ÉTRANGETÉS NOCTURNES À NELK-ZIB-KANTUR

À moins de 15 km au Sud de Malether, pas très loin de l’Aéroport Topaze, se situe un presque lieu-dit au nom compliqué de Nelk-Zib-Kantur. Rien que le nom de ce groupement de moins de 700 âmes est en lui-même un total mystère. C’est qu’aucun linguiste n’a pu déterminer de manière certaine l’origine de cette graphie qui est loin d’être tombolienne ou fibreuse. Au fait, Nelk-Zib-Kantur semble un lieu prédestiné aux forces paranormales les plus diverses, allant de la sorcellerie la moins sournoise aux énergies moins avouables… Les radiesthésistes, les prêtres, les médiums et autres spécialistes du spirituel ont depuis fort longtemps senti comme des ondes peu positives au sein du lieu-dit et de ses alentours immédiats.

1.  Appareils dysfonctionnant inexplicablement

Alors que Préhistorvilles et sa banlieue sont alimentés en électricité hydroélectrique fournie par le barrage Culex sur la rivière Stégonia, Nelk-Zib-Kantur ne jure que sur les panneaux solaires et les groupes électrogènes. En effet, la SEI (Société Électro-Imaginienne) a constaté, à ses dépens, que depuis des lustres, aucun transformateur de moyenne tension ne tenait le coup plus de deux semaines. Une surcharge extraordinaire survenait toujours nuitamment avec une énorme explosion qui réduisait les bobines et la carcasse en une masse informe et fumante.

On a au départ cru que la station relais d’Anquoxa, à 102 km de là, était à la base de ces accidents. Mais celle-ci, en réalité, assure un courant stable et sans surtension notable. Les coups de foudre furent à leur tour incriminés. On remarqua cependant que dans 90 % des cas d’endommagement des transfos se déclaraient sans aucun orage ni éclair à 50 km à la ronde et sans qu’aucun disjoncteur dans ce rayon (et même plus loin) n’ait lâché.

Il survient toutefois un phénomène assez intrigant certaines nuits vers le centre du lieu-dit et souvent après deux heures du matin : les boussoles se détraquent et l’aiguille indique des positons aléatoires, à faire pâlir de jalousie Jack Sparrow des Pirates des Caraïbes. Il arrive même que les téléphones portables se déchargent sans explication logique et que le réseau cesse d’émettre et de recevoir.

Mais il y a plus étrange encore…

Il est courant de voir des appareils électriques s’éteindre, voire s’allumer d’eux-mêmes durant les perturbations magnétiques ! Plusieurs témoins stupéfaits ont, comble du bizarre, déjà observé et filmé des moteurs démarrer sans intervention humaine !!! Plus extraordinaire encore : certaines radios et quelques téléviseurs, pourtant débranchés de la prise, ont été retrouvés le matin en parfait état de marche !! Ce dernier cas s’avère aussi inquiétant qu’heureusement rare et personne n’a encore réussi à enregistrer la scène de l’allumage d’un appareil.

Tout cela n’est cependant pas grand-chose comparé à ce que les habitants vivent dans leur chair et dans leur être à Nelk-Zib-Kantur…

2.  Voyages lointains hors du corps

Quiconque, ne fût-ce que durant un mois, passe nuit à Nelk-Zib-Kantur sur un bon lit sera investi d’un drôle et profond sommeil qui l’emmènera dans des états de conscience quelque peu hors du commun et fortement altérés, différents de ceux d’un somme ordinaire. Les sensations paraissent en effet décuplées et les cauchemars plus vrais que nature ! Il est même véritablement des projections de l’esprit vers des lieux situés à plusieurs milliers de kilomètres du lieu-dit ! Ainsi, Hubert Inaluf, médium notoire, s’est plusieurs fois vu présent aux théâtres de certains événements, parfois dramatiques, sans que son corps physique ne se déplace de son lit douillet. Le même Hubert a moult fois décrit avec force détails des accidents advenus à Moltouvilles, plus de 3 000 km plus au Nord.

D’autres témoignages, relatent du reste des choses bien plus mystérieuses : des voyages dans une autre époque de l’Histoire avec, au passage, apprentissage d’une langue jamais apprise ni lue dans un quelconque manuel ; voire, ce qui est carrément fantasmagorique, voyage dans un autre monde pour ne pas dire dans une autre planète ou dans une autre dimension !!! À titre illustratif, Benson Rimakuzin, humble maçon à Préhistorvilles résidant à Nelk-Zib-Kantur, affirme avoir appris une langue proche du vieil olivâtre[1] parlée il y au moins 40 000 ans à plus de 8 000 km de là ! Réincarnation ? Voyages temporels ? Nul ne sait vraiment…

Il suffit en général de quitter le lieu-dit pour que les manifestations paranormales cessent de fait.

Que l’esprit sorte un moment du corps histoire de se balader, passe encore. Alors que dire de ceux-là qui se trimballent corps et âme dans un état inconscient, comme on va le voir tout de suite ?

3.  Somnambulisme sui generis

L’année 1999 a été mémorable pour Gad Miradorez. Tout a débuté un certain 23 février vers 14 h, en plein boulot. Notre comptable fut brusquement pris de somnolences devant son ordi, suivi quelques instants plus tard d’un somnambulisme surprenant : Gad pouvait quitter son bureau et se retrouver deux kilomètres plus loin sans savoir comment il a atterri là ! Depuis lors, environ deux nuits sur trois, le comptable quittait sa chambre en pyjama rayé et ne se réveillait de son hébétude parfois qu’au petit matin, à des lieues de sa maison ! Et tout naturellement, le bougre n’avait jamais souvenance de ses nocturnes escapades…

Craignant non sans raison que l’état mental de sa moitié se dégradait, l’épouse de Gad loua les services des psys et des spécialistes du cerveau malade. Aucune pathologie, que ce soit par tests ou sur clichés, ne fut décelée. Madame fit alors appel à des exorcistes émérites, aspergea fréquemment la chambre à coucher et toute la demeure de sel et d’eau bénite. Son indécrottable mari ne revenait à lui qu’après avoir reçu quelques grosses baffes. Finalement, à bout de nerfs, notre femme décida de fermer soigneusement la porte de la chambre dès que son mec s’endormirait et de garder la clef seule là où elle savait. Comble de l’étrangeté, il arrivait, malgré toutes ces sages précautions, que Madame se réveillât brusquement la nuit son homme déjà parti en vadrouille ! Et ce, SVP, la porte de la chambre toujours fermée à clé et la clé toujours dans sa secrète cachette !! Gad Miradorez se volatiliserait-il ?

L’épouse du fugueur nocturne n’eut pas à chercher la réponse à cette question embarrassante. De commun accord avec l’homme de sa vie, elle jugea bon changer d’endroit et s’installer à Malether. Bien en prit au couple car, depuis, Gad recouvrit une pétillante santé mentale et ne sort désormais la nuit qu’accompagné de sa femme… pour un dîner aux chandelles ou lors d’une réception !

Ce comportement décrit supra, insolite s’il en est, dura presque six mois. Les manifestations dont je vous parlerai dans les lignes qui suivent ne firent que quatre semaines. Celui qui les subit, cependant, vécut un complet calvaire qui sembla durer une éternité…

4.  Mutilations énigmatiques

Nous sommes le 15 août 2006. Monsieur RS (dont je masquerai l’identité par souci d’anonymat évident) venait d’aménager, avec son cousin, dans une vaste concession en plein cœur de Nelk-Zib-Kantur. Une merveille de l’architecture à un prix ridiculement bas. Ce simple fait devrait mettre la puce à l’oreille de notre acheteur. Celui-ci se dit plutôt qu’il avait juste eu de la baraka. En réalité, RS ne pouvait pas plus mal tomber que de s’être décidé de vivre dans la spacieuse maison…

Cette nuit même où il venait de s’installer, son repos fut troublé par l’impression persistante d’une présence qui l’observait dans sa chambre qu’il occupait pourtant seul. Le lendemain aux mêmes heures, il avait le net sentiment que quelqu’un ou quelque chose palpait ses jambes sous son drap. Peu après, il sentit comme un lourd poids sur sa poitrine, ce qui fit sursauter notre jeune homme. Mais c’est la nuit suivante qui apporta son lot de frayeur.

Vers minuit, RS entra dans un état voisin de ce que les psychologues appellent « paralysie du sommeil » : notre gars ne savait plus si ce qu’il voyait et éprouvait était un rêve ou la réalité. Toujours est-il que dans la pénombre de la chambre, encore une fois du côté de la porte, il remarqua avec effroi deux petits yeux rouge sang fort brillants qui le fixaient méchamment. RS cria, mais aucun son ne jaillit de sa gorge. C’est alors que la créature sortit complètement de son coin et se jeta sauvagement sur le pauvre homme en le griffant violemment sur le torse et sur son bras gauche. Ladite créature avait l’apparence d’un nain difforme aux membres grêles et au cou assez court. Son teint était blanc, tirant sur le vert, et sa peau paraissait couverte d’une espèce de fourrure.

RS se débattit en hurlant comme un écorché. Rapido, son cousin accourut dans sa chambre et vit son compagnon en profond état de choc. L’être malfaisant s’était éclipsé.

Les blessures furent soignées sans problème, mais les cicatrices perdurent jusqu’aujourd’hui et évoquent des cautérisations au fer rouge ! RS, depuis cette traumatisante expérience, prit le parti de dormir avec son cousin. Durant presque trois semaines qu’ils partageaient le même lit, rien ne se produisit. Un beau soir, néanmoins, RS informa son compagnon qu’il retournerait dans sa chambre. Il disait vaincre ses craintes et ses positions étaient confortées par l’achat récent d’un caméscope sophistiqué de surveillance qui pouvait enregistrer 12 h d’affilée sur un disque dur miniature intégré de 80 Go. De surcroit, RS roupillerait la lampe allumée.

Toujours aux alentours de minuit, RS se réveilla brusquement, en proie à une peur panique. Ses membres semblaient paralysés et il était couché sur son ventre. RS entendit peu après comme des rires méphistophéliques et chuintants toujours du côté de la porte, mais il était incapable de se retourner. C’est alors qu’il sentit quelque chose pénétrer douloureusement dans son anus. Notre jeune homme poussa un cri strident qui amena de nouveau illico son cousin dans la pièce. Ce dernier vit RS en larmes, hurlant qu’on venait de le sodomiser. Le cousin s’imaginait tout d’abord que RS avait cauchemardé. Quelle ne fut toutefois sa surprise de trouver sur les draps des traces de sperme, précisément du côté où RS avait placé ses jambes !

Les séquences filmées furent minutieusement examinées. Elles ne montrèrent aucune créature, mais laissèrent parfaitement entendre des rires cyniques et inhumains. Par ailleurs, les draps s’agitaient de façon étrange, comme si au moins deux personnes bougeaient sur le lit.

Des échantillons de semence et une copie du film numérique furent expédiés à un labo de criminologie à Toutouvilles. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, nonobstant les demandes répétées des deux gars, aucun résultat n’a été révélé ! Si l’explication des phénomènes troublants s’avérait limpide, elle aurait depuis longtemps été fournie. C’est qu’il y a anguille sous roche…

RS et son cousin, quant à eux, ont déménagé la semaine même des dernières manifestations et se sont fait rembourser le prix de la demeure.

Cette aventure que nous avons rapportée, inoubliable si on l’a vécue, est cependant moins incroyable que ce qui vient infra…

5.  Grossesse et avortement ex-nihilo

Éliane Uvamash, jeune fille de 17 ans bénie des dieux, au corps de rêve et bien roulée, n’a jamais cédé aux pulsions de ce dernier. En effet, à Nelk-Zib-Kantur, en général, les mœurs sont très correctes et des filles vertueuses, il y en a un bon nombre. Les garçons également ne forniquent pas dans ce lieu-dit. Et Éliane n’est pas différente de son entourage. Plus d’un disent même que sa gentillesse et son franc-parler associés à sa pureté d’âme font d’elle une fille exceptionnelle d’innocence.

Seulement voilà : le matin du 6 mai 2002, Mademoiselle est retrouvée complètement à poil sur le canapé du salon, dormant à poings fermés ! Éliane est brutalement réveillée, sous un tonnerre de gifles que lui administrent sa mère scandalisée et son père indigné. Entre deux claques, la gamine s’évertue à sangloter qu’elle ignore comment elle a pu quitter sa chambre si fort peu vêtue. On lui pardonne ce fâcheux égarement avec toute la peine du monde.

Environ deux mois plus tard, Mademoiselle est surprise en train de rendre et de cracher inhabituellement. Les signes typiques d’une grossesse, quoi… Des examens sont passés et effectivement, Éliane attend un bébé !

Consternation totale chez les Uvamash. Qui donc est le fils de pute qui a engrossé leur enfant chérie ? Éliane jure sur la tête de ses défunts aïeux qu’elle n’a pas connu d’hommes de toute sa vie. On lui rétorque sur-le-champ que le coup de la Sainte Vierge, pour cette fois, c’est raté ! Mademoiselle est menacée de quitter définitivement le toit familial si elle ne dénonce pas l’auteur de la vie qu’elle porte en elle. Et Mademoiselle se tue à dire qu’elle ne le connaît ni d’Adam ni d’Ève. Finalement, les parents trouvent un compromis : ils résolvent d’interdire à Éliane toute sortie au-delà de 14 h et de fermer  la porte de la chambre de Mademoiselle à double tour dès qu’elle irait dormir.

Toutes ces mesures draconiennes n’empêchent guère le déroulement d’une autre bizarrerie.

Un autre beau matin, presque cinq mois après les premiers signes de son état gravide, Mademoiselle informe ses parents que son bébé… a disparu !!! Le ventre naguère bombé d’Éliane a pris un volume normal. La fille n’a sûrement pas avorté : par où serait-elle sortie pour exécuter ce crime ? De plus, les lits et les alentours sont minutieusement vérifiés : pas plus de sang que d’huile de palme dans un moteur à essence ! Mieux : les examens gynécologiques ne décèlent aucun indice qui pourrait laisser penser à un retrait de fœtus de fraîche date. Même la taille du col utérin a de quoi abasourdir : pareil à celui d’une fille vierge !

Les parents ainsi qu’Éliane croient au miracle divin. Notre candide enfant, qui se sent brusquement emplie d’une vocation religieuse, est envoyée à un couvent de sœurs à Mollovilles. Et les choses s’en tiennent là, sans qu’on recherche une moindre explication…


[1] Langue des anciens Imprenables, peuple à la peau olive légèrement basanée ayant vécu à l’Ouest d’Imaginos et qui compte de nos jours de nombreux représentants dans tout le mini-monde.