Près de la frontière Fibro-Gluante, à 650 km au Nord-Ouest de Malether, se situe le lieu-dit Dront. Entourée de grillages et surveillée par l’armée imaginienne, une petite cavité de 15 cm de diamètre s’enfonce dans le sol sablonneux du patelin. Sa profondeur est insondable, ce qui constitue le premier mystère de cette curiosité de la nature.

Mais il y a mieux : l’orifice s’avère être une espèce de source : il y jaillit une eau extrêmement pure, pas plus de deux fois l’année et durant pas plus de 10 minutes. Fait hautement irrationnel, de façon tout à fait imprévisible, le liquide aqueux ne se répand pas alentour. Il se contente plutôt de faire du surplace, à la manière d’une fontaine artificielle.

Seuls quelques individus triés sur le volet (pas plus de 50 à chaque fois) ont le droit de puiser à Ayim-ak-Dront. L’Armée imaginienne ne versant pas (du moins officiellement) dans le business, elle ne stocke guère (officiellement toujours) l’eau de cette source à des fins lucratives et la revend pas ipso facto contre espèces sonnantes et trébuchantes. Il est par conséquent, en toute période de l’année, toujours un groupuscule plus ou moins dense de personnes convaincues des vertus du liquide jaillissant, campant quasi-quotidiennement dans les parages en attendant le moment M. Et quand la Providence leur sourit, l’eau d’Ayim-ak-Dront est écoulée par eux au prix le plus fort, en violation de toutes les lois sur les marges bénéficiaires.

Une fois ayant entre les mains le récipient rempli, l’acheteur ou l’heureux possesseur dont la patience sur terrain a payé pourra remarquer que l’eau y contenue émet dans l’obscurité une légère fluorescence bleutée. Autant vous le dire tout de suite : aucune substance chimique ni aucun rayonnement connu ne sont responsables de cet intrigant phénomène. Un mystère de plus qui devrait alerter le quidam proprio. En effet, la substance que renferme le récipient est un couteau à double tranchant, porteur de malheur fatal et de chance inouïe, selon le côté de la lame où l’on se situe.

  1. Eau tueuse

Un proverbe alagnil résume parfaitement l’unique cause de décès (souvent dans des circonstances violentes et/ou inexpliquées) due à Ayim-ak-Dront : « Ok alem Ayim-ak-Dront, ook afuk ». Ce qui peut se traduire en français par : « Ne bois pas l’eau d’Ayim-ak-Dront, sous peine de mort ». Tout pur que soit ce liquide, il est vivement recommandé de n’en absorber aucune gorgée si l’on tient à ses jours. Voici cinq cas non limitatifs des victimes téméraires :

-         Le Docteur Wrangel Escortonovitch, écrasé par un piano tombé du 10e étage d’un immeuble qui en avait 30

-         Dypro Skinstained, Ministre du Tourisme de Coriace, emporté ad patres par une balle de golf qui se logea dans sa gueule alors qu’il ricanait on ne sait trop pourquoi et ce, loin de tout terrain où se pratique ce sport

-         Plectrude Nozokom, célèbre mannequin de la marque des cosmétiques Baryplatin, retrouvée par terre dans son luxueux salon, baignant dans une mare de sang sortant de ses orifices buccaux et nasaux

-         Belinda Aamik, PDG du groupe de presse préhistorvillois Nguma Found Out, en voyage d’affaires vers Solarvilles, disparut, sans laisser de traces, elle et son avion privé (qu’elle pilotait en solitaire), en plein désert des Tumuli

-         Kurt Monulatrox, artiste sculpteur sur glace, découvert (ironie du sort) dans une chambre froide à deux pas de chez lui. La thèse du suicide n’est pas à écarter, d’autant plus que le gars était maniacodépressif

  1. Eau à baraka

Détenir par devers soi ou dans son domicile, ou encore appliquer sur son corps (après mélange ou pas) Ayim-ak-Dront fait, a ce qu’il parait, le plus grand bonheur du concerné. Un dicton alagnil vieux comme Imaginos le confirme d’ailleurs : « Ikos ilemo Ayim-ak-Dront et, a ok azep ognemob ». Traduction littérale : « Tant que tu ne bois pas Ayim-ak-Dront, elle te donnera du succès ». Et les exemples ne manquent guère, parmi lesquels je cite cinq :

-         Yvonne Andragornio, en 2009, a gagné quatre fois au loto l’équivalent d’environ 9 000 000 I (45 000 000 de dollars obamiques !). Une partie d’Ayim-ak-Dront est gardée chez elle, une autre dans un coffre-fort et le reste emprisonné dans un petit pendentif qu’elle porte autour de son cou

-         Depuis que Chimène Ibmiva se trimballe avec l’eau de Dront dans son sac à main, elle prétend avoir échappé à un naufrage qui tua presque les ¾ des 370 passagers, pris plusieurs plats empoisonnés sans dommage pour son organisme, voire… être tombée d’une longue échelle sur la tête et s’en être sortie indemne. Des témoins sont là pour confirmer la véracité des faits

-         Dismas Flatronas est passé en sept mois de simple balayeur à Président du Conseil d’Administration d’une grande compagnie informatique d’Imaginos. Tant qu’Ayim-ak-Dront luit dans sa bague, les finances de l’entreprise se portent comme un charme : elle réalise en effet des bénéfices insolents…

-         Uriel Tranglonn ne tombe plus malade à dater du jour où il garde le liquide précieux de Dront chez lui dans plusieurs petits vases. Aucune affection, aucun malaise ne l’atteignent. Même ses blessures semblent guérir avec une miraculeuse rapidité. Quant a l’amputation ou au coup de balle dans la tête ou dans la poitrine, Uriel n’a jamais tenté l’expérience  

-         Raven Shrutignac affirme que sa peau, de la plante des pieds au cuir chevelu, pétille de fraicheur et de vitalité grâce à un bain quotidien a base de 10 litres d’eau du robinet et de six gouttes d’Ayim-ak-Dront. Son épiderme ressemble à celui d’une jouvencelle de 18 ans, alors qu’elle a plus de 65 ans printemps. Raven a failli maintes fois succomber à la tentation de gober quelques lampées du fameux liquide afin, selon elle, de retrouver définitivement la vigueur de sa jeunesse. Qu’elle ne cède, de peur de sombrer dans l’inertie éternelle du trépas…