Musique nuisible préhistorvilloise

La musique adoucit les mœurs, à ce qu’il paraît. Pas si sûr à Imaginos, surtout dans la région de Fibreux, précisément à Malether, où nombre d’artistes musiciens et interprètes recourent à des stratagèmes peu conventionnels pour booster la vente de leurs œuvres ou, pire, nuire intentionnellement à leurs auditeurs. Un service spécial rattaché aux Tribunaux des Litiges Mystiques (TLM) a même été créé en 1992 en vue de réduire la circulation et la diffusion des chansons « chargées » de manière occulte ou subliminale. Ledit service se nomme Commission de Censure Fibreuse des Musiques Occultes et Dangereuses, CCFMOD en sigle. Ladite commission dispose de tous les pouvoirs d’interdire, sous peine de sanctions pénales pouvant aller jusqu’à une peine de servitude pénale de 40 ans, l’écoute publique, la vente et la diffusion d’une œuvre avérée et réputée néfaste sur le plan ésotérique et physique. Sur toute l’étendue de la région de Fibreux, les prérogatives de la CCFMOD sont quasi-illimitées, du moment que cette dernière frappe fréquemment de tabou même les œuvres produites ailleurs qu’à Fibreux ! Et elle fait réellement son boulot : selon les statistiques, pas moins d’une cinquantaine de chansons sont retirées des bacs ou des ordis chaque année.

À titre purement exemplatif, je vous cite le cas des dix œuvres musicales qui ont fait la une de la presse à scandales préhistorvilloise, voire imaginienne, et qui furent avec raison éjectées des circuits économique, radiophonique et télévisuel.

1)      Myrmécopha, du groupe Insekticid (1983) : ce rock sans clip a l’horrible propriété de créer, s’il est écouté à volume élevé, des picotements intenses dans la tête, suivi de convulsions et parfois… de mort. Interdite depuis 1992. Le producteur et le compositeur purgent 18 ans de tôle à la prison de Zotrabol.

2)    Déverbillons, de Basile Asafob (1999) : peu avare en images subliminales saccadées, le clip de cette chanson techno sans paroles aux aigues fort perçantes et au tempo de 524 BPM est susceptible de donner des cauchemars on ne peut plus désagréables à ceux-là qui l’ont suivi même en partie ! En revanche, l’audio de cette œuvre semble totalement inoffensif. Déverbillons ne fut pas totalement retirée de la circulation : la version radio demeure. Les auteurs ont par ailleurs juste payé une amende de 500 I aux victimes morales.

3)     Zendarghum sensitivae, d’Ischeo Y’Trabom (2008) : musique méditative venue tout droit de la région de Lourd et des entrailles de l’Enfer, d’une durée de 12 : 51, elle agit exactement comme le sirop d’ipéca sur les sujets de plus de 15 ans. Sauf qu’ici, nausées et vomissements peuvent durer cinq jours et l’on peut dégueuler 15 fois la journée ! Aucun décès n’a été enregistré, mais on a signalé des cas d’hémorragie gastrique. Là encore, outre l’interdiction de l’œuvre, des dommages-intérêts furent payés par la maison de disque et l’auteur, solidairement responsables : pas moins de 5 000 I…

4)    Foutons un gros bordel, d’Urban Akombin (1994) : quiconque écoute ce rap au texte très explicite est soudain pris de violents accès de colère. Si en plus le clip est visualisé du début à la fin, la colère cède la place à une rage bouillante et fulminante. L’opus fumeux dont question fut à la base d’une série d’émeutes dans tout Imaginos durant la période 1995-1997, émeutes qui s’achevèrent par un bain de sang généralisé. Les OMP des TLM parvinrent à se saisir de la personne d’Urban qui purge méritoirement à cet instant ses 31 ans et cinq mois.

5)     Psychédéliquement vôtre, de Tristan Bouddh (1999) : alors que la version radio de cette house ne donne au pire que de vagues céphalées (à cause peut-être du rythme endiablé qui domine), le clip, en revanche, composé d’images indescriptibles, s’avère extrêmement dangereux, car il peut pousser au suicide ! La chanson mortifère de ce chanteur préhistorvillois sataniste de son état a soustrait de la vie, entre autres, un groupe de 14 adolescents qui se sont coupé les veines ou défenestrés, lors d’une boom-party. L’album de Tristan Bouddh fut retiré du marché et des stations courant 2000. Mais l’individu court toujours, introuvable. Une rançon de 1 300 I est promise à celui qui mettra la main sur lui.

6)     Abmudnikology, Ecstasy, de l’orchestre Anibam Starr (1987) : surnommée à juste titre « Viagra auditif », cette longue chanson de 15 : 41 a le drôle de don de décupler les pulsions sexuelles dès l’écoute des trois premières minutes ! Certains viols et moult fornications ont été engendrés à travers toute la région de Fibreux par cette suite de paillardises heureusement dépourvue de clip. Vu cependant la prescription ésotérique de l’action publique, aucun TLM ne condamna les musiciens. Il ne fut décidé que l’interdiction de leurs œuvres. Quoique, aux dires de beaucoup, les CD circulent toujours sous le manteau, très prisés des partenaires en panne de désir…

7)     Call me, call me, call me, damn!, de la comédie musicale Strange Behaviors (2007) : cette sulfureuse troupe résidant dans la région de Gluant a ici produit quelque chose de bouleversant, une chanson d’environ six minutes dont le titre est répété continuellement comme une espèce de mantra. Aux dires de plus d’un auditeur, la nuit même du jour où l’on écoute cette œuvre, alors qu’on dort, on entend distinctement quelqu’un appeler par le nom qu’on porte. Et ce, à tant de reprises qu’on ne manque guère de se réveiller plusieurs fois en sursaut et en sueur ! Hallucination ou envoûtement ? Toujours est-il que le phénomène peut perdurer des semaines, voire des mois entiers, occasionnant de facto de sérieux troubles du sommeil. Après retrait de l’opus du circuit économique, télévisuel et radiophonique, les Strange Behaviors durent payer aux victimes morales pas moins de 10 000 I !

8)    P… de…, d’Angal Ndenghala et de Tina Ilobayy (2003) : cette chanson a été doublement frappée d’interdiction : par la Commission Imaginienne de Censure et par la CCFMOD. En effet, ce duo produit en 4 : 21 un flot d’obscénités verbales et visuelles, accentuées par la tenue fort sexy de Tina, presque à demi-nue. De manière peu explicable, après audition de cette chanson, on se met à débiter des grossièretés en des proportions anormalement élevées, quel que soit l’âge qu’on a ! Seul un psy aguerri ou un hypnothérapeute compétent peut débarrasser la victime de cet état pas trop plaisant. Bien entendu, l’opus fut retiré des discothèques et des chaînes moins de trois semaines après sa sortie. Angal Ndenghala, son indigne auteur-compositeur, accusé d’envoûtement créant injure et d’outrage public aux mœurs, a purgé 15 mois d’emprisonnement et payé une amende de 700 I. Tina Ilobayy, la jeune fille pulpeuse avec qui il cracha toutes les insanités et qui arbora des positions et attitudes des plus licencieuses, écopa de 12 mois de tôle et de 300 I d’amende.

9)     Océans de larmes en fa mineur, de Plukh Baatabm (1975) : la tristesse de cette symphonie peut rendre dépressif ! Les âmes sensibles sombrent même dans la folie et on a déploré à travers tout Imaginos 22 cas de suicide… L’opus fut interdit en novembre 1995. Plukh, quant à lui, s’est tué en se logeant une balle dans le ciboulot.

10)          Amélie, mon monde-là, de Bobette Odaik (2005) : ce titre apparemment quelconque est l’anagramme de « Mon amie la démone », plus d’une personne avisée l’ont remarquée bien rapidement. Parmi lesdites personnes, dont la curiosité n’avait de pareil que leur imprudence, « juste pour voir », il y en a qui ont été tentés d’écouter la chanson à l’envers. Mal leur en prit : depuis lors, affirment-elles, une succession de malheurs jalonnent leur existence, allant des malchances les plus invraisemblables aux accidents mortels. Sentant les lourdes conséquences qu’ont entrainées ses actes mystico-musicaux, Bobette Odaik a préféré se réfugier à Boursufles, dans la région d’Amorphe, loin de toutes poursuites judiciaires ésotériques. Toutefois, son œuvre, elle, fut retirée de la circulation et des ondes en juillet 2006.