subliminale. Ledit service se nomme Commission de Censure Fibreuse des Musiques Occultes et Dangereuses, CCFMOD en sigle. Ladite commission dispose de tous les pouvoirs d’interdire, sous peine de sanctions pénales pouvant aller jusqu’à une peine de servitude pénale de 40 ans, l’écoute publique, la vente et la diffusion d’une œuvre avérée et réputée néfaste sur le plan ésotérique et physique. Sur toute l’étendue de la région de Fibreux, les prérogatives de la CCFMOD sont quasi-illimitées, du moment que cette dernière frappe fréquemment de tabou même les œuvres produites ailleurs qu’à Fibreux ! Et elle fait réellement son boulot : selon les statistiques, pas moins d’une cinquantaine de chansons sont retirées des bacs ou des ordis chaque année.
À titre purement exemplatif, je vous cite le cas des dix œuvres musicales qui ont fait la une de la presse à scandales préhistorvilloise, voire imaginienne, et qui furent avec raison éjectées des circuits économique, radiophonique et télévisuel.
1) Myrmécopha, du groupe Insekticid (1983) : ce rock sans clip a l’horrible propriété de créer, s’il est écouté à volume élevé, des picotements intenses dans la tête, suivi de convulsions et parfois… de mort. Interdite depuis 1992. Le producteur et le compositeur purgent 18 ans de tôle à la prison de Zotrabol.
2) Déverbillons, de Basile Asafob (1999) : peu avare en images subliminales saccadées, le clip de cette chanson techno sans paroles aux aigues fort perçantes et au tempo de 524 BPM est susceptible de donner des cauchemars on ne peut plus désagréables à ceux-là qui l’ont suivi même en partie ! En revanche, l’audio de cette œuvre semble totalement inoffensif. Déverbillons ne fut pas totalement retirée de la circulation : la version radio demeure. Les auteurs ont par ailleurs juste payé une amende de 500 I aux victimes morales.
3) Zendarghum sensitivae, d’Ischeo Y’Trabom (2008) : musique méditative venue tout droit de la région de Lourd et des entrailles de l’Enfer, d’une durée de 12 : 51, elle agit exactement comme le sirop d’ipéca sur les sujets de plus de 15 ans. Sauf qu’ici, nausées et vomissements peuvent durer cinq jours et l’on peut dégueuler 15 fois la journée ! Aucun décès n’a été enregistré, mais on a signalé des cas d’hémorragie gastrique. Là encore, outre l’interdiction de l’œuvre, des dommages-intérêts furent payés par la maison de disque et l’auteur, solidairement responsables : pas moins de 5 000 I…
4) Foutons un gros bordel, d’Urban Akombin (1994) : quiconque écoute ce rap au texte très explicite est soudain pris de violents accès de colère. Si en plus le clip est visualisé du début à la fin, la colère cède la place à une rage bouillante et fulminante. L’opus fumeux dont question fut à la base d’une série d’émeutes dans tout Imaginos durant la période 1995-1997, émeutes qui s’achevèrent par un bain de sang généralisé. Les OMP des TLM parvinrent à se saisir de la personne d’Urban qui purge méritoirement à cet instant ses 31 ans et cinq mois.
5) Psychédéliquement vôtre, de Tristan Bouddh (1999) : alors que la version radio de cette house ne donne au pire que de vagues céphalées (à cause peut-être du rythme endiablé qui domine), le clip, en revanche, composé d’images indescriptibles, s’avère extrêmement dangereux, car il peut pousser au suicide ! La chanson mortifère de ce chanteur préhistorvillois sataniste de son état a soustrait de la vie, entre autres, un groupe de 14 adolescents qui se sont coupé les veines ou défenestrés, lors d’une boom-party. L’album de Tristan Bouddh fut retiré du marché et des stations courant 2000. Mais l’individu court toujours, introuvable. Une rançon de 1 300 I est promise à celui qui mettra la main sur lui.
6) Abmudnikology, Ecstasy, de l’orchestre Anibam Starr (1987) : surnommée à juste titre « Viagra auditif », cette longue chanson de 15 : 41 a le drôle de don de décupler les pulsions sexuelles dès l’écoute des trois premières minutes ! Certains viols et moult fornications ont été engendrés à travers toute la région de Fibreux par cette suite de paillardises heureusement dépourvue de clip. Vu cependant la prescription ésotérique de l’action publique, aucun TLM ne condamna les musiciens. Il ne fut décidé que l’interdiction de leurs œuvres. Quoique, aux dires de beaucoup, les CD circulent toujours sous le manteau, très prisés des partenaires en panne de désir…
7) Call me, call me, call me, damn!, de la comédie musicale Strange Behaviors (2007) : cette sulfureuse troupe résidant dans la région de Gluant a ici produit quelque chose de bouleversant, une chanson d’environ six minutes dont le titre est répété continuellement comme une espèce de mantra. Aux dires de plus d’un auditeur, la nuit même du jour où l’on écoute cette œuvre, alors qu’on dort, on entend distinctement quelqu’un appeler par le nom qu’on porte. Et ce, à tant de reprises qu’on ne manque guère de se réveiller plusieurs fois en sursaut et en sueur ! Hallucination ou envoûtement ? Toujours est-il que le phénomène peut perdurer des semaines, voire des mois entiers, occasionnant de facto de sérieux troubles du sommeil. Après retrait de l’opus du circuit économique, télévisuel et radiophonique, les Strange Behaviors durent payer aux victimes morales pas moins de 10 000 I !
8) P… de…, d’Angal Ndenghala et de Tina Ilobayy (2003) : cette chanson a été doublement frappée d’interdiction : par la Commission Imaginienne de Censure et par la CCFMOD. En effet, ce duo produit en 4 : 21 un flot d’obscénités verbales et visuelles, accentuées par la tenue fort sexy de Tina, presque à demi-nue. De manière peu explicable, après audition de cette chanson, on se met à débiter des grossièretés en des proportions anormalement élevées, quel que soit l’âge qu’on a ! Seul un psy aguerri ou un hypnothérapeute compétent peut débarrasser la victime de cet état pas trop plaisant. Bien entendu, l’opus fut retiré des discothèques et des chaînes moins de trois semaines après sa sortie. Angal Ndenghala, son indigne auteur-compositeur, accusé d’envoûtement créant injure et d’outrage public aux mœurs, a purgé 15 mois d’emprisonnement et payé une amende de 700 I. Tina Ilobayy, la jeune fille pulpeuse avec qui il cracha toutes les insanités et qui arbora des positions et attitudes des plus licencieuses, écopa de 12 mois de tôle et de 300 I d’amende.
9) Océans de larmes en fa mineur, de Plukh Baatabm (1975) : la tristesse de cette symphonie peut rendre dépressif ! Les âmes sensibles sombrent même dans la folie et on a déploré à travers tout Imaginos 22 cas de suicide… L’opus fut interdit en novembre 1995. Plukh, quant à lui, s’est tué en se logeant une balle dans le ciboulot.
10) Amélie, mon monde-là, de Bobette Odaik (2005) : ce titre apparemment quelconque est l’anagramme de « Mon amie la démone », plus d’une personne avisée l’ont remarquée bien rapidement. Parmi lesdites personnes, dont la curiosité n’avait de pareil que leur imprudence, « juste pour voir », il y en a qui ont été tentés d’écouter la chanson à l’envers. Mal leur en prit : depuis lors, affirment-elles, une succession de malheurs jalonnent leur existence, allant des malchances les plus invraisemblables aux accidents mortels. Sentant les lourdes conséquences qu’ont entrainées ses actes mystico-musicaux, Bobette Odaik a préféré se réfugier à Boursufles, dans la région d’Amorphe, loin de toutes poursuites judiciaires ésotériques. Toutefois, son œuvre, elle, fut retirée de la circulation et des ondes en juillet 2006.
06 novembre 2008
Le cimetière de Rhatrageux
Le cimetière de Rhatrageux
Rhatrageux, bourgade plutôt calme à 5 km à l’Ouest de
Préhistorvilles, abrite à sa périphérie un cimetière parmi les plus vieux et
les plus vastes de Fibreux. Les de cujus des deux lieux précités y reposent
pour longtemps en profitant de la fraîcheur que procurent les innombrables
eucalyptus et baobabs en son sein. De jour, Rhatrageux et son cimetière sont un
lieu touristique fort fréquenté en tout temps, figurant même dans la liste des
sites imaginiens à caractère de patrimoine. De nuit cependant, le sinistre qui
y plane a comme propriété d’éloigner instinctivement tout individu. En effet,
le cimetière de Rhatrageux est désert dès le coucher du soleil ; pas même
la trace d’un gardien ! Et ce, vu (et malgré) les événements on ne peut
mieux mystérieux qui s’y produisent depuis des lustres.
Dans les lignes qui suivent, je vous relate quelques
cas parmi les plus connus et les moins anciens qui ont façonné et façonnent
encore la réputation quasi-démoniaque du cimetière.
1. Bruits inexplicables
Chaque nuit de pleine lune, que le ciel soit couvert ou
étoilé, douze coups sonnent minuit dans le cimetière de Rhatrageux. Les cloches
retentissent si fort que toute la bourgade les entend parfaitement. Mais il y a
mais : aucun clocher n’existe à Rhatrageux, si ce n’est celui de l’église
principale. Or celle-ci ne sonne les cloches qu’à partir de 5 h 30 ! Par
ailleurs, comme je l’ai dit, les sons proviennent du cimetière. À ce jour, nul
n’a pu s’expliquer pareille diablerie. De toutes les façons, la population du coin
s’accommode de cette situation, au point même de ne plus y prêter attention.
En revanche, personne n’apprécie le cri lugubre et
strident de jeune fille poussé de temps à autre après 21 h en plein centre du
cimetière. C’est un cri profond et doublé d’étranges échos, si glaçant qu’on
peut pâlir à l’instant de son écoute ! D’aucuns spéculent qu’il serait la
réminiscence ectoplasmique des hurlements de douleur d’une certaine Earnie
Desburps, adolescente présumée sorcière et retrouvée écartelée au cimetière exactement
le 10 mai 1745.
Enfin, quelques rares promeneurs qui ont osé pénétrer
dans le fameux cimetière n’ont pas manqué d’entendre des murmures incompréhensibles,
des rires méphistophéliques, voire des grognements tenant du chien et du
porc ! Inutile de signaler qu’une fois les tympans des témoins ayant vibré
sous ces sons pour le moins inquiétants, lesdits témoins n’ont pas eu d’autre
résolution que de détaler à toutes jambes…
2. La balançoire de Gustav Ilengob
Quelque part dans le cimetière Rhatrageux, un peu à
l’écart, on peut apercevoir une petite balançoire d’enfant, tout ce qu’il y a
de plus ordinaire… Enfin, en apparence. Elle a été placée jute à côté du
sépulcre de Gustav Ilengob, un petit garçon de 9 ans mort le 4 juin 2004, écrasé
par une bagnole qui a oublié de freiner. Notre garçon, en effet, adorait
s’amuser sur une balançoire. Eh bien, depuis que ce long siège métallique suspendu
par des cordes de même nature fait partie du décor du cimetière, il subit, s’il
faut ainsi le dire, une influence d’outre-tombe.
De prime abord, plus d’un remarqueront que la
balançoire de Gustav est propre comme un sou neuf et ne souffre d’aucune corrosion :
elle n’est nullement attaquée par la rouille. Or la peinture à l’huile
appliquée dessus paraît des moins épaisses. En principe, elle devrait rapidement
s’étioler, puis se craqueler, compte tenu du climat très pluvieux et assez
torride de la région de Fibreux.
La fameuse balançoire est cependant dotée de propriétés
bien plus étranges…
C’est qu’il est courant, certaines nuits, de voir avec
saisissement le siège prendre un mouvement oscillatoire, sans le moindre vent
ni la moindre intervention humaine ! Bien entendu, il est toujours
possible d’arrêter le mouvement, mais celui-ci reprend quelques secondes plus
tard. Ce curieux manège peut prendre des heures et ne se déroule jamais à la
lumière du jour.
Il n’y a pas si longtemps que ça, un intrépide qui
prenait les partisans du paranormal pour des lunatiques décérébrés osa
s’asseoir sur la fameuse balançoire en mouvement, vers deux heures du matin. Il
eut le choc de sa vie : son visage se crispa violemment, ses yeux
sortirent littéralement des orbites et sa bouche, grande ouverte, était muette.
Pour l’instant, notre individu sombre dans un état catatonique dont il ne s’est
jamais remis. Il se contente de bafouiller « accident » à longueur de
temps. S’est-il remémoré très intensément les circonstances du décès du petit
Gustav ? Seul Dieu et lui le savent…
3. Morts animales peu orthodoxes
Contrairement aux mutilations animales mystérieuses
assez nombreuses aux States où généralement toute trace de sang semble effacée,
les cadavres rencontrées de temps à autre au cimetière de Rhatrageux sont
ensanglantés. Au moins une fois par semaine, on retrouve déchiquetés et très
souvent méconnaissables chats, chiens et même rats ou lapins. Le 13 octobre
2006 (un vendredi !), on a même, ô humour cynique, aperçu au fin fond du
cimetière une chèvre éventrée pendue, les viscères répandues à terre. Comme nul
ne désire traîner nuitamment dans le cimetière de Rhatrageux, aucune enquête
n’a été menée. À Malether, même les policiers (surtout eux, en fait) sont très
superstitieux. La thèse communément admise est celle des psychopathes
satanistes, néophytes ou aguerris, qui assouvissent leurs mesquines passions
sur de pauvres animaux. Il convient néanmoins d’admettre que cette théorie
s’avère branlante lorsqu’on sait qu’une nouvelle inconnue vient compliquer
l’équation déjà pas si simple : aucune charogne retrouvée dans le cimetière
n’a subi de décomposition immédiate. On a bel et bien vu des corps demeurer un
mois durant sans un signe quelconque de putréfaction ! Par ailleurs, fait
hautement insolite, les mouches ne daignent guère pondre sur ces chairs mutilées.
Examinées en laboratoire, lesdites chairs n’ont révélé aucun agent toxique ni
aucune substance radioactive. J’aimerais savoir comment nos satanistes
foldingues ont pu doter nos animaux sacrifiés de propriété si extraordinaires.
4. Agressions d’un autre plan
Bien que les grilles du cimetière de Rhatrageux soient
solidement cadenassées de 19 h à 6 h, il est un trou percé dans le mur, de
presque deux mètres de haut et pareil de large, qui permet à quiconque le souhaite
de pénétrer. On a beau essayer de le combler à l’aide de briques. Mais dans les
jours qui suivaient, le même trou réapparaissait, les briques étant en menus
morceaux, à même le sol ! Si le lieu est sous caméra de surveillance, rien
ne se produit, jusqu’à un moment de distraction, notamment soit lorsque lesdites
caméras sont hors service (panne ou coupure d’électricité), soit lorsqu’elles
sont retirées. Or si ce passage n’existait pas, beaucoup éviteraient pas mal de
désagréments, voire auraient épargné leur vie.
C’est que nombre de flâneurs imprudents et impudents
qui se sont tapé le luxe de s’aventurer dans le cimetière de Rhatrageux tard la
nuit ont eu à subir certains sévices corporels. Plus d’un ont reçu des gifles
provenant d’on ne sait où. Quelques autres ont trébuché sur des obstacles
invisibles. Il y en a même qui ont hurlé de douleur en sentant une main pincer
leurs couilles avec force !
Sachez cependant, chers lecteurs, que ce genre de
facéties peut carrément virer en des comportements beaucoup plus violents et
moins comiques…
Pour exemple, je cite le cas de deux lycéennes de
Terminale, Nelly Tuafn et Estelle Piakho, qui rentraient d’une beuverie entre
potes un samedi de novembre 2000. Complètement saoules, elles s’introduisirent
dans le cimetière par le fameux trou, sans savoir d’ailleurs comment ni
pourquoi. Soudain, dans leur démarche titubante, l’une d’elle eut envie de tout
rendre. Les mains sur un caveau, Estelle dégobilla copieusement. C’est alors
que quelque chose d’incroyable et d’horrible survint : un bras émacié
portant des doigts aux ongles très longs jaillit brusquement de la pierre et
étrangla notre fêtarde. Nelly, dont l’ivresse se volatilisa à la vue de ce
spectacle digne d’un film trash, cria de toute la force de ses poumons. Par bonheur,
l’étrange bras regagna sa tombe, toujours en traversant le caveau ! De profondes
blessures marquaient le cou d’Estelle, étendue par terre. La Police, alertée
par téléphone par certains habitants ayant entendu les hurlements de Nelly,
parvint au cimetière assez rapidement. La copine de cette dernière fut vite
amenée à l’hosto. Elle s’en sortira trois semaines plus tard après cinq jours
de coma et de soins intensifs.
Depuis cet événement difficile à ôter de la mémoire,
nos deux filles ont juré de ne plus picoler et ont ardemment demandé à leurs
proches de ne point les inhumer à Rhatrageux.
5. Cas de décès
Le cimetière de Rhatrageux, ironiste d’un goût douteux,
se prend parfois à retirer la vie de quelques impénitents qui osent braver
certains prescrits élémentaires de bonne tenue spirituelle. Et il s’agit la
plupart du temps des morts hors du commun, parfois très violentes, toujours
étranges. L’histoire des fossoyeurs Conan Mibwak et Stan Daravlanz a fait le
tour de toute la région de Fibreux. En effet, nos deux habitués des morgues et
des enterrements figuraient parmi les nécromanciens les mieux cotés de Préhistorvilles.
Ils ne se contentaient pas d’inhumer des maccabées. Bien souvent, à l’insu des
gens, pour des raisons pas très avouables, il leur arrivait d’exhumer des corps
fraîchement enterrés. Ils commirent ce 7 mai 2007 l’impardonnable erreur de
chercher à déterrer la dépouille d’un certain Kos Mascarinsky, sénateur occultiste
de haut vol ayant atteint le 12e degré de la Ziptre[1].
Alors que Stan et Conan poussaient de toutes leurs forces le lourd couvercle en
marbre recouvrant le cercueil, une espèce de tourbillon poussa totalement le caveau
et entraîna Conan vers la tombe d’où émanèrent instantanément des cris
semblables à des rugissements. Stan, instinctivement, recula de plusieurs pas. Dans
les secondes qui suivirent les sons peu rassurants, une épaisse éclaboussure
sanglante jaillit et se projeta sur le visage et sur le torse du fossoyeur encore
en vie. Son pote Conan avait tout bonnement disparu. Le cercueil, lui, était
toujours fermé. L’habituel silence assourdissant du cimetière de Rhatrageux
pesait de nouveau. Stan décampa comme un lièvre, abandonnant ses « outils
de travail ». Après avoir couru à peu près dix minutes, il s’arrêta, en
état de choc. Un agent patrouillant dans les parages le ramassa et l’emporta au
commissariat le plus proche. Stan s’expliqua quand il retrouva une partie de
ses esprits. Vu néanmoins qu’il était plein de sang et surtout compte tenu de
la bizarrerie de son histoire, les poulets ne crurent un traître mot de sa
version. Ils optèrent plutôt pour la thèse du tueur fou. Notre fossoyeur fut
incarcéré et les flics enquêtèrent. On ne revit plus jamais le corps de Conan. La
tombe de Kos, qui avait « aspiré » notre pauvre compagnon d’infortune,
contenait le cadavre du sénateur en un état normal, je veux dire en
décomposition ordinaire, et du reste sans trace de projection sanglante !
Que s’était-il donc passé ? Mystère… Faute de preuve, Stan fut condamné
non pas de meurtre, mais de tentative de violation de sépulture. Dix-huit mois
de tôle à Imaginos, qu’il purgea in toto.
Cette sombre affaire n’est pourtant rien comparé à
celle du 21 décembre 2001. En ce jour de solstice d’été à Fibreux, les premiers
visiteurs furent témoins d’un bien troublant spectacle. Huit individus, six
hommes et deux femmes, étaient disposés en étoiles, nu comme le jour de leur
naissance. Tous avaient la tête tranchée net et les pieds joints autour d’une
grosse pierre au-dessus d’une tombe. Sur le dos de chacun d’eux ressortait en
tatouage un symbole imaginiens des plus occultes très prisé en magie noire.
Tous les journaux du mini-monde couvrirent l’événement. Il convenait d’arrêter
l’auteur de ces homicides inhumains. Police, armée, services secrets, tous se mirent
à cette tâche. Hormis l’identité et d’autres renseignements détaillés de chaque
victime, aucune information utile ne pointa son nez. L’arme du crime demeure
jusqu’à ce jour introuvable, ce qui écarte par ailleurs la thèse du suicide. On
croirait qu’un sabre invisible (vu la précision des décapitations) mû par une
main pas plus apparente aurait coupé la tête de huit personnes comme pour
accomplir une mission, aussi abominable paraisse-t-elle. Était-ce l’esprit
d’Azarias Werbüür, ésotériste de très haut rang dont le corps gisait dans la
tombe du sacrifice, qui voulait rappeler certains de ses fervents adeptes ad patres (pour ne pas dire ad infernum) ?
[1] La ziptre est une société secrète imaginienne mal
réputée qui plonge ses racines dans des forces ténébreuses et qui n’a rien à
envier aux Illuminati ni aux francs-maçons terrestres.
25 septembre 2008
DISTORSIONS TEMPORELLES AU KILOMÈTRE 141 DE LA ROUTE PRÉHISTORVILLES-ARCHÉOPTX
DISTORSIONS TEMPORELLES AU KILOMÈTRE 141 DE LA ROUTE PRÉHISTORVILLES-ARCHÉOPTX
Archéoptx, malgré son nom qui sonne un peu antédiluvien, est une ville industrielle située à environ 360 km au Sud-Est de Préhistorvilles. Une large route on ne peut mieux asphaltée et fort bien éclairée la nuit relie ces deux agglomérations d’importance. À première vue, on a l’impression que cette voie semble paisible et inspire un sentiment de sécurité. Il est certes établi que rares s’avèrent les agressions et les embuscades sur ce tronçon et les postes de police ne s’y dénombrent plus, car il y en a tous les cinq kilomètres. Il survient cependant, de manière sporadique, des phénomènes mystérieux sur la route Préhistorvilles-Archéoptx, surtout après le coucher du soleil, qui laissent comment un fort relent d’inquiétude à celui qui les a vécus. C’est que bien des individus subissent, au cours de leur trajet en bus ou en voiture des anomalies horaires, voire journalières, totalement inexplicables dans l’état actuel de nos connaissances scientifiques. Et par une coïncidence qui ne dit pas son nom, lesdits individus ont le net sentiment que quelque chose cloche au kilomètre 141 dudit trajet ou aux environs !
Pour expliciter ce que j’affirme ici, je vous propose la lecture de ces quatre témoignages récents, parmi les plus troublants, qui ont le mérite de réunir plus d’un témoin crédible.
A. Cas de missing time
Le « missing time » ou « temps manquant » est un drôle de truc courant dans les histoires d’OVNI qui consiste en ce que le témoin a l’impression d’avoir vécu ordinairement un événement, alors qu’il a l’a vécu durant un laps de temps beaucoup plus long que la normale. Il y a ainsi comme un « vide » dans son emploi du temps qui échappe à la logique la plus solidement établie.
1. L’affaire du bus PR-0287-BH
Le samedi 25 septembre 2004, vers 18 h 30, un bus immatriculé PR-0287-BH longeait la fameuse route Préhistorvilles-Archéoptx, transportant à son bord une trentaine de passagers, dont la distinguée professeure d’art plastique Pauline Ikosak. Tous ces passagers en provenance de Préhistorvilles se rendaient à Bréchet-en-Anophèle, une cité thermale pas très loin d’Archéoptx. Un beau crépuscule ceinturait l’horizon occidental. Cela, les gens dans le véhicule ne pouvaient l’admirer, car ce dernier fonçait en plein sud-est, presque à l’opposé du soleil couchant.
Néanmoins, deux ou trois passagers, aux environs du kilomètre 141, constatèrent que ce coucher de soleil n’avait que trop duré : la clarté était la même depuis environ une heure ! Une heure plus tard, à 7 h 30 du soir, la luminosité ambiante demeurait invariable. Le chauffeur, en se retournant, freina de surprise : le soleil couchant n’avait pas changé de place dans le firmament. On se croirait en plein miracle de Josué avec la suspension de la course de l’astre du jour. Émerveillés par ce spectacle unique, plus d’un tentèrent d’appeler l’Observatoire de Préhistorvilles. Eh bien, c’était leur chance : le réseau, bien que présent, ne laissait passer aucun appel et, comble du bizarre sans aucun message vocal d’erreur. L’un des passagers, doté d’un GPS, remarqua que l’appareil n’indiquait aucune coordonnée, comme si les satellites avaient cessé de fonctionner.
Notre équipage commençait sérieusement à se demander s’il faisait un mauvais rêve ou s’il s’agissait là d’un phénomène rarissime dont ils sont les témoins privilégiés. Le chauffeur, un monsieur qui se fout un peu de tout, décida quand même de poursuivre la route. Archéoptx est à environ une centaine de kilomètres, c’est-à-dire presque une heure en bus. Bien en prit d’ailleurs à tout le monde : à peine le véhicule gagna-t-il en vitesse que l’obscurité s’installa progressivement. Aux alentours de 21 h, Bréchet-en-Anophèle était en vue. Les gens poussèrent un ouf de soulagement. Ils ne s’imaginaient pas ce qui les attendait…
Pauline Ikosak, notre charmante professeure d’art plastique, tenta d’appeler son mari. Dieu soit loué, le réseau passait. Il s’ensuivit un dialogue des plus incroyables.
· « Mon amour, quelle joie de t’entendre, dit l’époux. Où étais-tu donc passée ?
· Comment ça, où j’étais ? Mais à Préhistorvilles, pardi ! Pour présider la conférence au Centre Dupidup.
· Depuis trois jours, on te cherche, toi et tous les autres occupants du véhicule dans lequel tu es montée ! On a failli vous considérer comme portés disparus…
· Elle est bonne celle-là, chéri ! Tu sais parfaitement que j’ai quitté Préhistorvilles vers 17 h et que j’étais censée arriver à Bréchet-en-Anophèle environ quatre heures plus tard, autrement dit vers 21 h.
· Effectivement, Pauline. Il est 21 h… mais le 28 septembre !
· C’est pas vrai ! On a effectué quatre heures de route.
· Et où étiez-vous tout ce temps ?
· Quelle question, chéri ! Sur la route, en train de rouler…
· Pendant trois jours ?
· André, la plaisanterie a assez duré ! Je suis vannée. J’ai pas trop l’humeur à rigoler.
· Si tu penses que je te raconte des salades, consulte Infoway ([1]) avec ton PDA. Vous faites la une de la presse imaginienne ! »
Notre professeure ne se fit pas prier. Dans un moteur de recherche, rubrique actualités, elle tapa son nom (quelle humilité !). Elle constata de prime abord que la date affichée sur la page qu’elle consultait était en avance de trois jours par rapport à la date de son chrono digital, ce qui était d’ailleurs le cas pour tous les voyageurs du bus possédant une horloge électronique affichant la date. Les sites relatant sa supposée disparition se comptaient par dizaines. Estomaquée à l’extrême, les yeux perdus, elle tendit son téléphone portable à son voisin de gauche sans même le regarder. Un peu étonné, celui-ci consulta la page et frisa une attaque ! Rapidement, tout le bus fut au courant de l’étrange aventure dont ils ont été les acteurs principaux : un trou de 72 heures s’était glissé dans leur quotidien. Chacun des passagers s’en rendit compte dès qu’il appela ses proches qui ne manquèrent pas de dire, tout joyeux, qu’ils étaient heureux d’entendre sa voix après si longtemps sans nouvelles… À leur arrivée à la cité thermale, les occupants du véhicule furent accueillis presque en héros. En héros du temps, à vrai dire…
2. L’affaire Agbenoun-Kanderq
Il pleut à verse cette nuit sur une bonne partie de la région de Fibreux. Il est environ trois heures du mat ce lundi 15 décembre 2002. Un peu grincheux, Wilfried Agbenoun roule dans sa petite jeep vers Archeoptx où son supérieur hiérarchique l’a appelé de toute urgence. Il est accompagné de son beau-frère Anselme Kanderq.
· « Rigolo, le boss ! Réveiller les gens en plein deux heures, ça rend vraiment gai…
· Allons, Wilfried ! Fais pas cette tête. T’auras ta prime de risque et les heures sup.
· Je me demande pourquoi j’ai pas refusé ce boulot d’administrateur système. On peut craquer avant de fêter ses 40 ans !
· Oublies-tu que je suis inspecteur judiciaire et que, des fois, le devoir m’appelle de très bonne heure ?
· Cette pluie, c’est un véritable déluge. Si ça ne se calme pas, je serai contraint de m’arrêter. La visibilité se dégrade de seconde en seconde.
· Ouais, t’as raison. D’ailleurs, on va se garer… »
À l’instant où Anselme finit cette phrase, un retentissant coup de tonnerre craque à proximité, suivi d’une vive lueur aveuglante qui n’est pas celle d’un éclair. Quelques secondes plus tard, la pluie cesse subitement et les premières clartés de l’aube illuminent faiblement.
· « Dis, Anselme. Quel coup de foudre !
· Je ne suis pas de la météo, mais je pense que cette lumière et ce son n’étaient pas la foudre.
· Que me racontes-tu là ? On n’a quand même pas rêvé, non ?
· Wilfried, la lueur de l’éclair précède le bruit du tonnerre. Or ici, on a vu l’inverse. Le tonnerre a précédé l’éclair !
· Bizarre, en effet. Ça fait combien de temps qu’on a quitté Préhistorvilles ?
· Environ une heure trente, je crois.
· Anselme, quelque chose cloche ! Il est quelle heure à ta montre ?
· Cinq heures quarante cinq.
· Et en vertu de quoi dis-tu qu’on a fait 90 minutes de route ?
· Ben, c’est l’impression que j’avais. Y a-t-il un panneau indicateur de kilomètres ?
· Oui, juste à côté. 145 km de Préhistorvilles.
· On filait presque à 80 km/h. On a quitté la piaule à deux heures du mat. On devrait atteindre le kilomètre 160 deux heures plus tard, donc à quatre heures du matin. Or bientôt, il sera six heures ! Beauf, je suis dépassé…
· T’as raison, Wilfried. Comme tu le disais, quelque chose ne tourne pas rond…
· Ce soudain arrêt de la pluie, cette mystérieuse « foudre »… On se croirait dans ‘Métanium Cosmique’ ! ([2])
· Anselme, on aura de très sérieux ennuis avec nos supérieurs hiérarchiques !
· Et comment ! Il est d’ailleurs étrange qu’ils n’aient même pas encore appelé.
· Il nous reste approximativement 200 km à parcourir. Même si nous filons à 100 km/h, on mettra deux heures supplémentaires pour arriver à Archeoptx. Sans compter les interminables minutes perdues en cas d’embouteillages.
· Prenons notre courage à deux mains. Excusons-nous du retard présent et à venir. »
Wilfried prend son cellulaire. Quelle n’est sa surprise de remarquer que celui-ci ne fonctionne pas. Anselme constate la même chose.
· « Drôle de coïncidence que nos deux batteries soient à plat…
· Je ne te le fais pas dire. Et quelle veine : j’ai oublié mon chargeur.
· Nos patrons seront on ne peut plus ravis de nous revoir… »
Comme ils le craignaient à juste titre, Anselme et Wilfried écopent une suspension d’un mois et de trois semaines respectivement. On croit que leur histoire de temps manquant et de foudre étrange est pure invention pour servir de prétexte à leurs divagations professionnelles. Néanmoins, nul ne peut expliquer l’arrêt soudain des fonctions des téléphones portables des deux passagers. Après examen minutieux des appareils, il est constaté que les batteries ont une charge normale. C’est plutôt le processeur de chaque téléphone qui a rendu l’âme, alors que les autres composants assurant notamment la protection dudit processeur n’ont point grillé !
B. Cas de temps raccourci
Alors que le missing time se caractérise par des vides temporels, plusieurs témoins vivent l’inverse de ce phénomène : le temps semble se prolonger en longueur au sens desdits témoins, alors qu’il s’est écoulé assez rapidement en réalité. À Imaginos, ce phénomène des plus insolites se nomme la « contraction-expansion temporelle », couramment abrégée en « contexpt ».
1. Cas de la famille Stokobma
Mireille et Zébédée Stokobma roulent nuitamment sur la voie Préhistorvilles-Archéoptx. Accompagnés de leurs trois enfants, un mec, l’aîné et deux filles jumelles, ils viennent de rendre visite à un familier à Ossuon-les-Claviques, une bourgade à 60 km de Malether. Ils se rendent à leur ville de résidence, Teobrondho, qui ne longe pas la fameuse route, mais vers laquelle on rend en empruntant une voie perpendiculaire, au kilomètre 153. Il est presque 22 h ce 19 juillet 2007. La bagnole vient de passer le kilomètre 125. Béatrice, l’une des jumelles, est prise d’un malaise, chose qui lui arrive très rarement, et demande de s’arrêter. Elle ouvre brusquement la portière et dégueule bruyamment et à grands jets une grosse gerbe jaunâtre sur l’asphalte.
· « Ça t’apprendra à bouffer démesurément. Tu nous as foutu la honte chez les Fyanym en t’empiffrant comme un porc !
· Allons, chérie, du calme ! Tu sais mieux que moi que Béatrice ne se sentait pas très bien depuis le matin.
· Alors fallait qu’elle connaisse ses limites ! Heureusement que tu as eu le réflexe de ne pas dégobiller à l’intérieur. On me paierait 2000 I ([3]) que je ne serais pas prête de tout nettoyer : je suis crevée…
· On est d’ailleurs presque arrivés. La piaule est à environ 40 km d’ici, disons une demi-heure de route.
· Accélère un peu le temps que Béatrice se repose et récupère.
· Je ne sais pas, mais ce chemin ne me branche pas trop. Je ne veux pas jouer au sinistre individu, mais vous n’avez pas constaté que depuis un moment, nous roulons seuls ?
· Et alors ? Quel est le problème ?
· Il est quand même curieux que depuis une heure, nous n’ayons croisé même pas une moto ou un vélo.
· Gaspard, il est plus de 22 h. En plus, c’est jeudi, en pleine semaine. Ferme-la au lieu de raconter des conneries. »
Zébédée réplique à son fils avec un ton si sec que le silence pèse durant quelque temps, jusqu’au kilomètre 141 à partir duquel des choses assez inattendues se produisent…
· « Tiens, mon CD saute !
· Les rayures et les traces de doigts, je présume.
· Mais Maman ! Je l’ai à peine sorti de son sachet !
· T’as qu’à vérifier… »
Le CD est propre comme un sou neuf et comporte autant d’égratignures qu’en comporte un œuf fraîchement pondu…
· « Tu vois, Maman. Je t’ai dit que le disque est nickel.
· Peut-être que ton CD est nickel, mais la musique qu’il contient est une véritable torture pour mes oreilles ! C’est quoi ce groupe à la con ?
· Tu oses traiter Varans Roses de groupe à la con ? Ils font la meilleure techno de Fibreux !
· Bon, ça va ! Il se fait tard et j’en ai marre du bruit. Je préfère suivre les infos sur Nguma FM. »
Mireille appuie sur une touche pour déclencher la fonction RDS. Elle est surprise de constater que le tuner affiche « no signal » ! Ce petit incident serait vite oublié si une autre joyeuseté mystique ne survenait pas.
Il est environ 23 h 30. La famille Stokobma roule toujours. Julie, la jumelle au CD, fait remarquer trois détails fort intéressants…
· « Papa.
· Oui, mon sucre ?
· J’ai l’impression que la boussole de bord n’indique pas le Nord
· Julie, je suis trop cassé pour plaisanter. Va faire le coup à tes frère et sœur !
· Mais je suis sérieuse ! L’aiguille devrait montrer la direction de Préhistorvilles. Or elle pointe notre direction qui est le sud-est.
· Bof, elle est sûrement détraquée…
· Mais il y a autre chose, Papa. Tu trouves pas qu’on a un peu trop traîné en chemin ?
· Comment ça ?
· Tu disais qu’on serait là dans 30’ ou dans plus ou moins une heure. Ça presque une heure trente que tu l’as dit… Constate enfin qu’aucun poste de police n’est en vue. Or il est censé en avoir tous les cinq kilomètres…
· Et qu’est-ce que ta caboche de fille de 14 ans veut insinuer ?
· Cette route n’est pas notre chemin de retour. On s’est égarés…
· Gaspard, explique à ta géniale sœur que les dessins animés de science-fiction lui ont dangereusement travaillé le système.
· Sœurette, cette ligne est rectiligne. Même un aveugle frappé de surdité ne peut se perdre.
· Je ne sais pas, mais pour moi, ça ne tourne pas rond. Qu’en dis-tu, Béatrice ?
· Moi je ne pense qu’à une chose : prendre un verre d’eau et dormir sur un bon lit. Toutefois, si ça te chante, je peux appeler la sentinelle, histoire de l’avertir qu’on rentrera plus tard que prévu.
· Bonne idée. »
Béatrice compose le numéro et appuie sur YES. Comme toute réponse, un grésillement on ne peut mieux désagréable jaillit du haut-parleur. Elle essaie alors de biper sa sœur Julie. Aucune tonalité perceptible et l’appareil de cette dernière, naturellement, ne sonne pas !
· « Ça devient inquiétant…
· Allons, chérie, il n’y a rien », répond le père de famille d’une voix peu rassurée.
Un silence sépulcral s’installe dans le véhicule. Zébédée roule à présent à tombeau ouvert, rongé par l’inquiétude. Il demande intérieurement à son Dieu de les sortir de cette situation irrationnelle. Le Ciel est avec lui : la voie perpendiculaire du kilomètre 153 se laisse voir, que notre conducteur s’empresse d’emprunter. Teobrondho est à cinq minutes et la piaule à une dizaine de minutes de la périphérie de la ville. La famille Stokobma arrive à domicile aux alentours de minuit trente, exténuée. Gaspard sursaute lorsqu’il regarde l’horloge murale. Il se frotte plusieurs fois les yeux, mais c’est la même heure qu’il lit : 21 h 20 ! Notamment, notre garçon de 17 ans croit à un dysfonctionnement. Son esprit cartésien s’émousse rapidement cependant dès qu’il constate, troublé, que l’heure du lecteur DVD et celle du décodeur coïncident avec celle affichée à la montre de la sentinelle. Ils n’ont tout de même pas pu parcourir seulement en dix minutes un trajet qui leur a semblé une éternité. Gaspard informe la maisonnée de cette bizarrerie.
· « C’est étrange, en effet, mais vois-tu, fils, on est K.-O et tu devrais dormir comme nous. On y réfléchira demain et, si ça t’enchante, on peut en parler à Ominous Investigation ([4]).
· Je crois que tu as raison, Papa. Les téléphonent fonctionnent et c’est l’essentiel. Bonne nuit alors !
· Bonne nuit, mon grand ! »
2. Le cas des flics du poste 8
Shirley Yandiamig et Lee Nuvamkay sont affectés ce soir au kilomètre 40 de la route Préhistorvilles-Archéoptx. Il est une heure du matin ce 29 mars 2005. Nos deux policiers papotent tout en jouant aux cartes, alors qu’un troisième, Gavin Mc Grandine, scrute la route. Soudain, comme venant de nulle part, un grand camion vert traverse la route. Il roule sans le moindre bruit, ni de moteur ni de pneus, tous phares éteints. Chose encore plus étonnante, toutes les vitres de l’étrange engin sont peintes en vert opaque, y compris, aux dires de Gavin, le pare-brise avant ! Immédiatement, ce dernier informe ses collègues.
· « Eh, les potes ! Un camion vraiment suspect vient de passer. Il n’a ni phares allumés ni bruit de moteur !
· Gavin, tu as forcé sur le vin ou quoi ? Comment un camion peut-il rouler sans que les moteurs tournent ?
· Tu sais bien que je ne prends ni d’alcool ni de came ! Croyez-moi, c’est tout, bordel !
· Oh, t’énerve pas ! On n’a rien à foutre de toute façon. On peut toujours se distraire en filant un peu ce véhicule. Son chauffeur va ployer sous le poids d’une lourde contravention pour non-allumage des phares. Tu viens, Shirley ?
· Ok, Lee ! »
En un rien de temps, nos deux flics embarquent dans leur bagnole à gyrophares. Shirley appuie sur l’accélérateur et fonce à 120 à l’heure.
· « Doucement ma belle ! On ne traque pas un dealer !
· Ça fait longtemps que j’ai conduit cette caisse. Ça me démangeait…
· Hum… Mais n’oublie pas que cette voie est encore fréquentée à cette heure. Faut donner l’exemple !
· Les gens s’imagineront que nous poursuivons un dangereux criminel. D’ailleurs, voilà notre camion.
· On le tient ! Accélère encore, Shirley !
· Eh, faut donner l’exemple !... »
La voiture des policiers file à présent presque à 150 km/h. Ce qui est néanmoins assez insolite est que le camion garde une distance constante avec les flics !
· « Non mais ! Quel excès de vitesse, ce gars ! Ça va alourdir son casier !
· Je me demande par quel tour de passe-passe un aussi grand camion peut rouler à cette vitesse…
· Ce doit être un bandit. Non seulement il ne veut pas allumer ses phares, mais en plus, il ose mettre de la peinture à eau sur sa vitre arrière. Qui sait ? Peut-être cache-t-il une cargaison !
· On va en avoir le cœur net. »
La course-poursuite se prolonge encore durant 40 bonnes minutes. Non loin du kilomètre 135, le fameux camion ralentit sensiblement. Les flics ont désormais le loisir de le voir sur toutes ses coutures. On dirait un véhicule anti-incendie dépourvu d’échelle. Pas de plaque minéralogique à l’arrière. Quelques secondes après, la bagnole et le camion roulent côte à côte. Lee constate, tout comme Gavin l’avait constaté au poste 8, que les vitres ne laissent rien voir de l’intérieur et qu’aucun son n’émane du curieux engin. « Drôle de spécimen, ce camion, commente Lee. Distançons-le de quelques kilomètres, on va l’intercepter ».
Shirley lance de nouveau un coup d’accélérateur. L’avant du gros véhicule est désormais parfaitement visible à partir du rétroviseur. Les vitres sont bel et bien opaques et il n’y a pas de plaque minéralogique. « Comment ce malade conduit-il sans voir la route ? », s’étonne Shirley. Elle n’a pas fini de s’interroger que quelque chose de fort inopiné se produit : le camion disparait purement et simplement ! Estomaquée à l’extrême, Shirley freine violemment.
· « Un problème, Shirley ?
· Lee, suis-je en train de sombrer dans la démence ou le camion a bel et bien disparu ?
· Euh… Ma foi, mais c’est vrai ! Quel est encore ce mauvais tour ? »
Apparemment, nos flics ne sont pas les seuls à s’être rendu compte de ce mystère : plusieurs véhiculent viennent de s’arrêter, leurs occupants se demandant s’ils ont rêvé ou pas.
· « Allo, poste huit. Le camion a disparu devant nos yeux. Je répète : le camion a disparu devant nos yeux. Allo ! Allo ! Ça répond pas !
· Essaie la fréquence XK.
· Aucun signal. Tiens donc !
· Bah ! On rentre. Toi, arrange-toi pour disperser les gens.
· Allez, circulez ! Y a rien à voir… »
Lee et Shirley se demande en toute légitimité si leur équilibre mental est au top. Ont-ils halluciné ou leur rétine a-t-elle correctement transmis au cerveau la troublante information visuelle. En tout cas, s’ils ont rêvé, ils ne l’ont pas fait seuls : au moins 50 personnes ont assisté à la disparition du camion !
· « Est-ce que Gavin nous croira ? Lui qu’on accusa d’avoir abusé d’une mauvaise gnôle…
· Il est quelle heure déjà ?
· Un peu plus de deux heures un quart.
· On sera au poste vers trois heures. Cette poursuite d’un véhicule fantôme m’a laissé un arrière-goût un peu effrayant
· Ça, tu l’as dit, Lee. Je n’aimerais pour rien au monde le croiser de nouveau ! »
Shirley semble avoir parlé un peu trop vite. Comme surgissant du néant, le fameux véhicule jaillit silencieusement de la nuit dans le sens opposé emprunté par les policiers. Il se dirige résolument vers ceux-ci et à toute vitesse. Shirley n’a pas le temps de l’éviter. Au lieu cependant d’une collision nécessairement mortelle, un grand vide se crée dans la tête de nos patrouilleurs qui plongent tout droit dans les abîmes profonds de l’inconscient.
Deux heures du matin. Gavin s’étonne que depuis trente minutes, ses collègues n’aient émis aucun message phonique de leur voiture. Il alerte les flics postés dix kilomètres plus loin, afin qu’ils mènent une ronde de recherche en direction d’Archéoptx. Quatre-vingts bornes plus loin, autrement dit au kilomètre 140, ils retrouvent la voiture de Lee et de Shirley… en parfait état ! Nos deux policiers, en revanche, paraissent prostrés. Ils peinent à articuler les mots et réclament vivement à boire. Après examens cliniques, une déshydratation et une hypoglycémie des plus sévères sont décelées. Les sérums idoines sont administrés.
Mais il y a plus mystérieux encore…
Lee arbore une barbe de quatre jours, alors qu’il s’était complètement rasé le menton la veille. Les montres électroniques des deux flics indiquent 3 h du matin… du 2 avril 2005 ! Ainsi, Lee et Shirley ont passé quatre jours Dieu seul où, alors que le temps « normal » laisse croire qu’ils n’ont été retrouvés qu’une heure après leur départ du poste huit.
Autre détail d’importance : du poste 25 au poste 42 se présente au moins un témoin du mystérieux camion et de sa disparition soudaine et incompréhensible. Tous ceux qui s’adressent à la police quant à cette affaire ont environ une heure de retard par rapport au temps dit normal : alors qu’il est 2 h 15 heure de Préhistorvilles lors de leur déposition, toutes les montres des témoins indiquent clairement 3 h 32 ! Toutefois, personne n’a remarqué la « collision » entre le camion et la bagnole des policiers…
Au jour d’aujourd’hui, aucune explication n’a été donnée à ce cas, l’un des plus troublants du kilomètre 141 de la route Préhistorvilles-Archéoptx.
[1] L’équivalent de notre Internet…
[2] Métanium Cosmique est une série de science-fiction multi-saisons très prisée dans tout Imaginos.
[3] Exactement 10 000 $ (1 I = 5 $)
[4] Ominous Investigation est un service privé spécialisé dans les enquêtes des dossiers de caractère paranormal certain (fantômes, vie extraterrestre, occultisme, etc.)
26 mai 2008
ÉTRANGETÉS NOCTURNES À NELK-ZIB-KANTUR
ÉTRANGETÉS NOCTURNES À NELK-ZIB-KANTUR
À moins de 15 km au Sud de Malether, pas très loin de l’Aéroport Topaze, se situe un presque lieu-dit au nom compliqué de Nelk-Zib-Kantur. Rien que le nom de ce groupement de moins de 700 âmes est en lui-même un total mystère. C’est qu’aucun linguiste n’a pu déterminer de manière certaine l’origine de cette graphie qui est loin d’être tombolienne ou fibreuse. Au fait, Nelk-Zib-Kantur semble un lieu prédestiné aux forces paranormales les plus diverses, allant de la sorcellerie la moins sournoise aux énergies moins avouables… Les radiesthésistes, les prêtres, les médiums et autres spécialistes du spirituel ont depuis fort longtemps senti comme des ondes peu positives au sein du lieu-dit et de ses alentours immédiats.
1. Appareils dysfonctionnant inexplicablement
Alors que Préhistorvilles et sa banlieue sont alimentés en électricité hydroélectrique fournie par le barrage Culex sur la rivière Stégonia, Nelk-Zib-Kantur ne jure que sur les panneaux solaires et les groupes électrogènes. En effet, la SEI (Société Électro-Imaginienne) a constaté, à ses dépens, que depuis des lustres, aucun transformateur de moyenne tension ne tenait le coup plus de deux semaines. Une surcharge extraordinaire survenait toujours nuitamment avec une énorme explosion qui réduisait les bobines et la carcasse en une masse informe et fumante.
On a au départ cru que la station relais d’Anquoxa, à 102 km de là, était à la base de ces accidents. Mais celle-ci, en réalité, assure un courant stable et sans surtension notable. Les coups de foudre furent à leur tour incriminés. On remarqua cependant que dans 90 % des cas d’endommagement des transfos se déclaraient sans aucun orage ni éclair à 50 km à la ronde et sans qu’aucun disjoncteur dans ce rayon (et même plus loin) n’ait lâché.
Il survient toutefois un phénomène assez intrigant certaines nuits vers le centre du lieu-dit et souvent après deux heures du matin : les boussoles se détraquent et l’aiguille indique des positons aléatoires, à faire pâlir de jalousie Jack Sparrow des Pirates des Caraïbes. Il arrive même que les téléphones portables se déchargent sans explication logique et que le réseau cesse d’émettre et de recevoir.
Mais il y a plus étrange encore…
Il est courant de voir des appareils électriques s’éteindre, voire s’allumer d’eux-mêmes durant les perturbations magnétiques ! Plusieurs témoins stupéfaits ont, comble du bizarre, déjà observé et filmé des moteurs démarrer sans intervention humaine !!! Plus extraordinaire encore : certaines radios et quelques téléviseurs, pourtant débranchés de la prise, ont été retrouvés le matin en parfait état de marche !! Ce dernier cas s’avère aussi inquiétant qu’heureusement rare et personne n’a encore réussi à enregistrer la scène de l’allumage d’un appareil.
Tout cela n’est cependant pas grand-chose comparé à ce que les habitants vivent dans leur chair et dans leur être à Nelk-Zib-Kantur…
2. Voyages lointains hors du corps
Quiconque, ne fût-ce que durant un mois, passe nuit à Nelk-Zib-Kantur sur un bon lit sera investi d’un drôle et profond sommeil qui l’emmènera dans des états de conscience quelque peu hors du commun et fortement altérés, différents de ceux d’un somme ordinaire. Les sensations paraissent en effet décuplées et les cauchemars plus vrais que nature ! Il est même véritablement des projections de l’esprit vers des lieux situés à plusieurs milliers de kilomètres du lieu-dit ! Ainsi, Hubert Inaluf, médium notoire, s’est plusieurs fois vu présent aux théâtres de certains événements, parfois dramatiques, sans que son corps physique ne se déplace de son lit douillet. Le même Hubert a moult fois décrit avec force détails des accidents advenus à Moltouvilles, plus de 3 000 km plus au Nord.
D’autres témoignages, relatent du reste des choses bien plus mystérieuses : des voyages dans une autre époque de l’Histoire avec, au passage, apprentissage d’une langue jamais apprise ni lue dans un quelconque manuel ; voire, ce qui est carrément fantasmagorique, voyage dans un autre monde pour ne pas dire dans une autre planète ou dans une autre dimension !!! À titre illustratif, Benson Rimakuzin, humble maçon à Préhistorvilles résidant à Nelk-Zib-Kantur, affirme avoir appris une langue proche du vieil olivâtre[1] parlée il y au moins 40 000 ans à plus de 8 000 km de là ! Réincarnation ? Voyages temporels ? Nul ne sait vraiment…
Il suffit en général de quitter le lieu-dit pour que les manifestations paranormales cessent de fait.
Que l’esprit sorte un moment du corps histoire de se balader, passe encore. Alors que dire de ceux-là qui se trimballent corps et âme dans un état inconscient, comme on va le voir tout de suite ?
3. Somnambulisme sui generis
L’année 1999 a été mémorable pour Gad Miradorez. Tout a débuté un certain 23 février vers 14 h, en plein boulot. Notre comptable fut brusquement pris de somnolences devant son ordi, suivi quelques instants plus tard d’un somnambulisme surprenant : Gad pouvait quitter son bureau et se retrouver deux kilomètres plus loin sans savoir comment il a atterri là ! Depuis lors, environ deux nuits sur trois, le comptable quittait sa chambre en pyjama rayé et ne se réveillait de son hébétude parfois qu’au petit matin, à des lieues de sa maison ! Et tout naturellement, le bougre n’avait jamais souvenance de ses nocturnes escapades…
Craignant non sans raison que l’état mental de sa moitié se dégradait, l’épouse de Gad loua les services des psys et des spécialistes du cerveau malade. Aucune pathologie, que ce soit par tests ou sur clichés, ne fut décelée. Madame fit alors appel à des exorcistes émérites, aspergea fréquemment la chambre à coucher et toute la demeure de sel et d’eau bénite. Son indécrottable mari ne revenait à lui qu’après avoir reçu quelques grosses baffes. Finalement, à bout de nerfs, notre femme décida de fermer soigneusement la porte de la chambre dès que son mec s’endormirait et de garder la clef seule là où elle savait. Comble de l’étrangeté, il arrivait, malgré toutes ces sages précautions, que Madame se réveillât brusquement la nuit son homme déjà parti en vadrouille ! Et ce, SVP, la porte de la chambre toujours fermée à clé et la clé toujours dans sa secrète cachette !! Gad Miradorez se volatiliserait-il ?
L’épouse du fugueur nocturne n’eut pas à chercher la réponse à cette question embarrassante. De commun accord avec l’homme de sa vie, elle jugea bon changer d’endroit et s’installer à Malether. Bien en prit au couple car, depuis, Gad recouvrit une pétillante santé mentale et ne sort désormais la nuit qu’accompagné de sa femme… pour un dîner aux chandelles ou lors d’une réception !
Ce comportement décrit supra, insolite s’il en est, dura presque six mois. Les manifestations dont je vous parlerai dans les lignes qui suivent ne firent que quatre semaines. Celui qui les subit, cependant, vécut un complet calvaire qui sembla durer une éternité…
4. Mutilations énigmatiques
Nous sommes le 15 août 2006. Monsieur RS (dont je masquerai l’identité par souci d’anonymat évident) venait d’aménager, avec son cousin, dans une vaste concession en plein cœur de Nelk-Zib-Kantur. Une merveille de l’architecture à un prix ridiculement bas. Ce simple fait devrait mettre la puce à l’oreille de notre acheteur. Celui-ci se dit plutôt qu’il avait juste eu de la baraka. En réalité, RS ne pouvait pas plus mal tomber que de s’être décidé de vivre dans la spacieuse maison…
Cette nuit même où il venait de s’installer, son repos fut troublé par l’impression persistante d’une présence qui l’observait dans sa chambre qu’il occupait pourtant seul. Le lendemain aux mêmes heures, il avait le net sentiment que quelqu’un ou quelque chose palpait ses jambes sous son drap. Peu après, il sentit comme un lourd poids sur sa poitrine, ce qui fit sursauter notre jeune homme. Mais c’est la nuit suivante qui apporta son lot de frayeur.
Vers minuit, RS entra dans un état voisin de ce que les psychologues appellent « paralysie du sommeil » : notre gars ne savait plus si ce qu’il voyait et éprouvait était un rêve ou la réalité. Toujours est-il que dans la pénombre de la chambre, encore une fois du côté de la porte, il remarqua avec effroi deux petits yeux rouge sang fort brillants qui le fixaient méchamment. RS cria, mais aucun son ne jaillit de sa gorge. C’est alors que la créature sortit complètement de son coin et se jeta sauvagement sur le pauvre homme en le griffant violemment sur le torse et sur son bras gauche. Ladite créature avait l’apparence d’un nain difforme aux membres grêles et au cou assez court. Son teint était blanc, tirant sur le vert, et sa peau paraissait couverte d’une espèce de fourrure.
RS se débattit en hurlant comme un écorché. Rapido, son cousin accourut dans sa chambre et vit son compagnon en profond état de choc. L’être malfaisant s’était éclipsé.
Les blessures furent soignées sans problème, mais les cicatrices perdurent jusqu’aujourd’hui et évoquent des cautérisations au fer rouge ! RS, depuis cette traumatisante expérience, prit le parti de dormir avec son cousin. Durant presque trois semaines qu’ils partageaient le même lit, rien ne se produisit. Un beau soir, néanmoins, RS informa son compagnon qu’il retournerait dans sa chambre. Il disait vaincre ses craintes et ses positions étaient confortées par l’achat récent d’un caméscope sophistiqué de surveillance qui pouvait enregistrer 12 h d’affilée sur un disque dur miniature intégré de 80 Go. De surcroit, RS roupillerait la lampe allumée.
Toujours aux alentours de minuit, RS se réveilla brusquement, en proie à une peur panique. Ses membres semblaient paralysés et il était couché sur son ventre. RS entendit peu après comme des rires méphistophéliques et chuintants toujours du côté de la porte, mais il était incapable de se retourner. C’est alors qu’il sentit quelque chose pénétrer douloureusement dans son anus. Notre jeune homme poussa un cri strident qui amena de nouveau illico son cousin dans la pièce. Ce dernier vit RS en larmes, hurlant qu’on venait de le sodomiser. Le cousin s’imaginait tout d’abord que RS avait cauchemardé. Quelle ne fut toutefois sa surprise de trouver sur les draps des traces de sperme, précisément du côté où RS avait placé ses jambes !
Les séquences filmées furent minutieusement examinées. Elles ne montrèrent aucune créature, mais laissèrent parfaitement entendre des rires cyniques et inhumains. Par ailleurs, les draps s’agitaient de façon étrange, comme si au moins deux personnes bougeaient sur le lit.
Des échantillons de semence et une copie du film numérique furent expédiés à un labo de criminologie à Toutouvilles. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, nonobstant les demandes répétées des deux gars, aucun résultat n’a été révélé ! Si l’explication des phénomènes troublants s’avérait limpide, elle aurait depuis longtemps été fournie. C’est qu’il y a anguille sous roche…
RS et son cousin, quant à eux, ont déménagé la semaine même des dernières manifestations et se sont fait rembourser le prix de la demeure.
Cette aventure que nous avons rapportée, inoubliable si on l’a vécue, est cependant moins incroyable que ce qui vient infra…
5. Grossesse et avortement ex-nihilo
Éliane Uvamash, jeune fille de 17 ans bénie des dieux, au corps de rêve et bien roulée, n’a jamais cédé aux pulsions de ce dernier. En effet, à Nelk-Zib-Kantur, en général, les mœurs sont très correctes et des filles vertueuses, il y en a un bon nombre. Les garçons également ne forniquent pas dans ce lieu-dit. Et Éliane n’est pas différente de son entourage. Plus d’un disent même que sa gentillesse et son franc-parler associés à sa pureté d’âme font d’elle une fille exceptionnelle d’innocence.
Seulement voilà : le matin du 6 mai 2002, Mademoiselle est retrouvée complètement à poil sur le canapé du salon, dormant à poings fermés ! Éliane est brutalement réveillée, sous un tonnerre de gifles que lui administrent sa mère scandalisée et son père indigné. Entre deux claques, la gamine s’évertue à sangloter qu’elle ignore comment elle a pu quitter sa chambre si fort peu vêtue. On lui pardonne ce fâcheux égarement avec toute la peine du monde.
Environ deux mois plus tard, Mademoiselle est surprise en train de rendre et de cracher inhabituellement. Les signes typiques d’une grossesse, quoi… Des examens sont passés et effectivement, Éliane attend un bébé !
Consternation totale chez les Uvamash. Qui donc est le fils de pute qui a engrossé leur enfant chérie ? Éliane jure sur la tête de ses défunts aïeux qu’elle n’a pas connu d’hommes de toute sa vie. On lui rétorque sur-le-champ que le coup de la Sainte Vierge, pour cette fois, c’est raté ! Mademoiselle est menacée de quitter définitivement le toit familial si elle ne dénonce pas l’auteur de la vie qu’elle porte en elle. Et Mademoiselle se tue à dire qu’elle ne le connaît ni d’Adam ni d’Ève. Finalement, les parents trouvent un compromis : ils résolvent d’interdire à Éliane toute sortie au-delà de 14 h et de fermer la porte de la chambre de Mademoiselle à double tour dès qu’elle irait dormir.
Toutes ces mesures draconiennes n’empêchent guère le déroulement d’une autre bizarrerie.
Un autre beau matin, presque cinq mois après les premiers signes de son état gravide, Mademoiselle informe ses parents que son bébé… a disparu !!! Le ventre naguère bombé d’Éliane a pris un volume normal. La fille n’a sûrement pas avorté : par où serait-elle sortie pour exécuter ce crime ? De plus, les lits et les alentours sont minutieusement vérifiés : pas plus de sang que d’huile de palme dans un moteur à essence ! Mieux : les examens gynécologiques ne décèlent aucun indice qui pourrait laisser penser à un retrait de fœtus de fraîche date. Même la taille du col utérin a de quoi abasourdir : pareil à celui d’une fille vierge !
Les parents ainsi qu’Éliane croient au miracle divin. Notre candide enfant, qui se sent brusquement emplie d’une vocation religieuse, est envoyée à un couvent de sœurs à Mollovilles. Et les choses s’en tiennent là, sans qu’on recherche une moindre explication…
[1] Langue des anciens Imprenables, peuple à la peau olive légèrement basanée ayant vécu à l’Ouest d’Imaginos et qui compte de nos jours de nombreux représentants dans tout le mini-monde.
18 mars 2008
QUELQUES CAS D’ANIMAUX « PARANORMAUX » À FIBREUX
QUELQUES CAS D’ANIMAUX « PARANORMAUX » À FIBREUX
À Fibreux, la gent animale constitue un moyen favori des sorciers et autres faiseurs de sorts en vue de duper, de surveiller, voire de nuire au quidam dans son sommeil ou en pleine veille, de jour comme de nuit. Et la, sont concernés autant le plus vil insecte que le félin ou le mastodonte le plus respecté.
Voici un gros extrait de l'émission « Mystères tomboliens » du dimanche 6 janvier 2008 qui passe à 21 heures à Radio Nguma à Préhistorvilles. L’invité principal du jour, un photographe dénommé Marcel Vundr, s'entretient avec Simon Amanyvor, le célébrissime journaliste de la cultissime émission.
Ø Bonsoir, Marcel !
Ø Comment va, Simon ?
Ø Ça peut aller. Tu sais pourquoi tu te retrouves sur ce plateau radio aujourd'hui, j'ose croire ?
Ø J'ai une sévère dispute avec mon épouse avant de venir ici. Ma tendre chérie s’imaginait que je partais prendre des pétasses en photo, alors que je lui répétais au moins 15 000 fois que je me rends à Radio Nguma dans le cadre d'un interrogatoire... euh... d'une émission…
Ø Toujours le mot pour rire, Marcel. Au fait, selon toi-même, il paraît que tu as eu le privilège de voir et de capturer en images des animaux pour le moins bizarroïdes.
Ø Faut pas dire « il paraît » ! J'ai bel et bien vu et photographié des bêtes insolites. Pas des yetis des gargouilles, mais des animaux apparemment ordinaires qui adoptent parfois un comportement assez troublant.
Ø Ben alors, on t’écoute...
Ø Tout d'abord, je sors d'une double détention préventive... pour homicide involontaire
Ø Un coup de chance alors que tu sois parmi nous. Toutefois, sans vouloir t’offenser, quel rapport avec le sujet du jour ?
Ø Je ne suis pas HS, mon bon Simon. Au lieu de poser des questions, laisse-moi parler, nom de Dieu !
Ø Bon d'accord, pompe la matière, sale grincheux !
Ø Donc, il y a environ quatre mois, je roupillais tranquille dans ma cabane en campagne, à Niglanzi, à 147 kilomètres au sud-ouest de Préhistorvilles. C'était vers deux heures du matin. Un sinistre hibou hululait lugubrement sur le toit de mon humble demeure, perturbant de facto mon sacré sommeil. Dans un accès de colère, je sortis en calcif avec un pistolet à moitié chargé. Je visais juste et comble de la surprise, ce fut un homme plus ou moins baraqué qui roula du toit et tomba lourdement presque à mes pieds ! Il était en tenue d’Adam et la balle l’avait atteint en plein milieu, si tu vois ce que je veux dire...
Ø Les voisins ne furent pas alertés ?
Ø Il n'y en avait pas beaucoup dans le coin. Mais mon épouse, à la vue du corps inanimé, poussa un tel cri que Syagrius, un pêcheur résidant à 120 mètres de la cabane, accourut de sa lutte. Le bougre se permit le matin de faire appel à la police locale. Il fallait l'intervention de 14 avocats pour que je sorte de tôle ! Ce malheureux incident entama et mon compte en banque et ma réputation. De toute manière, je m'en remettrai.
Ø Quelle affaire !
Ø Ça, je ne te le fais pas dire, Simon ! Et comme je te l'ai signalé, j'ai de nouveau embrassé les geôles de Zotrabol en janvier de cette année.
Ø De quelle infraction étais-tu encore auteur ?
Ø Mon seul crime a été d’écraser un vieux cafard volant avec ma babouche gauche !
Ø Explique un peu...
Ø Toujours à Niglanzi, un vendeur de nattes jamais que j’avais pris en photo refusa de me payer pour mes services. Il réclamait malgré tout ses photos et je l'envoyai se faire mettre. Exaspéré par mes propos peu courtois, ledit vendeur me menaça de mort par envoûtement. Je pris évidemment les propos de l'olibrius à la légère, m’imaginant que de telles déclarations étaient le digne résultat de la somme entre analphabétisme et mauvaises liqueurs. Cependant un beau soir, une putain de blatte s’évertuait à tourner tout autour de ma lampe à pétrole. Elle le fit tant et si bien que je ne la rata pas en l’écrabouillant de ma souveraine babouche en cuir. Crois-moi si tu veux, au même instant retentit un glaçant hurlement de douleur à dix pas de la cabane. C'était le vendeur de nattes qui venait de crever, selon toute vraisemblance d'une attaque cardiaque et de multiples ruptures d'organes. Je vous passe les détails. Comme le de cujus, de son vivant, avait déjà pris soin de raconter je ne sais quelle connerie à mon sujet, je fus le suspect tout indiqué de ce que la Police appela à meurtre ! On me relâcha cinq jours plus tard, faute de preuves, sans compter que l'intention criminelle, mystique ou rationnelle, fut impossible à faire ressortir.
Ø Décidément, ta cabane se situe dans un patelin peu commun.
Ø Ouais ! Avec des gars bornés intellectuellement, et très doués dans l'étrange et le surnaturel... Je compte d'ailleurs, à regret, vendre ma propriété, car j’ai l’impression que plus d’un dans le coin souhaitait vivement que je demeure incarcéré. S’ils me voient libre, les autochtones risquent de me faire vraiment mal...
Ø Eh, Marcel ! On n'a pas que toi à écouter ce soir ! Tes commentaires et témoignages sont forts passionnants, mais je cours derrière le temps. Propose au juste deux cas supplémentaires, après quoi je passe l'antenne au Père Slavitch.
Ø Journaliste de mauvaise foi, va ! J'ai des photos ici que je vais te laisser qui vont te laisser pantois.
Ø T’es le roi des pléonasmes, toi ! Laisser, laisser...
Ø J’ai pas fait les langues, moi, mais plutôt le kung-fu... Veux-tu une démonstration sur place ?
Ø Sans façon, Marcel ! On court derrière le temps, mon cher !
Ø Bon, d'accord ! Revenons à nos moutons, car c'est de cela dont il est question sur cette photo que je t'offre. Dommage qu'il s'agisse d'une émission radiophonique
Ø Je vois bel et bien un troupeau de moutons, assez compact d'ailleurs. Et alors ? Qu’y a-t-il d’extraordinaire ?
Ø Mon bon Simon, sache que j'ai pris ces clichés au kilomètre 269 de la route Préhistorvilles-Stégonia.
Ø Et puis ? Les moutons n’ont plus le droit de paître au kilomètre en question ?
Ø Nenni ! Pour la simple et bonne raison que la ferme la plus proche du kilomètre 269 est à environ 300 km du lieu où j’ai tiré ces clichés. Du reste, je vois mal un troupeau aussi dense se perdre si loin de son lieu d'origine !
Ø Il existe toujours une probabilité que ça arrive. Dis, Marcel ! On perd du temps, là !
Ø Minute, mon gars ! C'est que je vais te narrer maintenant peut te sembler totalement farfelu. Je jure toutefois sur mon honneur et sur celui de ma famille que je ne délire pas : le terrain que j'ai pris en photo, à l'œil nu, était dégagé, sans le moindre mouton !
Ø Tu veux me faire avaler que des moutons fantômes ont impressionné la pellicule dans ton appareil, mais pas ta rétine ?
Ø Tu veux dire « nos » rétines, car on était à cinq dans le véhicule : ma femme, moi et mes trois mioches. Tellement traumatisé par ce phénomène insolite, Eugène, le tout dernier, en cauchemarda toute la nuit et a même gerbé tout son dîner sur son lit de camping. Bref, j'ai des témoins !
Ø Soit... et qu'est-ce que la seconde photo représente-t-elle ?
Ø Un cheval...
Ø Tu te fous de ma gueule ou quoi ? T’as jamais vu un cheval ? I
Ø Regarde au niveau des pattes...
Ø Je ne vois rien d’anormal
Ø Kiffe un peu le zoom desdites pattes sur cette photo !
Ø Marcel, franchement, où veux-tu encore en venir ?
Ø T’es myope ou quoi ? Ce soi-disant cheval ne touche pas à terre, mais flotte à 10 centimètres du sol !!!
Ø Hein ?... Mais tu as raison ! Bof... encore l’un de tes trucages bidon !
Ø Surveille ton langage, Simon ! Je peux attaquer en diffamation et en calomnie. Figure-toi que j'ai soumis ces clichés aux plus grands labos d'Imaginos. Ils n'ont décelé aucune trace d'arnaque et ce, depuis six ans.
Ø Connaissant tes talents, ça ne m'étonne guère...
Ø Je te livre un détail qui va te donner froid dans le dos et qui peut être à la base d'une de tes histoires que tu racontes mardi soir : le cheval a été photographié dans le parc de Croacrazores qui, tu peux te renseigner, n’a jamais abrité le moindre équidé. Un échappé du zoo peut-être, me suis-je interrogé... ou un fugitif d’un ranch voisin… J'ai mené ma propre enquête. La conclusion me stupéfia : dans un voisinage de 1000 kilomètres à la ronde, pas un seul individu ne déclara avoir perdu un cheval...
Ø Tu as du temps et de l’énergie à gaspiller !
Ø Je pense la même chose pour toi... Faut vraiment avoir du temps à jeter à la poubelle pour faire des émissions aussi « barjottes »... Allez, je ne t'embrouille pas davantage. Oublie-moi et passe au sujet suivant. Moi je vais en boîte avec Madame...
30 avril 2007
IL TOMBE DES HOMMES, MA PAROLE !
IL TOMBE DES HOMMES, MA PAROLE !
M |
alether, ce lieu à sortilèges, connaît décidément des faits de toutes natures. Alors que d’ordinaire, le commun des mortels ne voit pas tomber des nues autre chose que de l’eau, les habitants de Préhistorvilles, de temps à autre, bien malgré eux, aperçoivent des êtres humains faire des « crashes ». De tels accidents se produisent de jour comme de nuit, mais très fréquemment de nuit. Les rescapés allèguent soit la « panne de carburant », soit une cause provoquée à partir du sol. Mais quoi qu’il en soit, un détail frappe même l’observateur le plus myope : les infortunés « voyageurs » sont toujours en tenue d’Adam…
Je vais ci-dessous vous relater quatre anecdotes assez récentes de chutes d’êtres humains. Les deux premières signalent des cas survenus suite à un « bug » malheureux. Les deux dernières s’intéressent aux chutes provoquées.
1. Affaire dite de « la mère d’Ogodom »
Ogodom est la place marchande la plus fréquentée de Malether. Jusque tard la nuit, elle accueille tant des acheteurs cousus d’argent que des badauds pauvres comme Job. Le jour décline ce 22/9/2003 et le ciel est d’un bleu superbe. Mais ce lundi soir, le ciel azur est brièvement traversé par une lumière suivie d’un craquement sec. La foule, estomaquée, a les yeux rivés au-dessus de sa tête. Ça ne peut être un éclair, car aucun cirrus ni cumulus ne traversent le firmament.
Dans les secondes qui suivent le flash lumineux, un bruit sourd se fait entendre sur le toit du pavillon 11. La foule a vu de ses yeux vus une femme apparaître du néant en plein air et accomplir une chute libre. Vu le choc, elle n’a pas pu survivre, le thorax fracassé, ainsi que quelques côtes. De plus, les bras et les jambes faisaient un angle anormal.
La police ne tarde pas à se pointer. Elle est témoin du triste spectacle lorsqu’elle parvient à gagner le sommet du pavillon 11. Une ambulance est vite dépêchée et l’autopsie décèle moult fractures qui ôteraient la vie même à un zombie. Plus tard, la « voleuse » est identifiée. De son vivant, ce fut une sorcière notoirement connue qui usait de ses tours occultes au village Ednem, à 73 km
Les TLM ([1]) n’ont pas eu besoin d’accomplir leur noble mission, la justice divine s’en étant convenablement chargée.
2. Affaire Valère Atonik
René Alub et Justine Unvana se délectent, en amoureux, d’un film érotique ce 2/1/2004 aux environs de minuit trente. Le long-métrage atteint son paroxysme lorsqu’un sifflement aigu se fait entendre, augmentant d’intensité. Subitement, la toiture et le plafond laissent tomber de gros débris sur la table du salon, juste devant la télé. Quelques secondes après, sous un vacarme terrible et bref, un corps nu choit lourdement sur ladite table qui se brise en mille morceaux.
René et Justine se regardent, étonnés à l’extrême et doutant un instant de leur état mental. Justine est la première à retrouver ses esprits. De tout le souffle de ses poumons, elle hurle au sorcier.
Les voisins ne tardent pas à se précipiter chez notre couple. Bientôt, le malheureux visiteur nocturne, déjà bien mal en point, subit une sérieuse correction. Les coups sont si répétés que le pauvre mec défèque une belle diarrhée brunâtre sur place. Ils ne cessent que lorsque la fille aînée du couple, prise de pitié, implore en pleurant que tout stoppe.
Je ne sais pas si c’est par miracle ou par pure diablerie que le sorcier survit encore. Toujours est-il que les forces de l’ordre s’emparent de l’individu en vue de son jugement irrationnel au TLM le plus proche. Ledit individu se nomme Valère Atonik, un apprenti occultiste qui vit à 10 km
3. Feu follet humain
Cédric Fakra adore les émissions du grand chroniqueur du paranormal, Zéphyrin Amanyvor. Il décide d’expérimenter cette soirée du 14/5/2002 un tour semi-magique dont il a pris connaissance à la radio. Il se rend en solitaire dans l’épaisse brousse qui environne le Campus de Préhistorvilles. Il est presque 21 heures. Aux dires du chroniqueur, lors des nuits étoilées du mois de mai, en des lieux assez reculés, des espèces de boules de feu de la taille d’un ballon de foot sillonnent furtivement l’espace aérien. En réalité, il ne s’agit pas de boules de feu, mais… d’êtres humains ! Et il est un moyen qui permet de s’en rendre compte…
Cédric aperçoit la première formation lumineuse après seulement cinq minutes d’attente. Le feu en mouvement est loin d’être fugitif. En effet, il évolue très lentement et à basse altitude. Juste quand la chose survole sa tête, l’étudiant se met à se déshabiller. En deux, trois mouvements, le voilà nu comme un ver.
La boule de feu s’immobilise subitement et semble vibrer en produisant un lourd bourdonnement. Il ne se passe pas trente secondes qu’elle explose avec grand fracas sous une gerbe de lumière. Alors que Cédric, émerveillé, a encore les yeux rivés vers le ciel, une forme en déroute semble se glisser paresseusement sur les feuilles mortes. L’étudiant se retourne, quelque peu surpris.
Un mec bâti se traîne discrètement en se dirigeant vers les arbres tout proches. Cédric a le temps de lui demander de s’arrêter, ce qu’il fait sans la moindre opposition. La scène qui suit est digne d’un conte de fées à la Préhsitorvilloise. En
Notre étudiant exulte. Ce que le chroniqueur Zéphyrin narrait n’était pas des fables. Cédric ne se fit pas prier. Il exigea du sorcier faux feu follet un lingot d’or de 30 kilos !! Aux dires du garçon, avant que le sorcier ne disparaisse dans la nature, il précisa où était enfouie la masse de métal jaune… et l’or s’y trouvait bel et bien !
À ce jour, Cédric a coupé court avec la Fac.
4. Chute d’hommes sectorielle
Eugène Alikh est un jeune instituteur célibataire d’une très grande ferveur. Cette nuit noire du 9/1/2001 à deux heures du mat, notre homme décide de faire une intense prière d’intercession. Non content d’invoquer la Sainte Vierge
Durant presque deux heures, l’instituteur prie ave ardeur. Dans la concentration, il n’a pas le loisir d’entendre des corps tomber parfois d’assez haut. En tout et pour tout, dix-sept personnes en plein vol nocturne ont subi de sérieux pépins de navigation aérienne. Dieu merci, aucun des accidentés n’a perdu la vie. Toutefois, tous ont été retrouvés au petit matin, qui au sol, qui sur un toit, excepté les plus expérimentés dans les tours sorciers, qui se sont éclipsés avant que le soleil se lève. D’autres même l’ont fait immédiatement après leur chute. Les moins rodés dans l’ésotérisme ont écopé de sérieuses bastonnades. Plusieurs ont rejoint les parquets. Parmi eux, certains ont été relaxés, d’autres ont été jetés en tôle.
[1] TLM = Tribunaux des Litiges Mystiques, tribunaux spéciaux installés à Fibreux (la province où se situe Préhistorvilles), en vue de juger et de condamner les « malfrats irrationnels ».
VOLER EN LAMBEAUX
VOLER EN LAMBEAUX
Décidément, les voleurs mènent la vie dure à Eznewplace, la place marchande la plus fréquentée de Préhistorvilles. Beaucoup d’entre eux ont rejoint leurs ancêtres en osant s’approprier un objet ou de l’argent ne leur appartenant pas. Et ils sont morts pour la plupart de mort violente ! Certains ont soudain été frappés de fractures ou de maladies que même le zombie le plus conditionné ne supporterait point. D’autres ont vécu des accidents inexplicables (foudroiements sans nuages, collisions inattendues, incendies hautement improbables, noyades en eaux très peu profondes et nous en passons les meilleures). Ici, je vais vous relater une histoire invraisemblable, tragi-comique, qui s’est bel et bien déroulée le jeudi 10 novembre 2006 à Préhistorvilles.
Constantin Omilom, pickpocket notoirement connu à Eznewplace, osa chiper en douce le sachet noir d’un vieillard septuagénaire, le terrible marabout Gabn Alosok. Sentant que sa main gauche ne tenait plus rien, notre sorcier se comporta comme se comportent les sorciers en général, c'est-à-dire assez étrangement. Au lieu de crier au voleur, il hurla plutôt ceci : « Que celui qui m’a pris mon sachet noir me le rende illico ! ». Constantin, étant dans les parages immédiats, entendit parfaitement la demande du vieux marabout. Mais il fit semblant d’être sourd et poursuivit son bonhomme de chemin. Entre temps, Gabn se fit plus menaçant : « Je compte jusqu’à trois. Si celui qui m’a subtilisé mon bien ne me le rend pas, il crèvera comme un ballon ! ». En entendant cela, notre voleur marcha presque en courant, mais de manière à ne pas être suspecté par son entourage direct.
Alors que Constantin pressait les pas, le sinistre sorcier Gabn sortit de son énorme poche de pantalon une petite pompe à vélo. Après avoir compté jusqu’à trois, il actionna lentement son engin à air. Au moment, à quelques mètres de là, le pickpocket vit son ventre se distendre anormalement et ses membres prendre rapidement du volume. La surprise et la douleur étaient ressenties profondément par Constantin. Après 30 secondes de « gonflage », notre sorcier appuya très fortement sur la pompe. À l’instant retentit un bruit formidable de pneu qui explose sous une forte pression. Divers lambeaux de chair et de sang se projetèrent sur la foule qui était toute maculée de rouge. Constantin fut littéralement atomisé. Même sa tête était réduite en charpie cérébro-crânienne.
Panique générale dans le marché. Les agents de l’ordre accoururent et se rendirent compte que le fauteur de troubles se nommait Gabn, présent du reste sur le lieu du crime irrationnel. Alors que lesdits agents s’apprêtaient à se saisir de l’homme mystique, celui-ci les regarda d’un œil très mauvais et les menaça de pires tourments s’ils osaient l’emmener au TLM le plus proche. Connaissant parfaitement Gabn – car il n’en était pas à son premier forfait ésotérique – les policiers fermèrent les yeux pour cette fois, d’autant plus que le pauvre Constantin n’avait pas de famille…

