Le « poil » bleui à jamais

Le 16 octobre est  jour de rentrée dans toutes les universités d’Imaginos. Le Campus de Préhistorvilles ne pouvait faillir à sa réputation en dérogeant à cette date en ce lundi-là de l'année de 2000. C'est confiants que les nouveaux étudiants se rendaient dans leur auditoire respectif. Confiants et sûrs d'eux-mêmes, car le bizutage, depuis 1996, est formellement interdit. C'est qu’à cette année, un pauvre garçon asthmatique a subi la torture de se retrouver la tête dans une cuve de W.C. pendants 30 minutes. Il en est mort, vous le devinerez aisément. Les auteurs du crime se virent dans obligation de porter menottes aux poignets, travaux forcés à l’appui.

Oui, le bizutage est théoriquement aboli, mais, en réalité, il y a des groupuscules de jeunes malintentionnés qui se disent « conservateurs », prêts à saisir la moindre occasion de distraction de la part d’espions placés un peu partout sous ordre du recteur.

Elvin Atufam comptait parmi les récalcitrants les plus endurcis. En période de « bleusaille », il pouvait tomber malade s’il faisait un jour sans rendre la vie infernale aux nouvelles recrues. Elvin bizutait au moins vingt fois en vingt-quatre heures ! C'était sa raison d'exister. Il se proclamait « Hitler » en la matière en se bombant la poitrine.

Il ne s'imaginait pas qu'un jour, son petit règne de pacotille prendrait fin définitivement ce lundi 16 octobre 2000 et de la façon la plus humiliante. « Comment donc ? », s'interrogeront les lecteurs. Lisez sans sauter et vous comprendrez...

Seize heures trente. Les cours en ce premier jour étaient terminés depuis déjà 12 heures. Atufam a exposé ses talents à la perfection. Certes, depuis huit heures du matin, il a jeté forces nouveaux à la piscine, transformé en perroquets plusieurs. Il n'a pas manqué de décorer à sa manière des visages de toutes formes. À cause de lui, d'autres ont stoïquement enduré des traitements assez inhumains.

Toutefois notre garçon n’était pas satisfait. Il voulait, selon ses dires, « finir sa journée en beauté ». Il décida d'entreprendre quelque chose qui, malheureusement pour lui, tourna au désastre suprême.

Elvin flânait de faculté en faculté lorsqu’il fut attiré par une superbe créature docilement assise au pied d'une statue de marbre à côté du Département de Physique. Il s'agissait, selon toute apparence, d’une fille de 18 ans qui lisait tranquillement une brochure. Son teint d’ébène avait tout de plus naturel. Sa chevelure en mèches fines encadrait une des ses faces qu'on n’oublie pas, d’une éclatante beauté, un visage innocent. Elle portait un complet style boubou terminant en jupe assez juste. Une forte poitrine et un postérieur de rêve se dessinaient dans ce complet. Les jambes bien sculptées de la demoiselle étaient fourrées dans des bottes à mi-jambe de couleur noire.

Une telle vision fit littéralement baver Atufam ! En deux, trois secondes, il fomenta un plan abject. Presque en courant, il regagna le home 6, son fief. De là, il mis à nu ses sombres pensées devant ses compagnons de lutte, des fumeurs de chanvre de triste renommée au Campus : Herbert, Alob et Junama-la-Tronçonneuse. Elvin proposait une espèce de débauche sexuelle à ses potes, dans laquelle il abuserait abondamment de la meuf qu’il a croisée à la Fac des Sciences. Ainsi, non seulement il finirait son bizutage excellemment, mais bien plus, il le finirait satisfait au plus haut point ! « D'une pierre, deux coups ! », s'esclaffait-il…

Quelques instants plus tard, nos quatre gaillards, tout pleins de mauvais désirs, se dirigeaient vers la fameuse statue où se tenait la fille « canonissime ». En moins de temps qui n'en faut pour le dire, ils encerclent la créature et se mirent à lui faire leurs avances. Notre jolie demoiselle ne pouvait que protester. C'est alors qu’à bout de patience (et d'arguments), Mister Elvin s'empara de la meuf d’une façon peu orthodoxe et l'emporta dans sa chambre de home. C'était sa chance, car les espions ne virent que du feu, tellement la chose était habilement exécutée. D'ailleurs, la fille se trouvait bâillonnée et solidement immobilisée par des bras vigoureux.

La suite, elle est facile à imaginer. Mademoiselle fut lancée sans ménagement sur le lit d’Atufam, puis sauvagement déshabillée. Elle a beau se débattre, beau hurler, ce n’était pas elle qui maîtrisait la situation. Évidemment, « Hitler » inaugura la partouze. Il se déshabilla à son tour est se mis à sauter la fille comme un chien, sous les cris d'encouragement de ses amis licencieux. Mademoiselle était encore pucelle, au grand plaisir d’Elvin, le dernier de sa carrière...

Atufam était sur le point de jouir quand survint un fait aussi mystérieuse qu’horrible. La fille ouvrit grand les yeux, comme prise d'un soudain étonnement, et regarda fixement le violeur. Tout d'un coup, celui-ci poussa un cri strident, de toute évidence un cri de douleur insupportable. Sa voix se tut aussi subitement qu’elle avait fusé du gosier, mais le visage conservait les traits nets et incontestables d'une grande souffrance.

Les amis d’Atufam cessèrent de parler et s’approchèrent de leur pote. Quelle effroyable surprise que de découvrir une mare de sang sous le drap ! Alob tenta de le tirer complètement. Ce qu’il constata lui arracha un hurlement de terreur : le sexe d'Elvin était tranché par des lames invisibles ! Lui et la fille semblaient inconscients. Le sang coulait à flot.

Les trois compagnons de l’infortune Atufam désormais six pieds sous terre prirent la poudre d’escampette en emplissant tout le home 6 de leurs cris où se mêlaient la peur panique et autre chose, peut-être un début de folie. Tout le monde fut alerté. On essaya tant bien que mal de questionner les gars. Ces derniers, pour seule réponse, indiquaient la chambre du feu Elvin. Les gens furent témoins du triste spectacle. À présent, tout le lit était trempé. Mais, comble de l'étrange, la meuf avait disparu sans laisser de traces ! ! Herbert, en sanglots, baragouina un semblant d'explication en racontant de façon confuse leurs frasques et ce qui advint.

Quelques minutes tard, tout le Campus fut bouclé. On chercha désespérément notre créature, sans succès aucun. L’être féminin s’était volatilisé. Une chose demeure certaine : il ne pouvait s'agir d’un être humain...

Alob, après cet inoubliable événement, se retrouva le lendemain dans l'asile d’à côté. Herbert, quant à lui, quitta définitivement le Campus, un choc dans le mental, sans cependant perte de ses facultés. Juna-la-Tronçonneuse entretint une telle blessure qu’il en devint stérile pour toujours.

Cette année académique 2001-2002, je ne crois pas que le bizutage fasse peur même à une mouche agonisante au Campus de Préhistorvilles.

À un éventuel « poil »,  je souhaite bon courage et... infinie prudence !