LE DÉCÈS DU DÉPUTÉ NICÉPHORE AWWADAM ET SES SUITES

S’il est bien des individus dont le passage vers un monde meilleur a plus réjoui qu’affligé, le tristement célèbre politicien Nicéphore Awwadam devrait en être le chef. Tour à tour plombier, Ministre fibreux du Plan puis Député Régional (cherchez l’intrus), il a semé durant son cursus la malversation, les combines fumeuses, la confusion et la désolation. Des innocents, des orphelins, des veuves ont été privés de leurs droits, de leurs biens, de leur dignité, de leur souffle même. À l’Office Préhistorvillois de Vérification des Marchandises (OPVM), c’était la liesse générale lorsqu’on apprit que l’indigne Nicéphore venait de trépasser. On y improvisa d’ailleurs une réception ! Et pour cause : le parlementaire y a marqué fort négativement le personnel. L’histoire, aussi rocambolesque que sordide, est trop longue pour être racontée en ces lignes.

La mort même de Nicéphore Awwadam survint dans des circonstances trop honteuses pour être divulguées en public. Officiellement, une crise cardiaque l’emporta. La réalité n’est pas en fait si différente : le mec creva à la suite d’intenses ébats sexuels dans une chambre d’hôtel de Toutouvilles, avec comme partenaire de plaisir… l’une de ses nièces, une jeune fille de 22 ans ! Lorsque l’on connaît les tendances spirituelles de Nicéphore, on ne peut outre-mesure s’étonner. Notre politicien en effet, adeptes de pratiques diverses et variées plus ou moins satanistes, se comporta envers lui-même et surtout envers ses semblables de bien étrange manière… même après son dernier soupir.

Ce 12/12/2012 donc, Awwadam expira. Son partenaire de nièce prit la tangente. Elle est recherchée par la police dans toute la province de Coriace, du moment qu’on la soupçonne d’homicide. La chose n’est pas à exclure. C’est que la meuf a été initiée à des rites magiques sacrificiels depuis sa plus tendre enfance. Toutefois, là n’est pas la question. Il s’agit à présent de rapatrier la dépouille du député à Préhistorvilles, sa ville de résidence. Pour ce, tout un avion est apprêté à l’aéroport Topaze. Les membres de famille éplorés, une délégation parlementaire et d’autres proches plus ou moins proches de Nicéphore sont à bord de l’appareil qui vient de décoller ce 13/12/2012 à 9 h précises. Le temps à Malether est superbe. Cependant, 30 minutes de vol plus tard, le Prixon C473 se met à danser dangereusement la gigue. Le pilote n’y pige que dalle : pas de vent violent signalé ni de front nuageux en vue. Par ailleurs, les instruments n’indiquent absolument aucune défaillance technique. Le réservoir est plein. Pourtant, à chaque seconde qui passe, l’avion menace de s’écraser. Qu’est-ce donc à dire ? Tout aussi paniqué que le reste des passagers, le personnel navigant signale bientôt à la tour de contrôle de Préhistorvilles que le vol est annulé : l’avion rebrousse chemin. Curieusement, le trajet retour se déroule sans pépin ! Tout le monde est content de descendre et personne ne souhaite monter à bord de quelque engin volant avant longtemps. Même les moins superstitieux ont l’impression que Nicéphore ou des forces à sa solde veulent empêcher l’arrivée de certains individus à Toutouvilles. Unanimement, il est décidé, non plus de rapatrier le corps du député par avion, mais de le faire venir à Malether par route à l’aide d’un véhicule qui quittera Toutouvilles vers Préhistorvilles et non l’inverse.

Le corbillard luxueux, le cercueil en bois d’ébène, le cadavre à l’intérieur, les occupants en vie dudit corbillard y compris le chauffeur, s’évanouirent dans la nature quelque part le long du voyage ! Jusqu’au jour d’aujourd’hui, cette disparition n’a pas encore été élucidée, les services de l’ordre et des renseignements s’étant surtout illustrés par leur impuissance. Officiellement donc, nulles obsèques n’ont été organisées, ni aucun enterrement. Et fait insolite, aucun membre de famille du politicien ne réclama la dépouille de ce dernier, personne ne s’émut de ce qu’on ne l’ait jamais retrouvée, pas même l’épouse ou encore les enfants ! À croire qu’ils savaient ce qui s’était tramé.

Aux dires de rumeurs plus ou moins fondées et se recoupant assez bien, le corbillard emprunta un sentier perdu dans la savane des Imprenables, très loin de l’autoroute, en pleine brousse. Au milieu de nulle part, Nicéphore Awwadam fut inhumé selon un rituel à la fois compliqué et extrêmement hermétique. Assistèrent à ces sulfureuses cérémonies plusieurs poids lourds du monde occulte imaginien.

Le parlementaire mourut comme il a vécu : sous le sceau de la magie et d’obscurs modes opératoires.