IL TOMBE DES HOMMES, MA PAROLE !

M

alether, ce lieu à sortilèges, connaît décidément des faits de toutes natures. Alors que d’ordinaire, le commun des mortels ne voit pas tomber des nues autre chose que de l’eau, les habitants de Préhistorvilles, de temps à autre, bien malgré eux, aperçoivent des êtres humains faire des « crashes ». De tels accidents se produisent de jour comme de nuit, mais très fréquemment de nuit. Les rescapés allèguent soit la « panne de carburant », soit une cause provoquée à partir du sol. Mais quoi qu’il en soit, un détail frappe même l’observateur le plus myope : les infortunés « voyageurs » sont toujours en tenue d’Adam…

Je vais ci-dessous vous relater quatre anecdotes assez récentes de chutes d’êtres humains. Les deux premières signalent des cas survenus suite à un « bug » malheureux. Les deux dernières s’intéressent aux chutes provoquées.

1.   Affaire dite de « la mère d’Ogodom »

Ogodom est la place marchande la plus fréquentée de Malether. Jusque tard la nuit, elle accueille tant des acheteurs cousus d’argent que des badauds pauvres comme Job. Le jour décline ce 22/9/2003 et le ciel est d’un bleu superbe. Mais ce lundi soir, le ciel azur est brièvement traversé par une lumière suivie d’un craquement sec. La foule, estomaquée, a les yeux rivés au-dessus de sa tête. Ça ne peut être un éclair, car aucun cirrus ni cumulus ne traversent le firmament.

Dans les secondes qui suivent le flash lumineux, un bruit sourd se fait entendre sur le toit du pavillon 11. La foule a vu de ses yeux vus une femme apparaître du néant en plein air et accomplir une chute libre. Vu le choc, elle n’a pas pu survivre, le thorax fracassé, ainsi que quelques côtes. De plus, les bras et les jambes faisaient un angle anormal.

La police ne tarde pas à se pointer. Elle est témoin du triste spectacle lorsqu’elle parvient à gagner le sommet du pavillon 11. Une ambulance est vite dépêchée et l’autopsie décèle moult fractures qui ôteraient la vie même à un zombie. Plus tard, la « voleuse » est identifiée. De son vivant, ce fut une sorcière notoirement connue qui usait de ses tours occultes au village Ednem, à

73 km

au Nord de Préhisto. On dit d’elle qu’elle aurait « mangé » à satiété pas mal d’individus dans leur sommeil ou en leur provoquant quelque maladie. Sa mort serait causée par une « panne sèche », entendez par là un manque de sang humain, ce dernier assurant, semble-t-il, la locomotion aérienne de pareils personnages !

Les TLM ([1]) n’ont pas eu besoin d’accomplir leur noble mission, la justice divine s’en étant convenablement chargée.

2.   Affaire Valère Atonik

René Alub et Justine Unvana se délectent, en amoureux, d’un film érotique ce 2/1/2004 aux environs de minuit trente. Le long-métrage atteint son paroxysme lorsqu’un sifflement aigu se fait entendre, augmentant d’intensité. Subitement, la toiture et le plafond laissent tomber de gros débris sur la table du salon, juste devant la télé. Quelques secondes après, sous un vacarme terrible et bref, un corps nu choit lourdement sur ladite table qui se brise en mille morceaux.

René et Justine se regardent, étonnés à l’extrême et doutant un instant de leur état mental. Justine est la première à retrouver ses esprits. De tout le souffle de ses poumons, elle hurle au sorcier.

Les voisins ne tardent pas à se précipiter chez notre couple. Bientôt, le malheureux visiteur nocturne, déjà bien mal en point, subit une sérieuse correction. Les coups sont si répétés que le pauvre mec défèque une belle diarrhée brunâtre sur place. Ils ne cessent que lorsque la fille aînée du couple, prise de pitié, implore en pleurant que tout stoppe.

Je ne sais pas si c’est par miracle ou par pure diablerie que le sorcier survit encore. Toujours est-il que les forces de l’ordre s’emparent de l’individu en vue de son jugement irrationnel au TLM le plus proche. Ledit individu se nomme Valère Atonik, un apprenti occultiste qui vit à

10 km

de son lieu de capture.

3.   Feu follet humain

Cédric Fakra adore les émissions du grand chroniqueur du paranormal, Zéphyrin Amanyvor. Il décide d’expérimenter cette soirée du 14/5/2002 un tour semi-magique dont il a pris connaissance à la radio. Il se rend en solitaire dans l’épaisse brousse qui environne le Campus de Préhistorvilles. Il est presque 21 heures. Aux dires du chroniqueur, lors des nuits étoilées du mois de mai, en des lieux assez reculés, des espèces de boules de feu de la taille d’un ballon de foot sillonnent furtivement l’espace aérien. En réalité, il ne s’agit pas de boules de feu, mais… d’êtres humains ! Et il est un moyen qui permet de s’en rendre compte…

Cédric aperçoit la première formation lumineuse après seulement cinq minutes d’attente. Le feu en mouvement est loin d’être fugitif. En effet, il évolue très lentement et à basse altitude. Juste quand la chose survole sa tête, l’étudiant se met à se déshabiller. En deux, trois mouvements, le voilà nu comme un ver.

La boule de feu s’immobilise subitement et semble vibrer en produisant un lourd bourdonnement. Il ne se passe pas trente secondes qu’elle explose avec grand fracas sous une gerbe de lumière. Alors que Cédric, émerveillé, a encore les yeux rivés vers le ciel, une forme en déroute semble se glisser paresseusement sur les feuilles mortes. L’étudiant se retourne, quelque peu surpris.

Un mec bâti se traîne discrètement en se dirigeant vers les arbres tout proches. Cédric a le temps de lui demander de s’arrêter, ce qu’il fait sans la moindre opposition. La scène qui suit est digne d’un conte de fées à

la Préhsitorvilloise. En

effet, le mec tombé du ciel s’agenouille aux pieds du garçon, le suppliant de lui épargner la vie. En contrepartie, Cédric a le loisir de lui demander n’importe quel bien en nature qui lui sera accordé aussitôt.

Notre étudiant exulte. Ce que le chroniqueur Zéphyrin narrait n’était pas des fables. Cédric ne se fit pas prier. Il exigea du sorcier faux feu follet un lingot d’or de 30 kilos !! Aux dires du garçon, avant que le sorcier ne disparaisse dans la nature, il précisa où était enfouie la masse de métal jaune… et l’or s’y trouvait bel et bien !

À ce jour, Cédric a coupé court avec

la Fac.

À 26 ans, il est un homme d’affaires accompli, vivant de ses actions placées par-ci par-là et… de son lingot ! Comme on dit communément, « chacun sa chance »…

4.   Chute d’hommes sectorielle

Eugène Alikh est un jeune instituteur célibataire d’une très grande ferveur. Cette nuit noire du 9/1/2001 à deux heures du mat, notre homme décide de faire une intense prière d’intercession. Non content d’invoquer

la Sainte Vierge

et une kyrielle de saints et d’archanges, Eugène précise dans sa prière l’étendue géographique sur laquelle elle prendra pleinement effet. Il s’agit de tout le quartier Ignele, de la bourgade d’Adhima, à sept kilomètres au Sud-Est de Malether. C’est le quartier même où réside Eugène.

Durant presque deux heures, l’instituteur prie ave ardeur. Dans la concentration, il n’a pas le loisir d’entendre des corps tomber parfois d’assez haut. En tout et pour tout, dix-sept personnes en plein vol nocturne ont subi de sérieux pépins de navigation aérienne. Dieu merci, aucun des accidentés n’a perdu la vie. Toutefois, tous ont été retrouvés au petit matin, qui au sol, qui sur un toit, excepté les plus expérimentés dans les tours sorciers, qui se sont éclipsés avant que le soleil se lève. D’autres même l’ont fait immédiatement après leur chute. Les moins rodés dans l’ésotérisme ont écopé de sérieuses bastonnades. Plusieurs ont rejoint les parquets. Parmi eux, certains ont été relaxés, d’autres ont été jetés en tôle.


[1] TLM = Tribunaux des Litiges Mystiques, tribunaux spéciaux installés à Fibreux (la province où se situe Préhistorvilles), en vue de juger et de condamner les « malfrats irrationnels ».