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Histoires Paranormales

Des faits paranormaux se déroulent à Préhistorvilles, chef-lieu fictif de Fibreux, région du pays d'Imaginos, fictifs aussi...

27 janvier 2007

Lévitation et combustion

Lévitation et combustion

Deux semaines environ après la rentrée académique, le campus de Préhistorvilles organise une boom spéciale pour l'accueil des nouveaux étudiants. La journée débute toujours par un discours du recteur, suivi de multiples divertissements, et se termine le plus souvent par des réjouissances libres dans les bars et les homes. Certaines d'entre elles s'avèrent purement orgiaques.
Les faits que nous transcrirons ici bas se sont déroulés le 1er novembre 1999, au home 30, chambre 3636, un numéro qui en dit long, selon certaines gens disciples de l'ésotérisme. Mais je préfère me passer de commentaires.
La chambre 3637, en cette soirée spéciale, contenait pas moins de dix personnes, déjà que c’est la plus spacieuse du couloir 36. L'ambiance était plutôt chaude, pour ne pas dire sexy. Tous les camarades filles et garçons se livraient agréablement à des attouchements plein de sens. Certes, l'acte n'était pas encore consommé, mais les humeurs embuées par l’alcool présageaient quelque chose de pas très bon. En effet, les ados avaient ingurgité des quantités non négligeables de bière locale et d'autres mélanges difficiles à décrire. Le pire à craindre arriva, c'est-à-dire une totale débauche, vers une heure du matin. Elle fut interrompue par une musique on ne peut plus sinistre quelques minutes plus tard. Elle provenait de la chambre voisine, le 3636.
Les ados percevaient depuis bientôt trois heures ce fond sonore étrange, mais n'y prêtaient pas attention. Cette fois-là, non seulement que le son augmentait en intensité, mais en plus, les airs joués étaient franchement à dresser les cheveux sur la tête. En effet, des bruits macabres similaires à des mastications mêlées à de cris de bébé s’ajoutaient au son peu catholique.
Les ados commencèrent à éprouver quelque peur. Mais il fallait bien qu’un intrépide ait le courage d’ouvrir doucement la porte du 3636 sans se faire remarquer des occupants. Après s'être rhabillés, nos jeunes gens, toujours sous les vapeurs de la boisson, eurent quand même l'idée de tirer au sort trois camarades. C'est que personne ne désire s'approcher de la chambre voisine. Furent désignés pour inspecter les lieux deux garçons et une fille, tous heureusement de forte constitution.
En quelques secondes, les durs à cuire camarades se trouvèrent devant la porte de la fameuse chambre. En vérité, ce qui en sortait d’audible ne pouvait rassurer ! Les deux gaillards tremblaient comme des feuilles. Honte à eux, car ce fut la fille qui prit son courage à deux mains et ouvrit assez précipitamment la porte. Sa réaction fut aussi violente qu'inattendue : au lieu de hurler, Mademoiselle dégueula sur place toute la bière qu’elle avait ingurgitée. Certes, ce n’était pas beau avoir, mais ce qui se passait dans la chambre 3636 était de loin plus immonde.
Une lueur rougeâtre inondait le local et le son d’outre-tombe sortait d'une chaîne hi-fi alimentant deux haut-parleurs de taille moyenne. Une odeur de charogne régnait dans les lieux. Elle provenait des bocaux placés aux quatre coins de la salle et en plein milieu. Une douzaine de jeunes, tous sexes confondus, formaient un vaste cercle autour du bocal central. Tous étaient à poils et se contorsionnaient d'une manière à la fois obscène et malveillante, comme en état de profonde transe. De leur gorge fusaient des hymnes intraduisibles et horribles à la fois, parfois des cris bestiaux. Le plus surprenant fut qu'un tout jeune garçon d'environ 15 ans se tenait presque immobile en lévitation à deux mètres du sol. Du sang coulait de ses mains et de ses jambes, comme s'il avait été mutilé.
À la vue de ce spectacle troublant, l’un des gaillards « éclaireurs » courut en hurlant vers la chambre d'où il venait. La fille intrépide gisait sans connaissance. L'autre gars s'efforça de la tirer en vitesse. Il manqua de glisser dans la mare de vomi. Il parvint tant bien que mal, fou de trouille, à regagner la chambre 3637 avec sa compagne.
On dut attendre près d'une heure pour que des propos cohérents et intelligibles émanent des trois envoyés, désormais débarrassés de leur ébriété. Les trois témoignages entendus et la chambre parvint plus ou moins à reconstituer les faits. Entre-temps, la musique sinistrolugubre avait cessé. Il fallait encore une fois que quelqu'un eût l'audace de jeter un coup d’œil à l'insolite chambre.
Igor, le plus costaud du groupe, fut naturellement désigné. Arrivé à la porte du 3636, il eut au moins la politesse de toquer. Le calme pesait, mal à propos. Et devinez quoi ? On ouvrit ! Un jeune homme des plus ordinaires se pointa au seuil. De l'extérieur, on pouvait voir que les occupants de la chambre suivaient tranquillement la télé, de la façon la plus insouciante ! De quoi péter un plomb !
Igor s'excusa, prétextant s'être trompé de chambre, c'est que le garçon à la porte accepta et goba sans problème. De retour au 3637, il sauta sur son cellulaire et composa frénétiquement le numéro d'urgence de la garde universitaire. C'est qu'il avait un mauvais pressentiment et trouvait que cette affaire ne tourne pas rond, alors pas du tout. Il était, en effet, quasi impossible qu’en une nuit, l'on parvienne à changer complètement la disposition de la salle est, qui plus est, sans déplacement des meubles à l'extérieur et sans bruit, d'autant plus que la chambre 3636, dans sa forme générale, ne permettait pas une telle manœuvre, les voisins complètement dupes.
Le service nocturne de la garde était plutôt expéditif, car il arriva au home 30 en moins en moins de cinq minutes et en chambre en deux temps trois mouvements. Il prit totalement au dépourvu les résidents suspects. On procéda à une fouille méthodique. C'est qu'on découvrit atteignait le summum de l'horreur : tous les témoins en avait la nausée. Les bocaux contenaient des morceaux épars de fœtus en décomposition avancée. L'une des filles, en apercevant cela, tomba en pâmoison. Diverses amulettes à base d’ossements humains se retrouvaient dans les tiroirs, ainsi que des photos, sceaux et pentacles plus qu’occultes. On exhuma en vérité les traces d'une assemblée de culte satanique en plein jour (disons en pleine nuit).
Le gourou se dénonça sans trop d'acrobaties. Les sacrificateurs étaient faits comme des rats. Néanmoins, aucune trace de chaîne musicale, encore moins de CD blasphématoires, ne fut retrouvée. Un mystère qui reste entier jusqu'à présent.
Dans les 48 heures qui suivirent, on réussit à démanteler la filière. On sut que les étudiants de la chambre 3636 appartenaient à une confrérie tentaculaire servant le diable de toutes ses forces, confrérie solidement implantée dans tous Préhistorvilles. Une telle affaire relevait d'un tribunal particulier instauré dans la ville depuis 1986 : le Tribunal des Litiges Mystiques. La peine infligée au criminel s’avéra assez lourde : vingt ans de prison ferme pour les adeptes, 40 ans pour le gourou.
Croyez-moi, la chambre 3636, en dépit des séances d'exorcisme qu'elle connut, n’a pour le moment personne comme locataire. On n'est jamais trop prudent. En effet, il convient d'éviter de tenter le diable...
Prison de Zotrabol, le 10 octobre 2000
Environ une douzaine de corps calcinés à l'extrême sont transportés dans des civières vers deux ambulances. L’autopsie sera pratiquée par des agents secrets de l’E.I (espionnage Imaginos). C'est que les cadavres couverts par les draps ont tous subi ce qu'on appelle « combustion spontanée » la veille vers 22 heures quart, selon les gardiens de services. Une odeur de chair brûlée ainsi qu'une épaisse fumée emplissaient les couloirs. Elle provenait des chambres des satanistes jugés et arrêtés le 10 novembre 1999. On les trouva carbonisés dans leur lit, bien que les draps n’aient grandement souffert de la chaleur, phénomène fréquent en combustion spontanée.
Les services secrets menèrent une enquête en vue de déterminer la cause de ces « feux de joie humains ». Elle se solda par un échec atteint. Néanmoins, les parapsychologues dégagèrent des faits une drôle de coïncidence : tous les criminels sont morts exactement à 22 heures quart, 333 jours après leur incarcération. Ce nombre est un diviseur du « chiffre » de la Bête, vous le remarquerez aisément. Aurait-il un lien avec les pratiques noires auxquels les détenus se livraient de plein cœur ?
La réponse vous appartient, cher lecteur...

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Les Tribunaux des litiges mystiques (TLM)

Les Tribunaux des litiges mystiques (TLM)

En principe, un fait que le Code Pénal érige en infraction ne doit pas que causer un dommage. Encore faut-il qu’il soit établi, même de manière assez vague, un lien de causalité entre le dommage et la faute. Or le Code Pénal Fibreux fourmille des cas où ledit lien n’est pas nécessaire pour constituer le délit. Une dérogation si importante au droit commun conduisit à la création d’une juridiction spéciale : Les Tribunaux des Litiges Mystiques.
Brossons rapidement la structure et les compétences des TLM. Après cette petite mise au point, nous examinerons quelques infractions irrationnelles dont connaissent lesdits tribunaux.

A. Composition

Il est installé un TLM de premier degré à chaque ville de Fibreux et un TLM à chaque sous-région. Les autres régions d’Imaginos ne sont pas dotées de TLM.
Chaque TLM est formé d’un juge et de trois assesseurs. Chaque juge est en même temps OMP. Toutefois, le président de la séance ne peut être l’un des OMP qui ont instruit l’affaire en cours. Outre leurs qualités morales indéniables, les juges doivent détenir des connaissances ésotériques poussées. Cela leur permettra aussi bien de trancher les litiges que de se protéger eux-mêmes d’éventuels mauvais sorts.
Les audiences ne sont à huis clos que lorsque l’affaire met en jeu soit des gens, soit des intérêts haut placés. Le caractère important de l’affaire est déterminé discrétionnairement par le maître des céans.
Signalons en passant que les TLM ont été créés en 1986, mais ont été étendus en 1995, suite à l’affaire Edouardino van Podzal, scabreuse à plus d’un titre…

B. Compétence

1. Matérielle

Au premier degré, les TLM connaissent des infractions punissables de moins de cinq ans de servitude pénale principale, mais qui ont été commises par des voies peu conventionnelles, pour ne pas dire paranormales. Au second degré, les TLM connaissent des infractions punissables de plus de cinq ans de servitude pénale principale et de la peine de mort, commises par des voies paranormales.
Ils connaissent aussi de l’appel des jugements des tribunaux rendus au premier degré.
Enfin, au second degré, les TLM connaissent des forfaits irrationnels commis par de hautes personnalités.

2. Territoriale

A l’heure actuelle, les TLM ne connaissent que des infractions commises sur le sol de Fibreux. Il s’avère très ardu de poursuivre un délinquant irrationnel qui a quitté la région de Fibreux. En effet, les autres régions d’Imaginos, nous l’avons dit, ne sont pas dotées de TLM.
De lege ferenda, il convient de créer partout à Imaginos des TLM. C’est que les délits et crimes paranormaux ont pris dans tout le pays des proportions inquiétantes. Ainsi, la sous-région des As dans la région d’Amorphe regorge d’individus plongés dans la haute magie noire. Il s’y déroule fréquemment des sacrifices humains et ce, dans la plus totale impunité.

C. Quelques délits mystiques

1. L’envoûtement

L’article 730 du Code Pénal fibreux donne une définition assez longue de ce vocable. Il désigne toute pratique matérielle ou immatérielle, mais irrationnelle, qui tend à perturber ou à annihiler la volonté d’un individu et qui pousse celui-ci à accomplir des actes infractionnels dont il n’a point conscience.
Au regard de cette définition, on peut déduire qu’un envoûtement opéré sans que la victime ne commette un délit dû audit envoûtement est permis.
Le vocable « envoûtement » est un terme générique qui englobe, en fait, plusieurs autres infractions. On peut, entre autres, citer l’hypnose, les pratiques de type vaudou, le lancement des mauvais sorts, du moment que ces cas aboutissent au résultat que la victime commette une infraction.
Notons qu’un envoûtement peut conduire à ce que la victime elle-même soit poussée à opérer un autre envoûtement. Ici, vu que l’élément moral manque dans le chef de la victime originaire, on ne peut l’assimiler au coauteur ni au complice de l’infraction d’envoûtement au second niveau. L’unique auteur demeure l’envoûteur originaire, lui au moins ayant bel et bien eu la volonté de nuire.
Pour ce qui est des peines, retenons simplement que l’envoûteur est puni de la peine réservée à celui qui a commis l’infraction dans l’inconscient. En d’autres termes, à titre d’exemple, si la victime a commis un vol par envoûtement, l’envoûteur sera puni de la peine prévue pour le vol. Même logique concernant l’envoûteur qui a permis que la victime originaire puisse envoûter à son tour. Si la deuxième victime a volé, l’envoûteur originaire sera puni de vol.

2. Les sacrifices humains mystiques

L’article 741 définit cette infraction comme le fait de retirer la vie, à plus ou moins long terme, de la victime, par des procédés irrationnels. Ainsi, si au cours d’un rituel satanique, les occultistes éliminent des individus en usant des moyens aptes à donner physiquement la mort, on retiendra le simple meurtre. Ex : Si la victime a été tuée à l’aide de substances réellement mortelles ou à l’aide d’un poignard.
Il convient que la mort soit provoquée soit par un procédé mystique (envoûtement mauvais sort), soit au moyen d’un acte qui, en soi, ne peut donner la mort, mais qui l’a causée magiquement (ex : Zigouiller un quidam au moyen d’un bouquin qu’il ouvre, bouquin étant doté de pouvoirs maléfiques à dose létale). Bien entendu, l’animus necandi doit exister dans le chef du délinquant ésotérique.
Les sacrifices humains mystiques, à l’instar de l’homicide volontaire, sont punis de mort. Toute personne membre d’une loge qui s’adonne à de telles pratiques et qui a assisté à de tels rituels sacrificatoires est considérée comme complice. L’atténuation de la peine, ainsi que les cas de complicité, sont soumises aux mêmes durées : 40 ans de servitude pénale principale pour le gourou (s’il y en a un) et 20 ans pour les complices. Ces durées sont incompressibles et irréductibles.

3. Le vol irrationnel

Il comporte tous les éléments matériel et moral du vol ordinaire. Néanmoins, à la différence de ce dernier, le délinquant doit poser un acte immatériel. Avouons que cette infraction, une fois consommée, laisse la victime dans un état d’émotion presque risible.
Le vol des données informatiques ou de l’énergie électrique est également pris en compte. L’affaire Piotr Adnoke est éloquente à ce sujet. C’est qu’une société agroalimentaire s’est retrouvée dépouillée de tout son exercice comptable 2003 qui logeait dans un ordinateur fortement sécurisé. Chose très troublante, le trafiquant des données a transféré les fichiers dans son disque dur, alors que l’ordinateur de la société détenant le fameux exercice comptable n’était pas en réseau, même Intranet !!!
Piotr purge ses cinq ans, mais ne veut pas divulguer les méthodes peu orthodoxes dont il a usé si habilement.

4. Le meurtre irrationnel

Selon l’article 750 du Code Pénal, le meurtre irrationnel consiste à retirer la vie d’un individu volontairement aux moyens de procédés tout à fait ordinaires. Cependant, le procédé qui produit la mort doit être engendré ou mû par des voies irrationnelles. Ex : Une arme chargée qui tire d’elle-même quelques balles à la victime. On a même retenu le coup de foudre téléguidé qui élimine la victime, la foudre étant en effet mortelle.

D. Mode de preuve en fait de délits mystiques

Démontrer la véracité d’un délit irrationnel relève réellement de la gageure, d’autant plus que, comme vu plus haut, le lien de causalité reste assez délicat à établir. En règle générale, en matière de litiges mystiques à Fibreux, deux types de preuves semblent être communément admis : la preuve par commune renommée et la preuve dite « donnant-donnant ». Mais, vous le verrez, aucune d’elles ne reçoit l’unanimité.

1. La preuve par commune renommée

Lorsqu’un forfait irrationnel est accompli de manière répétitive dans un quartier déterminé, il est courant que les habitants dudit quartier accusent un individu réputé sorcier. La plupart des fois, si le fauteur de troubles occultes n’est pas expérimenté, c’est lui le réel coupable.
La chose se corse dès que le coup est fomenté par un calé en ce domaine. En effet, il est assez rare qu’un ésotériste de talent étale au grand jour ses tours magiques ou pose des actes qui pourraient éveiller quelque soupçon. Voilà pourquoi ce type de preuve occupe le bas de la hiérarchie au sein de la procédure pénale et au cours des procès dont connaissent les TLM.
La preuve par commune renommée, par ailleurs, vu sa faiblesse manifeste, est souvent complétée par celle par témoignage. Celle-ci, malheureusement, en fait de délits mystiques, ne s’avère pas non plus très solide. C’est que le Code Pénal fibreux n’interdit pas l’usage des pratiques occultes tant que ces dernières ne causent pas préjudice. Le témoin aura donc du mal à relier un rituel paranormal à une infraction irrationnelle, surtout si ladite infraction se consomme à distance. À moins que lors des incantations, le nom de la victime ait été cité au moins une fois.

2. La preuve dite « donnant-donnant »

Lorsqu’une infraction irrationnelle s’est perpétrée et qu’aucune preuve matérielle ne se présente, s’il se trouve que le délit mystique comporte une certaine gravité du genre trouble durable de l’ordre public, il est fait appel à des experts médiums dont la tâche fondamentale sera de cuisiner le suspect à leur manière. Pour ce, ils vont user de tous les moyens possibles et imaginables que le monde ésotérique leur offre. Entendez par là régression hypnotique, pendule, oui-jâ, voire, dans des cas extrêmes, télépathie.
Même au sein des magistrats des TLM, il règne une controverse quant à l’usage de ces procédés. En effet, les médiums peuvent facilement avoir accès aux parcelles les plus intimes de la vie d’un individu, ce qui est une violation certaine de la vie privée dudit individu. Un tel interrogatoire, du reste, amène fréquemment le suspect à commettre inconsciemment des infractions comme l’injure, la calomnie, à l’égard de telle ou telle personne. N’est-ce pas là, dans le chef des médiums, une infraction d’envoûtement ?
Vous comprendrez sans peine que la preuve « donnant-donnant » est acceptée avec la plus grande circonspection par les TLM.

A suivre, naturellement...

Posté par Kule Tundira à 20:33 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Ne passe plus ici !

Ne passe plus ici !

Il est à Imaginos se (et même sur Terre) des lieux où, depuis la création du monde, des forces surnaturelles demeurent et opèrent. Chacune d’elle a sa fonction propre : gardien, protecteur, bienfaiteur... il serait plutôt bonne politique que de satisfaire leurs exigences et respecter leurs tabous.
En plein milieu de la route Moltouvilles-Préhistorvilles, il est un pont enjambant le fleuve de Merlin l’Enchanteur. De jour, pas de problème si vous souhaitez traverser. Mais à partir de 20 heures, une consigne est à respecter obligatoirement : avant de franchir la rivière, les forces du lieu demandent de jeter trois pièces de cinq astragales dans l'eau boueuse. Un manquement à cette mesure entraîne presque toujours la mort par accident de l'individu, tôt ou tard, au cas où il repasserait au même endroit.
Un certain Steve Mac Fionte, chimiste à la présidence, une nuit du 24 juin, filait à toute vitesse, revenant de Préhistorvilles d’où il venait d’enquêter sur un empoisonnement au niveau du bureau régional. Il n'avait jamais mis qui pied à Préhistorvilles, encore moins au pont de Merlin l’Enchanteur. Par conséquent, il ne savait absolument rien la recommandation des lieux. Raison pour laquelle il traversa le fleuve à vive allure à 21 h... sans remords. Heureusement pour lui, les esprits pour cette fois se montrèrent cléments à son égard.
Fionte écoutait les infos sur RTI (radiotélévision Imaginienne), précisément un débat scientifique. La discussion était à son paroxysme quand soudain un signal de raccrochement téléphonique se fit entendre, coupant carrément la réception radio. Quelques secondes plus tard, le signal donna la place à une voix imposante, très basse, une sorte de reproche. « Étranger, dit la voix, qu’as-tu fait ? Ignores-tu qu’avant de traverser mon pont, il te faut jeter trois pièces de cinq astragales ? Prochainement, ne recommence pas cet affront sacrilège ? »
Mac Fionte était estomaqué. La radio reparlait maintenant « normalement », c'est-à-dire que la discussion avait lieu. Notre chimiste se posa la question de savoir s’il rêvait ou déconnait. Il jugea plus véridique la première hypothèse et crut avoir quelque peu sommeillé. Steve ne prêta pas attention aux paroles qu'il avait saisies. Rationnel tout fait, il ne pouvait même pas perdre son temps à en scruter le sens véritable.
Le lendemain, l'expert chimiste devait de nouveau se rendre à Préhistorvilles, histoire de déposer son rapport au médecin légiste. À son retour vers 20 h 30, il traversa une fois de plus le pont à vive allure, mais les choses ne se passèrent pas comme avant. Il ne dépassa l'endroit sacré de 20 mètres que le véhicule vira net vers la droite, attiré, semble-t-il, par les eaux du fleuve. Le grand plongeon fut inévitable. Mac Fionte ne sut pas maîtriser le volant, car il flottait à présent entre deux eaux avec sa bagnole. Ce fut par la nage qu'il parvint à gagner la rive où il obtint un du secours de la part des autres conducteurs. Sa Mazda ne présentait pas beaucoup de difficultés lors du démarrage : l’eau n'avait pas atteint le moteur et presque pas affecté les organes du tableau de bord. Fallait seulement sécher les sièges, ce qui s’accomplit le plus rapidement possible. Steve reprit la route aux alentours de minuit.
Minuit trente. Le chimiste voulait suivre les dernières nouvelles. Quelle ne fut sa surprise de voir son autoradio s’allumer d'elle-même et d'entendre de nouveau cette voix monocorde et lourde lui parler d'un ton étrangement sévère ! « Je pouvais te tuer en enfonçant le véhicule jusqu'au fond du fleuve. J'ai eu pitié, ce qui est rare chez moi. Tu as échappé à la mort et non à ma punition : désormais, qu’il fasse jour ou nuit, plus jamais tu ne franchiras ce pont, car tu m’as sérieusement blessé, étranger. Cet endroit constitue dès à présent une des portes de ton passage de la vie à la mort ». Puis, coupure de la radio.
Fionte réalisa qu'il n'avait pas fantasmé et sentit la portée de ses paroles. Bien qu'il fut cartésien, force lui était obligée de croire aux forces surnaturelles. Actuellement, pour se rendre à Malether (Préhistorvilles), il passe d'abord par Mollovilles : un détour valant les ¾ du parcours direct.

Posté par Kule Tundira à 20:30 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Infidélité payée

Infidélité payée

Lamberto Astragalo, un ouvrier travaillant dans les usines Toyota, section carrosserie, aimait, infidèle qu’il était, passer une bonne partie de la soirée du bon temps avec une ou deux pétasses du quartier. C'est ainsi qu’il rentrait souvent chez lui vers les 21 heures. Sa femme et ses quatre gosses, des naïfs accomplis, ne se doutaient absolument de rien, le mari « rassurant » la famille que le boulot de carrossier n'est pas une sinécure et qu'il est archi-long.

Personne ne nourrissait de soupçons sur l'attitude peu orthodoxe de Lamberto, jusqu'au jour où, fauché comme le blé, une putain ne reçut pas de salaire de sa part. Astragalo croyait s'être tiré d'affaire, car ça faisait trois jours que la fille facile ne réclamait pas son dû. Les événements suivants lui donnèrent tort...

Une nuit, notre ouvrier ne trouva pas le sommeil. Il eut beau se retourner dans son lit, il ressentait toujours cette sensation d’intense chaleur. Vers minuit, de sérieuses palpitations le prirent. C’est à ce moment précis que l'épouse Lamberto voulu savoir ce que son mari avait. Horreur ! Astragalo était à moitié mort, les yeux grands ouverts, le teint livide. Prise de panique, la femme secoua à maintes reprises sa moitié. Ah, seconde panique, plus forte que la précédente ! Le mari sursauta avec une violence inouïe comme sous l'effet d'un électrochoc ultra-puissant. Ses yeux étaient toujours ouverts, mais cette fois avec une expression diabolique. Un rire féminin fusa de sa gorge, au grand étonnement de sa femme, qui n’en crut ni ses yeux ni ses oreilles. Par quelle fabuleuse imitation Astragalo a-t-il calqué cette voix de jeune fille ? Madame ne s’étonna pas longtemps. C’est qu'elle obtint presque instantanément réponse à sa question : son mari était manipulé par une sorcière et c'est elle qui paraît maintenant en lui. En effet, la voix dit à peu près ceci : « Mon petit Lambert, tu crois t'en sortir ainsi ? Aurais-tu oublié que nous sommes des grandes professionnelles de magie noire ? Mets-toi bien ceci dans le crâne : on ne nous couillonne jamais ! On va te retirer ton organe sexuel et l’envoyer se balader. Comme cela, tu seras obligé de payer le plus tôt possible. »

Ces paroles prononcées, l'ouvrier retomba dans l'inconscience totale. Quelques secondes après, Madame Astragalo observa au bord de la syncope le phallus de son époux se détacher du corps et prendre la voie des airs, escorté des deux testicules.

Lamberto ne retrouva sa raison que quand « tout l'ensemble » avait quitté le quartier. C’est alors qu’il reçut la baffe la plus magistrale qu’une femme n’ait jamais donnée à un mari. Énorme surprise pour Astragalo que d’être remis sur terre de cette manière peu recommandable. Énorme opprobre ensuite que de voir « sa partie essentielle » absente. Madame savait à présent ce que son indigne époux faisait après service. Lamberto en était vert de honte.

Ce fut à contrecœur que l'épouse fit appel à son jeune oncle, un noiraud tout versé dans les sciences occultes. Les salutations ne furent pas « salamellectiques » : l'occultiste voyait parfaitement que la situation était... hum… ! délicate.

Le noiraud (il se nomme Alikam Ebam) débuta donc les incantations. Après cinq minutes d’intenses concentrations qui certes n'avaient rien d'inutiles, la fameuse verge surgit par la fenêtre du salon, puis s'immobilisa à quelques mètres au-dessus de la table de la salle à manger. Il s’'agissait maintenant de remettre « le tout » à sa place. Malheureusement, il se créa un petit hic : soit que Ebam ait fait une mauvaise manipulation, soit que les sorcières fussent là dessous, il advint que le « machin » se planta sur le front de Lamberto ! Alikam essaya toutes les manœuvres : rien n'y fit. C'est alors qu'épuisé psychologiquement, il prononça un dur verdict : pendant une semaine, avant de regagner le bas-ventre, le pénis serait toujours accroché en plein milieu de front de l’infortuné gaillard.

« Licorne » qu'il était, pour Astragalo, impossible de regagner le service ! Les visites surtout s'en trouvèrent carrément est soigneusement annulées, de même que les sorties...

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11 décembre 2006

Pont, traces de pas et compagnies

Pont, traces de pas et compagnies

Histoire de désenclaver le territoire Kraz au sud de Fibreux, l’OIPC (Office Imaginien des Ponts et Chaussées) décide de projeter un pont sur le Fleuve de Merlin l’Enchanteur, qui permettra au tronçon en cours de création de poursuivre son bonhomme de chemin.

Cependant, avant de réaliser un ouvrage aussi important, il convient de se conformer aux « usages des lieux ». En effet, les coutumes étant fortement ancrées dans les mœurs des habitants de la contrée, il est de notoriété que le chef du territoire Kraz (un dénommé Bnokr) est une espèce d’autorité administrative par qui l’on doit obtenir l’aval de l’accomplissement de ce genre de travaux.

Il s’avère toutefois que Matheus Matherbyersk, le maître d’ouvrage, se croit tout permis. Dans sa suffisance habituelle, il ne veut point entendre parler d’un individu, hormis l’État, qui l’empêcherait de réaliser le pont selon les règles de l’art. C’est ainsi que le 8 mai 2000, les travaux débutent et s’achèvent le 31 août. Durant la construction de l’ouvrage, nul n’a été inquiété, au chantier, à domicile ou ailleurs.

Le lendemain 1er septembre, l’heure est à l’inauguration de l’architecture. Les autorités publiques sont surprises de constater, à leur arrivée sur les lieux à sept heures, qu’un monde fou les a précédées dès les aurores. Dans cette foule se démarque, de sa tenue pour le moins excentrique, le chef Bnokr. Cette masse d’individus enragés prêts à lapider les autorités est rapidement calmée d’un signe de l’imposant personnage, avant que celui-ci ne prenne la parole. De manière non équivoque, Bnokr profère des menaces à l’ingénieur et à ses hommes : la nuit même, selon le chef de Kraz, le pont sera complètement détruit mystiquement ! Par ailleurs, toute tentative de reconstruction de l’ouvrage se soldera par un patent échec.

Matheus Matherbyersk, tout imbu de lui-même qu’il soit, prend les propos du quidam très au sérieux. Sur le moment, il ne répond pas à l’attaque de Bnokr. Néanmoins, dans sa caboche, tout un plan se fomente. Dans les minutes qui suivent, il joint le Ministère de l’Intérieur afin qu’il prenne les dispositions idoines. Ledit Ministère ne se fait pas prier. En quelques instants, une vingtaine de flics est déployée sur les lieux. Ils sont armés comme pas permis, mais c’est juste pour intimider. Tout le long du pont et aux environs immédiats, un dispositif très sophistiqué de cameras infrarouges et de microphones asservis électroniquement est placé. À la moindre alerte, les policiers seront prêts à protéger l’édifice.

La nuit est tombée sur le site. Il est presque minuit. Le ciel est clair et il fait un peu frisquet. Subitement, les micros détectent des bruits suspects dans l’herbe à côté du pont. Les caméras, chose insolite, ne filment rien de particulier ! Peu après, les piétinements dans la pelouse cèdent le pas à des murmures incantatoires. Bientôt, de violents coups sont portés sur la structure même du pont. Au début, la police en faction tire en l’air. Mais constatant que rien n’y fait, elle n’hésite pas à vider ses Magnums là d’où parviennent les sons. Comble du paradoxe, de même que les tirs semblent redoubler de violence, de même les coups donnés à l’ouvrage deviennent plus énergiques. Tout ce que les caméras semblent filmer de bizarre est l’émiettement inexplicable du pont ! C’est comme si des masses invisibles très pesantes s’attaquaient sans relâche aux structures.

Quelque temps après souffle un drôle de temps qui signe la fin de la destruction du pont. Tout bruit a cessé, le silence de cette nuit fraîche régnant une fois de plus en maître absolu, entrecoupé par quelques cris poussés par l’une ou l’autre espèce de la gent nocturne, grillon ou hibou, peu importe… En moins de cinq minutes, ce qui était auparavant un bel édifice est transformé en un tas de ruine informe, au grand ébahissement des policiers.

Mais plus surprenant les attend…

Matheus Matherbyersk, promptement arraché de son sommeil, se rend au lieu de l’ouvrage désormais l’ombre de lui-même. Son visage est décomposé par la colère, l’ahurissement extrême et une frayeur certaine. Après s’être difficilement ressaisi, il prend le parti d’examiner de plus près le désastre. Ce qu’il voit le fait brièvement douter de son état mental : des traces de pieds nus marquent de plusieurs millimètres le ciment solidifiée !!! Pareillement, certaines armatures métalliques portent des marques profondes de doigts ! C’est à croire que des hommes excessivement lourds ou, à tout le moins, dotés d’une force colossale, sont passés dans le coin.

Matheus Matherbyersk n’en voit pas plus. Il croit désormais à de la sorcellerie hautement concentrée. La nuit même, il rappelle toute son équipe d’ingénieurs et de maçons. Dès l’aube, le patelin est déserté. La police ne fait pas mieux, non pas qu’elle soit soudain frappée de panique, mais plutôt de ce qu’elle a reçu des ordres émanant de quelque autorité haut placée… de l’Armée ! Celle-ci mène les enquêtes à sa manière. Le terrain est ratissé, des photos et des échantillons sont pris, mais les coupables ne sont pas démasqués.

Il va sans dire que Bnokr est le premier suspect. Il n’est cependant retenu dans son chef que des qualifications spéculatives, faute de preuves solides. Seul le délit de menace pèse sur sa personne. Malheureusement pour l’Armée, Bnokr semble s’être volatilisé dans les nuées !

Au jour d’aujourd’hui, la prescription de l’action publique innocente notre occultard. Et le pont ? Personne n’ose plus en projeter dans le bled. La fameuse route n’a jamais poursuivi son bonhomme de chemin, le Fleuve de Merlin l’Enchanteur formant impasse.   

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Histoire de bague… et de harcèlement

Histoire de bague… et de harcèlement

Nous nous rendons à présent au 27, boulevard Azezn, non loin du boulevard Scarabreux, au quinzième arrondissement. Reconnaissez-vous cette splendide créature qui avance sur le trottoir ? Bien sûr que oui ! C’est Lisa Fatura, alias « Miss Bottée », que nous avons rencontrée plus haut dans un des témoignages. Elle profite de la semaine de préparation des examens en s’accordant un temps libre à la fois pour prendre de l'air et faire de petites emplettes. Regardez... notre étudiante entre dans une boutique, ou mieux dans un magasin d’antiquaire. Dieu sait pourquoi, elle veut y acheter une bague et là tout particulièrement, comme si c'était les boutiques de joaillerie qui faisaient défaut dans le quartier. Mail tel est son gout.

Lisa a de la chance. Outre les tableaux défraîchis, les sièges bancals et autres vieilleries, l’antiquaire possède toute une rangée de magnifiques bijoux de tous les âges, et à vendre en plus. Le choix de la jeune fille est presque directement porté sur un anneau bien façonné du XIIe siècle. Elle est sur le point de faire l’achat du joyau que le marchand lui demanda poliment de changer d'anneau « par mesure de prudence », car il avait jadis appartenu à une grande magicienne morte d'un cancer du sein, qui chérissait on ne peut plus énormément son avoir. Fatura répondit simplement en ces termes : « Les sorciers, je n’y crois pas plus qu’aux fantômes. Je prends à n’importe quel prix, car, après tout, vous avez mis en étalage ce joyau pour qu’il soit acheté ! ». L’antiquaire essaie d’expliquer à Mademoiselle que l'on ne peut mettre la bague qu’après séance médiumnique. Lisa se refusa à tout commentaire et s’entête d’emmener le bijou. Son choix est catégorique et inchangeable.

La jeune personne regagne le trottoir aussi calmement qu’elle est entrée dans la boutique. Fatura semble contente de son anneau, estimant avoir fait bonne affaire. Décidément, elle est obstinée ! Il n’y a pas un mois qu'il lui est arrivé une histoire de transfert d'énergie négative et elle continue toujours à se mettre en tête que la sorcellerie n’existe pas. Ne vous en faites pas, lecteur. Dans les jours qui suivent, notre fille sera obligée de changer d'opinion. Voyez donc par vous-même... Les pouvoirs de la bague se font déjà sentir...

Lisa s’engage à présent sur la rue Bisanu, celle de son pensionnat. Le chemin est désert. Néanmoins, la jeune fille « sent » comme présence à côté d’elle, à deux pas ! Par moments, elle a l'impression que quelqu'un la poursuit ou la file de loin. C’est à n’y rien comprendre ! La rue est vide d’homme, à part un clébard venu de la piaule du coin qui semble regarder Fatura avec méfiance : On dirait que même la bête a constaté quelque chose de pas normal. « Miss Bottée » attribue le malaise qu’elle ressent à un effet du surmenage et décide de se reposer dès qu’elle sera arrivée. Heureusement pour elle, le reste de la journée et la nuit se passent dans le calme total.

Le lendemain matin, notre fille se trouve à l'Université : elle préfère étudier le cours d'anthropologie avec les camarades en vue de mieux débattre. Pour le moment, comme elle vient juste d’arriver et que sa voisine est absente, elle est seule assise. Elle est seule, mais elle a le sentiment d'avoir un individu sur son banc, excepté celle ! Le malaise de la veille la reprend et l’empêche que se concentre au travail. Les amis constatent en effet que Lisa n’est pas dans son assiette. D'ailleurs, l’étude est vite abandonnée et la pension vite regagnée.

Fatura se sent mal et c’est avec peine qu’elle révise quelques notes et prend son souper. Malgré son teint foncé, l’on s'aperçoit que la jeune fille affiche une grande pâleur. Cette nuit est un calvaire. Lisa s’agite mille fois dans son lit. Comme si la chaleur qui l’anéantit ne suffisait pas, mademoiselle entend clairement des bruits suspects dans sa chambre, elle qui dort pourtant sans compagne. Vers quatre heures, une sensation des plus désagréables jamais ressentie auparavant s’empare de la jeune personne : ses yeux n’aperçoivent rien, mais un sentiment de « dédoublement » gagne Fatura. On dirait qu’une autre « elle-même » se détache peu à peu de son corps sans y parvenir ! Une soudaine et violente sensation nauséeuse s'ajoute à la première, ce qui oblige la fille à se précipiter aux toilettes.

« Miss Bottée » reprend peu à peu des couleurs. Vers cinq heures, elle se sent beaucoup mieux. Elle juge bon de se calmer définitivement en prenant une bonne douche fraîche. Elle estime après la baignade être assez en forme pour s’en aller à l'étude. C’est ainsi que les petits soins propres aux jeunes filles débutent au miroir de la salle de bains. Lisa est en train de se maquiller quand soudain apparaît sur la glace une vision paralysante d’effroi : derrière la fille, une vieille dame toute ratatinée au teint de plâtre se tient debout. Son rictus et sa robe de deuil mettent en évidence le portrait sinistre. Fatura a le courage de se retourner. Oh, pure diablerie ! Il n’y a personne dans la pièce. Mademoiselle regarde de nouveaux le miroir : rien que le fond de la salle ! « Lisa, je crois que tu forces un peu sur les notes ! », se dit la jeune fille. Elle s’étonne encore de ce qu’elle a aperçu qu'une douleur lancinante s'empare de son sein gauche. Cette fois-là, « Miss Bottée » panique. Elle se rappelle les paroles de l’antiquaire d’avant-hier : « Magicienne morte de cancer du sein ». La bague qu’elle porte contient réellement un maléfice ! L’idée d’ôter l’anneau de son doigt jaillit tout d'un coup dans le cerveau de la demoiselle. Elle réalise avec horreur qu'un gros furoncle empêche obstinément le métal de sortir. Fatura se demandent alors que faire. Pourquoi ne pas recourir à son ami de la Fac de Droit, un excellent médium, comme l’a si bien recommandé le vendeur ? Force lui est d’opter pour cet avis. Rapidement, la jeune personne compose le numéro de téléphone.

Sergino Eleipho ne tarde pas à arriver. Bientôt, gris-gris, pendules et livres de magie recouvrent la table de Lisa. Sergino commence par une séance d’hypnose qui fait s'endormir la jeune fille. Une bonne heure d'opérations occultes est nécessaire afin de « canaliser » toutes les énergies nocives dans la bague. Au réveil de Fatura, le médium lui demande de se débarrasser le plus vite du bijou (attendu que le doigt a atteint sa taille normale) et de le jeter de préférence dans un cours d'eau. La jeune fille ne se fait pas prier. Une demi-heure plus tard, elle prend le taxi menant au Quai Djobard, au 16e. Prudemment, Mademoiselle laisse tomber l’anneau dans la rivière Stégonia, puis, soulagée de ce poids et ainsi en pleine forme, décidé se rendre à l'Université… à pied !

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L'affaire Iyotam

L'affaire Iyotam

On n'y peut rien, c'est comme ça : le Tombolien est un xénophobe de grand calibre et un envieux des plus inclassables. Il déteste tout ce qui est étranger comme individu, même ses semblables ! Quelle pitié, mes lecteurs ! Pour se débarrasser d'un étranger indésirable, il use de tous les moyens, même des plus bas. Mais fort heureusement, « l'opération boomerang » existe : tôt ou tard, le mal retourne vers celui qui l’a commis et ce, ici-bas.

L’histoire que je vous propose est bien connue à Malether. Elle a maté plus d'une personne est plus d'un voleur et ce fut une leçon de choix pour les malfaiteurs...

Nous nous retrouvons de nouveau à Eurathmos (le 17e arrondissement), le quartier des biens nantis. Aux 212 de l'avenue Wellingtoniale se dresse une villa bellissime qui clôture la longue voie, formant une espèce d'impasse. C'est la villa du grand commerçant Ferguson Iyotam. Il fait nuit et c'est un certain 8 août. Ah !... je me rappelle l'année : ces 1991, la même année de la fameuse « pluie ébullition » sorcière que nous avons signalée dans un témoignage précédent. Il fait nuit et quelques bandits décident de nuire cette nuit-là au boss. Leur plan est simple : dynamiter la baraque du richissime, après avoir sauté le mur. « Ce sera vite accompli : il n'est pas encore 21 heures, c'est-à-dire que les chiens ne sont pas encore lâchés », se disent-ils.

Les voilà rôdent autour de la maison. Ils ont repéré le point le plus rugueux de la clôture. Des cordes-ventouses sont lancées avec quelques crampons. L'escalade est un jeu d'enfants. Les trois bandits, parvenus au sommet du mur, s'apprêtent à faire un saut sans toucher le sol, ce qui s’exécute simultanément. Regardez-les... Ils s’élancent dans le vide, mais... le sol, par on ne sait quelle magie, se changent en un gouffre sans profondeur ! Les trois salopards ont tout juste le temps de crier d'étonnement, puis... disparition totale ! Le sol retrouve son aspect normal. On ne retrouvera plus jamais les gaillards, car ils ont été projetés gratis dans l’au-delà en chair et en os...

Quittons ce triste lieu et rendons-nous à présent au centre-ville au premier arrondissement. Dix hommes d'aspect douteux sortant des coins pourris de la cité se sont donné rendez-vous au magasin du fameux Iyotam. Nos individus ne parviennent pas à comprendre comment ce foutu commerçant, leur frère de sang, a pu amasser une telle fortune, alors qu’eux croupissent dans la misère. En signe de mécontentement, ils ont pris la décision de mettre à sac la boutique.

Ils sont maintenant au complet, les voleurs. Ils ont réussi à tromper la vigilance des policiers et en plus, il ne se présente aucun passant (le centre-ville est désert la nuit). Aujourd'hui, c'est leur chance. Ils sont venus avec un camion vide, histoire de procéder au « grand nettoyage ». « Ot ok Alokos », ce qui veut dire en français : « on va laver, ici ! ». Nos bandits, vu qu’ils possèdent d’assez faibles connaissances en cette langue, préfèrent s’exprimer en alagnil, un dialecte parlé depuis des millénaires par tous les Tomboliens. Mais là n'est pas la question.

Non contents d'avoir dupé la police, les dix hommes s’attaquent à l'alarme, qu’ils désactivent en un rien de temps. L'établissement est horriblement pillé, à telle enseigne que ça semble maintenant comme au jour de l'aménagement ! Le camion, à moitié plein, est prêt à partir, mais voici qu’un retardataire s'aperçoit que les étalages sont à nouveau pleins ! Il avertit ses compagnons de cette « découverte ». Grande est la joie de tous ! On recommence le sac, mais, chose bizarre, le camion ne se remplit pas ! « Ça devient suspect, l’un des cambrioleurs. Mieux vaut laisser tomber, les gars ! »

Satisfaits de leur forfait, nos hommes douteux regagnent le véhicule. Direction : leur tanière, quelque part au 9e. Cette nuit même, les bandits se partagent le butin de la façon la plus honnête qui soit à leurs yeux.

Toutefois, Iyotam est un adepte des plus renommés dans la magie. Ses entités espions l’ont depuis longtemps mis au courant du pillage son gagne-pain : la boutique. Une grande fureur s'empare de son être. Les habitants alentour peuvent aisément entendre un cri inhumain fuser de la noblissime villa. Le magasin où son père et même son arrière-grand-père ont vendu, que lui-même tenait il n’ya même pas un jour, réduit à néant ! Avant que sa fureur soit apaisée, il se décide à invoquer les pires créatures de l'au-delà. Chacune d'elles aura sa mission, une mission purement exterminatrice. Les malédictions punitives sont proférées par le commerçant en vue de faire travailler les forces ténébreuses.

Déjà, le lendemain matin, le châtiment commence son accomplissement. Aucuns des dix voleurs ne pourra y échapper. Voyez par vous-même le sort qu'ils ont subi, et de la manière la plus irréversible qui soit.

Individu n°1 : les gens racontent qu'il était le chef de la bande. Son acte malhonnête n'a pas été étouffé dans l'œuf, mais lui l’a bien été… pas dans l’œuf, mais par un gigantesque boa qui, affirme-t-on, est sorti d'une des valises qu'il avait chipées la veille. On dut pour son enterrement vendre tous les biens volés, car la famille ne possédait pas un sou.

Individu n°2 : ignare hors cadre, notre type cuisit le contenu de trois ou quatre boîtes de conserve, fruit partiel de son vol. C'était des croquettes pour chiens et chats. Le voleur, croyant bouffer de la bonne viande, ne pouvait s’imaginer bouffer en même temps de la haute sorcellerie. C'est que juste après le repas, il se mit à miauler et à aboyer tout son saoul ! Vous devinerez la suite : internement dans l’asile d’à côté...

Individu n°3 : juste en arrivant dans son taudis de baraque, le jeune homme fut pris de maux de tête violents. Il piqua une heure plus tard une crise de nerfs. Pour le moment, il reste à la chambre voisine du suspect n°2... Sous haute surveillance.

Individu nº 4 : sa maison essuya un coup de foudre d'une rare puissance. L’individu y habitait seul. On le retrouva pulvérisé dans un coin de la toilette. Le pauvre ! Il a cassé la pipe en plein grand besoin...

Individu n°5 : un incendie dont l'origine demeure inconnue ravagea la piaule du bandit. Ses affaires, la famille, lui-même compris, tous y passèrent.

Individu n°6 : il s'enflamma spontanément dans son sommeil. Chose étrange (mais chose fréquente à Préhistorvilles), autour du corps calciné au plus haut degré, le lit et le mur ne semblent pas avoir souffert de la chaleur, si ce n'est quelques traces de fumée !

Individu n°7 : deux jours après son acte ignominieux, le malheureux homme souffrit d'un mal inconnu et incurable. En effet, des particules de chair lui tombaient de tout le corps et, notez bien, sans la moindre douleur ressentie ! Le voleur rejoignit ses ancêtres deux semaines plus tard, complètement décomposé, squelettique au sens propre du terme, dans le chagrin et la surprise...

Individu n°8 : sa mère pleurait encore lorsqu'elle nous narra six mois plus tard la fin de son fils. Avouons que celui-ci est mort bêtement. Le suspect n°8 bouffait calmement un biscuit pris dans un sachet dérobé. Le biscuit ne fut jamais « totalement » consommé. Je m'explique : chaque fois que le biscuit été gobé, il « retournait » dans la bouche du mangeur ! Le bandit se sentait après trois heures tellement lourd qu'il vomissait d'énormes quantités. Cette situation déprimante de boulimie devint intenable. Le garçon essayait de jeter le biscuit qui revenait sans cesse, et naturellement le même biscuit réapparaissait dans sa bouche. Finalement, un dégoût de la vie le prit. Il abrégea ses souffrances en se logeant une balle dans le crâne.

Individu n°9 : toute la caisse la vente de ce jour-là lui revenait. Pourtant, il ne profita pas d’un astragale. Le soir même, des cruelles douleurs abdominales l’envoyèrent aux toilettes où il fit une diarrhée sanguinolente non-stop ! Il creva huit heures plus tard dans l'hôpital Inakoyob Ier, au 3e arrondissement du même nom. Quelques minutes après son dernier soupir, deux billets neufs de 20 imagis sortirent mystérieusement de sa bouche...

Individu n°10 : tamponné par la voiture même du commerçant Iyotam, sa plaie à la poitrine ne put jamais se cicatriser. Son décès fut annoncé quatre mois après l'accident.

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04 août 2006

Le « poil » bleui à jamais

Le « poil » bleui à jamais

Le 16 octobre est  jour de rentrée dans toutes les universités d’Imaginos. Le Campus de Préhistorvilles ne pouvait faillir à sa réputation en dérogeant à cette date en ce lundi-là de l'année de 2000. C'est confiants que les nouveaux étudiants se rendaient dans leur auditoire respectif. Confiants et sûrs d'eux-mêmes, car le bizutage, depuis 1996, est formellement interdit. C'est qu’à cette année, un pauvre garçon asthmatique a subi la torture de se retrouver la tête dans une cuve de W.C. pendants 30 minutes. Il en est mort, vous le devinerez aisément. Les auteurs du crime se virent dans obligation de porter menottes aux poignets, travaux forcés à l’appui.

Oui, le bizutage est théoriquement aboli, mais, en réalité, il y a des groupuscules de jeunes malintentionnés qui se disent « conservateurs », prêts à saisir la moindre occasion de distraction de la part d’espions placés un peu partout sous ordre du recteur.

Elvin Atufam comptait parmi les récalcitrants les plus endurcis. En période de « bleusaille », il pouvait tomber malade s’il faisait un jour sans rendre la vie infernale aux nouvelles recrues. Elvin bizutait au moins vingt fois en vingt-quatre heures ! C'était sa raison d'exister. Il se proclamait « Hitler » en la matière en se bombant la poitrine.

Il ne s'imaginait pas qu'un jour, son petit règne de pacotille prendrait fin définitivement ce lundi 16 octobre 2000 et de la façon la plus humiliante. « Comment donc ? », s'interrogeront les lecteurs. Lisez sans sauter et vous comprendrez...

Seize heures trente. Les cours en ce premier jour étaient terminés depuis déjà 12 heures. Atufam a exposé ses talents à la perfection. Certes, depuis huit heures du matin, il a jeté forces nouveaux à la piscine, transformé en perroquets plusieurs. Il n'a pas manqué de décorer à sa manière des visages de toutes formes. À cause de lui, d'autres ont stoïquement enduré des traitements assez inhumains.

Toutefois notre garçon n’était pas satisfait. Il voulait, selon ses dires, « finir sa journée en beauté ». Il décida d'entreprendre quelque chose qui, malheureusement pour lui, tourna au désastre suprême.

Elvin flânait de faculté en faculté lorsqu’il fut attiré par une superbe créature docilement assise au pied d'une statue de marbre à côté du Département de Physique. Il s'agissait, selon toute apparence, d’une fille de 18 ans qui lisait tranquillement une brochure. Son teint d’ébène avait tout de plus naturel. Sa chevelure en mèches fines encadrait une des ses faces qu'on n’oublie pas, d’une éclatante beauté, un visage innocent. Elle portait un complet style boubou terminant en jupe assez juste. Une forte poitrine et un postérieur de rêve se dessinaient dans ce complet. Les jambes bien sculptées de la demoiselle étaient fourrées dans des bottes à mi-jambe de couleur noire.

Une telle vision fit littéralement baver Atufam ! En deux, trois secondes, il fomenta un plan abject. Presque en courant, il regagna le home 6, son fief. De là, il mis à nu ses sombres pensées devant ses compagnons de lutte, des fumeurs de chanvre de triste renommée au Campus : Herbert, Alob et Junama-la-Tronçonneuse. Elvin proposait une espèce de débauche sexuelle à ses potes, dans laquelle il abuserait abondamment de la meuf qu’il a croisée à la Fac des Sciences. Ainsi, non seulement il finirait son bizutage excellemment, mais bien plus, il le finirait satisfait au plus haut point ! « D'une pierre, deux coups ! », s'esclaffait-il…

Quelques instants plus tard, nos quatre gaillards, tout pleins de mauvais désirs, se dirigeaient vers la fameuse statue où se tenait la fille « canonissime ». En moins de temps qui n'en faut pour le dire, ils encerclent la créature et se mirent à lui faire leurs avances. Notre jolie demoiselle ne pouvait que protester. C'est alors qu’à bout de patience (et d'arguments), Mister Elvin s'empara de la meuf d’une façon peu orthodoxe et l'emporta dans sa chambre de home. C'était sa chance, car les espions ne virent que du feu, tellement la chose était habilement exécutée. D'ailleurs, la fille se trouvait bâillonnée et solidement immobilisée par des bras vigoureux.

La suite, elle est facile à imaginer. Mademoiselle fut lancée sans ménagement sur le lit d’Atufam, puis sauvagement déshabillée. Elle a beau se débattre, beau hurler, ce n’était pas elle qui maîtrisait la situation. Évidemment, « Hitler » inaugura la partouze. Il se déshabilla à son tour est se mis à sauter la fille comme un chien, sous les cris d'encouragement de ses amis licencieux. Mademoiselle était encore pucelle, au grand plaisir d’Elvin, le dernier de sa carrière...

Atufam était sur le point de jouir quand survint un fait aussi mystérieuse qu’horrible. La fille ouvrit grand les yeux, comme prise d'un soudain étonnement, et regarda fixement le violeur. Tout d'un coup, celui-ci poussa un cri strident, de toute évidence un cri de douleur insupportable. Sa voix se tut aussi subitement qu’elle avait fusé du gosier, mais le visage conservait les traits nets et incontestables d'une grande souffrance.

Les amis d’Atufam cessèrent de parler et s’approchèrent de leur pote. Quelle effroyable surprise que de découvrir une mare de sang sous le drap ! Alob tenta de le tirer complètement. Ce qu’il constata lui arracha un hurlement de terreur : le sexe d'Elvin était tranché par des lames invisibles ! Lui et la fille semblaient inconscients. Le sang coulait à flot.

Les trois compagnons de l’infortune Atufam désormais six pieds sous terre prirent la poudre d’escampette en emplissant tout le home 6 de leurs cris où se mêlaient la peur panique et autre chose, peut-être un début de folie. Tout le monde fut alerté. On essaya tant bien que mal de questionner les gars. Ces derniers, pour seule réponse, indiquaient la chambre du feu Elvin. Les gens furent témoins du triste spectacle. À présent, tout le lit était trempé. Mais, comble de l'étrange, la meuf avait disparu sans laisser de traces ! ! Herbert, en sanglots, baragouina un semblant d'explication en racontant de façon confuse leurs frasques et ce qui advint.

Quelques minutes tard, tout le Campus fut bouclé. On chercha désespérément notre créature, sans succès aucun. L’être féminin s’était volatilisé. Une chose demeure certaine : il ne pouvait s'agir d’un être humain...

Alob, après cet inoubliable événement, se retrouva le lendemain dans l'asile d’à côté. Herbert, quant à lui, quitta définitivement le Campus, un choc dans le mental, sans cependant perte de ses facultés. Juna-la-Tronçonneuse entretint une telle blessure qu’il en devint stérile pour toujours.

Cette année académique 2001-2002, je ne crois pas que le bizutage fasse peur même à une mouche agonisante au Campus de Préhistorvilles.

À un éventuel « poil »,  je souhaite bon courage et... infinie prudence !

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Le manoir Idnekum-en-Stégonie

Le manoir Idnekum-en-Stégonie

Idnekum-en-Stégonie, appelé couramment Idnekum, est un bled comptant moins de 500 âmes au Nord de Préhistorvilles. Aux environs dudit lieu trône une imposante construction de style mi-gothique mi-baroque. Il y vit un couple sexagénaire sans enfant, de mœurs austères, n'ayant comme seule compagnie que trois dogues et une sentinelle, celle-ci étant remplacée le jour par quatre valets on ne peut mieux serviables.

Le manoir d'Idnekum moins a été il y a environ neuf ans le théâtre d'événements assez bizarre qui comportent des traits certains avec le paranormal. Les Glowsky ( notre couple), malgré cela, se maintiennent dans le château campagnard. C'est que ladite construction appartient à la famille du mari depuis au moins 600 ans, qui y est attaché par un lien très solide, presque vital. Abandonner le manoir équivaudrait à un déshonneur.

Quels sont donc ces événements qu’ont connus Jules et Patricia Glowsky ? Lisez la suite...

Dimanche 31 janvier 1993, vers 22 h 40, notre couple cause chaleureusement dans l’un des salons du castel. Dehors, il fait une nuit de pleine lune. L’atmosphère est calme et moite. Vers 22 h 45, ce silence presque assourdissant est brusquement interrompu par quelques coups secs et répétés à la porte d'entrée. Jules (le mari) se précipite, pensant probablement que c’est la sentinelle qui a besoin de quelque chose. Quelle n’est sa surprise de réaliser qu’il n’y a personne au seuil de la porte ! « Encore un plaisantin qui veut troubler notre tranquillité ! », se dit-il. Il ferme le portail massif. Dans les instants qui suivent, l'incident est oublié. La causerie se prolonge jusque vers une heure du matin.

Une semaine s'écoule dans le traintrain habituel de la vie des Glowsky, sans que quelques faits étranges aient à être signalés. Mais le lundi soir, nos mariés ne parviennent pas à fermer l’œil. En effet, de 23 h 30 à quatre heures, un véritable boucan se fait entendre du grenier à la cave en passant par les couloirs. On entend des pas mêlés à des conversations et plusieurs objets semblent s'être déplacés, tellement le remue-ménage brille par son intensité. Au petit matin, le couple décide de faire une rapide inspection de tout le manoir. Chose insolite, tous les objets sont à leur place habituelle ! On interroge la sentinelle, qui est prête à couper sa main aux lions que la nuit a été calme et qu’en outre, les chiens n'ont nullement aboyé de manière suspecte.

Les Glowsky doivent accepter l'évidence : s'ils ne perdent pas la raison (et ce n'est sûrement pas le cas), alors le manoir est bel et bien hanté. Nos époux commencent à se sentir encore plus seuls qu'auparavant. Après trois nuits de supplices qui ont connu pratiquement les mêmes manifestations et ce aux mêmes heures, Jules et Patricia prennent la résolution de faire appel à des proches de la famille, juste pour quelque temps. D'ailleurs, ça tombe bien : les Glowsky fêtent ce samedi leur 35e anniversaire, à l'occasion duquel un grand dîner est réalisé.

Ledit dîner débute assez à 16 h et se poursuit dans une ambiance fort gaie où le rire et la boisson coulent à flot. Ces réjouissances stoppent soudain vers 20 heures : des bruits violents se font entendre au grenier. On dirait que plusieurs caisses en bois sont mises sens dessus dessous. La fête se mue en profonde inquiétude de la part des invités. Plus personne n'ose parler. L'un des hôtes, plus hardi que les autres, prend le parti de partir voir ce qui cloche là au-dessus. Le spectacle qui s’offre à ses yeux est digne d'une scène du film Harry  Potter : des pommes et autres fruits enfermés pour la provision trouent avec fracas les boîtes qui les contiennent, comme animés d'une force surhumaine ! Mais ce n'est pas tout. Malgré leur vitesse de bolide, les fruits cognent les murs sans s'écraser et avec un vacarme qui ne correspond pas à la nature du choc. Le comble est que plusieurs oranges ont atteint dans leur course effrénée la tête ou les membres de celui qui est monté voir, mais le contact de celles-ci lui a fait le simple effet d'un tapotement ! Le monsieur le rêve pas, car il est accompagné quelques secondes plus tard d'au moins trois témoins. Le mouvement des fruits cesse une minute plus tard aussi subitement qu'il a débuté et tout reste dans l'ordre toute la soirée.

Minuit quart. Les convives, à contrecœur, regagnent leur chambre à coucher. Fatigués qu'ils sont, le sommeil les emporte en moins de vingt minutes. Cependant, à deux heures, ils sont témoins des choses qui ne s'oublient pas toute la vie...

Dans l'ensemble du manoir, de sérieux coups sont frappés sur les murs, qui font tout vibrer. Dans les couloirs, on entend distinctement de lourdes chaînes traînant rapidement à terre dans un mouvement de va-et-vient. Parfois, fait effrayant, des rires lugubres suivis des cris pas très humains fusent du salon principal. Les portes des chambres sont cognées avec véhémence. On craint même qu'elles ne cèdent.

Cloué par une peur panique, personne n'ose sortir de là où il se trouve. Toutefois, la sentinelle, qui a tout entendu de l'extérieur, parvient à forcer la porte d'entrée à l'aide d'un bélier. Pure surprise : il ne voit pas âme qui vive dans le salon et aux couloirs ! De plus, tous les bruits ont cessé, remplacés par un calme sépulcral entrecoupé de quelques aboiements de chiens qui, bizarrement, hurlent à la mort.

Rassurés par cette apparente accalmie, les occupants des chambres commencent un à un à sortir. Une chance que le courant ne soit pas coupé sous cette nuit orageuse qui a le don d'accentuer le malaise général. Bientôt, un cri (humain cette fois) est entendu de la chambre du couple. Tout le monde y accourt. On constate avec étonnement que la porte est fermée à double tour. Heureusement, parmi les invités, un serrurier est présent qui parvient à débloquer la situation. C'est qu'il voit lui arrache à son tour un cri, ce qui fait se précipiter les gens, qui n’en croient pas leurs yeux : le lit des Glowsky est en pleine lévitation à un mètre cinquante du sol, animé d'un léger mouvement de rotation. Emma, l'une des invités, fort croyante, susurre une prière. Il s'ensuit que le lit est posé à terre en quelques secondes.

Le couple parvient à retrouver ses esprits. Jules affirme que la chambre n'a jamais été fermée cette nuit à clé et que, d'ailleurs, celle-ci est dans sa poche ! Ces dires sont confirmés par son épouse. Un mystère total que la porte s’est fermée d'elle-même.

Le reste de la nuit, vous le concevrez aisément, rend nos ex-convives insomniaques. Et comme pour narguer ces derniers, les manifestations cessent jusqu'au matin.

Sur deux invités, huit jugent sage de quitter les Glowsky, prêts à donner n'importe quoi pour ne pas passer une nuit de plus sur le manoir. Seule Emma, la croyante, et un cousin à Patricia, veulent bien rester. Mais pour l'instant, il s'agit de dénicher un bon exorciste.

Par bonheur, un expert en la matière, le Père Slavitch Popodrianos a, cette année-là, une cure dans les parages. On fait appel à lui vers 11 heures. Arrivé chez le couple 15 heures, notre religieux ne tarde pas à se mettre à l’ouvrage.

Le simple signe de croix de l'exorciste fait claquer une fenêtre de la salle de séjour. La prière, qui a duré pas moins de trois heures, s'est accompagnée de plusieurs faits aussi étranges que violents, allant des déplacements d'objets, mêmes très pesants (un piano s’est renversé bruyamment) à des cris glaçants de damnés. Il y eut plusieurs bris de vitres et de vaisselle, suivi toutes les fois d'un mystérieux vent d’outre-tombe. Décidément, ce n'est pas une poignée d'esprits qui hante les lieux, mais bien une cohorte des démons et d’âmes en errance, aidés de certains génies malfaisants. Tous ces êtres semblent invisibles aux yeux des profanes. Mais Père Slavitch les voit à la perfection.

Pas de doute : la délivrance de l'endroit doit bien prendre dix jours, pendant lesquelles il serait préférable que personne n'habite le manoir. Par conséquent, notre couple sexagénaire est dans la contrainte de laisser un moment son chez-soi pour louer un hôtel à Ezepm-Moustik, à 30 kilomètres d’Idnekum-en-Stégonie.

Le Père Slavitch réussit à avoir raison de la dernière entité spirituelle au bout de huit jours durant lesquels il n'a presque pas dormi et a mangé fort peu. Les esprits étaient de taille, car il a fallu un collège de 12 prêtres exorcistes pour purifier le castel et ses environs. C'est que le château campagnard est bâti sur un ancien cimetière médiéval qui, selon l'histoire, était le dernier séjour des suppliciés et d'autres individus ayant connu une mort violente sans pénitence, la plupart des fois.

De retour au manoir, les Glowsky le retrouvent dans un état de grand désordre, comme si un cyclone était passé par là : les tableaux sont renversés quand ils ne sont pas carrément jetés à terre. Les vitres brisées se comptent par dizaines. Plusieurs bustes ont littéralement volé en éclat. Nonobstant, chose heureuse, tout le reste de la vaisselle a été épargné.

Vous conviendrez avec moins la profonde stupeur qui gagne Jules et Patricia, qui ne s'empêchent pas de verser d'abondantes larmes. Certes, l'assurance peut payer une partie de la somme perdue, l'église une autre. Mais les biens endommagés ont une valeur inestimable, totalement affective. Le Père Slavitch promet aux couples que les esprits frappeurs sont définitivement renvoyés des lieux. Toutefois, il ne garantit pas que toutes les manifestations d’outre-tombe prendront fin : il peut persister des phénomènes fugitifs, mais silencieux. Après tout, un cimetière reste un cimetière, c'est-à-dire un endroit à force surnaturel par excellence. Stoïques, les Glowsky qui se résignent à cet état de choses. Et le Père Slavitch, ils le constatent jusqu'à présent, n'avait pas tort : des reliquats de manifestations paranormales survivent bel et bien à exorcisme. Tenez :

Six mois après les événements, le 1er juillet 1993, un beau jeudi ensoleillé, Patricia est en train d'écrire une longue lettre à sa cousine de Préhistorvilles. La femme âgée se trouve dans son bureau personnel. Il fait plus ou moins 14 h 30.

Alors que Mme est concentrée à la rédaction de sa missive, une silhouette noire se dessine subitement à la fenêtre, créant une pénombre notable. Il s’agit d'une forme apparemment féminine tournée de profil. Au niveau de la poitrine, une espèce de médaillons bat d'une lueur verdâtre surnaturelle. Cela évoque étrangement un cœur en train de battre.

Patricia ne panique pas. Elle se lève calmement de son siège et tire le rideau avec énergie. Quel choc ! Seul le soleil renvoie ses rayons perçants sur le visage de la sexagénaire. La silhouette s’est évaporée !

Cela n'est qu'un exemple des manifestations sporadiques que les Glowsky souffrent jusqu'à maintenant, au point même de s'y habituer. Néanmoins, un seul fait paraît se répéter dans le temps et se prolonger durant une longue période. En effet, chaque nuit depuis la dernière séance exorcisme, de deux heures du matin à six heures environ, avec une surprenante régularité, une lueur bleutée est aperçue du dehors, provenant d'une des chambres de l’aile ouest. Même une caméra, la moins fidèle soit-elle, filme parfaitement le phénomène. Le plus drôle dans cette apparition et que de l'intérieur de la fameuse chambre, aucune lueur suspecte n’est vue !

Posté par Kule Tundira à 13:48 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

L’affaire gore Edouardino van Podzal

L’affaire gore Edouardino van Podzal

Le récit suivant a grandement défrayé la chronique préhistorvilloise en son temps. Il comporte tellement de points choquants que les esprits sensi­bles s’abstiendraient volontiers de les lire. Les vidéos en rapport immédiat avec ledit récit n’ont, en outre, jusqu’à présent, jamais révélé la moindre trace de tru­cage…

V

an Podzal était un grand négociant en bois qui débuta son commerce à Lourd, aux environs de Brouillarvilles. Il fut obligé de quitter la région vers 1993, vu que l’exploitation des essences forestières connut un coup fatal asséné par le très sévère Protocole des Éoles qui interdit la coupe des plantes et arbustes sauvages dans toute la région de Lourd. La région de Fibreux, fait heureux, ne fut pas concernée par cette mesure. Conséquence évidente : notre négociant s’installa à Préhistorvilles, chef-lieu de Fibreux, en novembre 1994. Son commerce, en mois de trois mois, lui rapporta énormément. Ce 25 juin 1995, il devait passer l’une des plus grosses commandes de sa carrière : plusieurs dizaines de tonnes de grumes d’ébène. La ville de destination de cette marchandise précieuse était connue : Olokilo, à environ 950 km au Nord de Préhistorvilles.

Seulement voilà : le tronçon reliant ces deux lieux est longé, au kilomètre 723, par un petit village de réputation sulfureuse dans le coin. C’est qu’aux dires de certains, sa population est majoritairement composée d’individus naviguant dans les sphères les plus haut perchées de la magie la plus noire concevable. Il se trouve que chaque année au courant du mois de juin, des cérémonies d’un goût douteux sont organisées au bord de la route, histoire d’étaler les derniers crus en fait des tours sorciers et d’autres sortilèges de même saveur. Il est imprudent de circuler dans les parages pendant le déroulement de ces rassemble­ments inquiétants, généralement de minuit à cinq heures. C’est que seul des occultistes convenablement calibrés peuvent s’aventurer au kilomètre 723 à pareille heure en pareil moment de l’année.

Seulement voilà : Edouardino est un cartésien jusqu’aux fibres les plus retirées de son corps et de son âme. Pire ! Il a même du mal à croire en l’existence de Dieu ou de quelque force spirituelle. Il estime que son raisonnement est le meilleur et adore faire passer les gens pour des abrutis. Bref, c’est un homme suffisant qui se prend pour le nombril du monde ou un pic de la Mirandole. Sans problème, vous devinerez que cette histoire de kilomètre 723 ne l’intéresse guère. Elle est vite balayée d’un ostensible revers de la main.

-           « Voyons, Médard ! Il ne faut pas être un génie pour se rendre compte que cette fable vient tout droit d’un cerveau dérangé de bonne femme hys­térico-paranoïaque !

-           Patron, c’est pas de la gnognotte ! Tout le monde en parle ici !

-           Pas étonnant ! Cette ville est remplie de gens à l’esprit obtus dénué de jugeote. On peut leur raconter que l’eau est inflammable, ils croi­ront !

-           On voit bien que vous n’avez pas vécu à Préhisto !

-           Fort heureusement, mon cher !

-           Moi je pense que le moment est mal choisi pour effectuer cette livraison. On peut pas la reporter pour début juillet ?

-           Non, mais tu pètes les plombs, Médard ! À cause de cette histoire à la con ? Ne me dis pas que toi aussi, tu vas t’y mettre ?

-           Patron, y a pas de fumée sans feu. Quand un tas de personnes disent la même chose, il y a de fortes chances que cette chose soit vraie.

-           Mon pauvre ami, il fut un temps où les gens pensaient que le Soleil tourne autour de la Terre. Tu sais comme moi que tout le monde se gou­rait alors, bien que ce fût l’avis ambiant.

-           Rumeur ou pas, je tiens à vivre. J’ai une femme et 5 gosses à ma charge. Ils ont encore besoin de ma présence physique auprès d’eux…

-           Tu veux dire pas ces propos ô combien pathétiques que tu ne conduiras pas le camion ?

-           Exactement.

-           Écoute, Médard ! J’ai galéré pour trouver le mec qui aurait bien l’obligeance de me mener à ce putain de merdier qu’est Olo-machin. Que je sa­che, je ne t’ai point braqué un Magnum sur la caboche pour te contraindre à me suivre. Tu l’as fait de ton plein gré. Voilà que tu changes d’avis comme quand je changeais de partenaire à mes 18 ans.

-           C’est que, patron, j’avais oublié que nous sommes en juin.

-           Tu vois cette caméra ? Je l’ai achetée juste pour te prouver qu’à quelque période de l’année que ce soit, y a rien de bien méchant au kilomètre 723 la nuit. Je pense qu’une K7 de 180 minutes sera suffisamment longue pour étayer mon point de vue.

-           Je ne dis pas le contraire, patron. Vous filmerez tout simplement… sans moi !

-           Tu conduiras le camion, bordel ! Comment fais-tu pour avoir la trouille d’une chose qui n’existe pas ?

-           Patron, j’adore énormément la vie. Pour rien au monde, j’aimerais la perdre prématurément.

-           Médard, avec tout ce bois, j’en ai au moins pour 11 000 I ( ([1]). Je te jure que si nous livrons la marchandise à bon port, tu auras droit à 10% de ce qu’on va gagner.

-           C’est pour rire, n’est-ce pas, boss ?

-           Je n’ai pas coutume d’étaler stupidement mes dents.

-           Si c’est comme ça, je peux même vous conduire en enfer !

-           Encore que cette saloperie existe… Bon, trêve de blabla ! À ma montre, il est 14 heures. Je te laisse trois heures pour te préparer. On quitte cette ville de cancres à 17 heures au plus tard. Avec un peu de chance, on arrivera à destination vers 7 heures du mat. Prions que la route ne soit pas embouteillée.

-           Tiens donc, patron ! Depuis quand vous priez ?

-           Occupe-toi de tes fesses !

-           Un peu de pudeur, boss ! »         

Comme convenu, à 17 heures, Médard, le chauffeur de service, tourne la clé pour démarrer. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le véhi­cule s’engage  sur la route asphaltée. La vitesse moyenne est de 45 km/h, du moins jusque 20 heures. La raison en est simple : jusqu’au kilomètre 135 environ, de nombreuses artères coupent la route en direction de nombreuses villes et bourgades. Le reste du tronçon est très peu fréquenté la nuit tombante. Vous imaginez l’impatience d’Edouardino qui bout littéralement sur son siège. Fumeur invétéré, durant ces 3 heures qui touchent heureusement à leur fin, il a consommé pas moins de six paquets de cigarettes !

-           « Patron, fumer est préjudiciable à la santé.

-           Tu recevras une baffe préjudiciable à ta santé si tu ne la fermes pas !!

-           Zen, patron, zen… »

Vingt heures trente. La circulation est très dégagée. Le véhicule atteint allègrement 70, voire 80 km/h. Le visage de van Podzal, crispé il n’y a pas long­temps, paraît se détendre. Mais il n’est pas d’humeur à causer.

-           Dites, boss, j’ai envie de vous raconter une bien bonne.

-           Fous-moi la paix et roule. De toutes les façons, tes histoires péniblement comiques, je n’y pige que dalle.

-           Tiens, patron, comment savez-vous qu’à mes moments perdus, je suis carreleur ?

-           Non mais quel couillon ! Que donc fabriques-tu pour être si bête ?

-           Patron, j’en ai marre que vous me traitiez d’idiot à tout bout de champ !

-           Alors, tu la boucles ! T’as l’air plus sensé quand tu fermes ta gueule. Et pour te saper définitivement l’envie de bavarder, je t’ordonne de conduire sans arrêt et à vitesse constante jusqu’à destination. Si tu t’arrêtes, je réduis de moitié ton salaire. Penses-y silencieusement. »

Deux heures trente du mat. Le camion continue de rouler à vive allure. À l’intérieur du véhicule, comme le voulait van Podzal, personne ne dit mot. Mais ce silence qui n’a que trop traîné est tout d’un coup interrompu. C’est que les phares éclairent en pleine route un gros tronc d’arbre qui bloque le passage. Et, coïnci­dence drôle, il s’avère que c’est le kilomètre 723 ! Edouardino enrage, alors que Médard, son compagnon et garçon de course de circonstance, panique intérieure­ment.

-           « Putain ! C’est qui l’écervelé qui a eu la lumineuse idée de foutre cette merde sur la voie publique ? Décidément, c’est une région de tim­brés profonds !!

-           Boss, sans vouloir vous offenser, la pancarte indique que nous sommes au kilomètre 723. Et qui plus est, en juin !

-           Âme crédule, improductive à la limite ! Prends le caméscope et enregistre dès maintenant. Moi je descends du véhicule pour donner une sé­rie de raclées à ces handicapés du cortex. Tu vas filmer une véritable scène de bagarre ! »   

Rouge de colère, van Podzal saute du camion. À peine a-t-il posé ses pieds à terre que se produit quelque chose que l’esprit humain ne peut que se refu­ser à croire : Toujours sur l’asphalte, juste derrière le tronc d’arbre, un énorme feu de bois apparaît subitement. Tout autour, une douzaine d’individus se tiennent respectueusement. Ils sont tous vêtus d’une longue tunique d’un blanc éclatant, tunique balayant le sol. La vision est si soudaine qu’Edouardino en est ébloui durant plusieurs secondes. L’un des membres de la cérémonie se détache du groupe et avance vers le véhicule de quelques pas. Selon toute apparence, il s’agit du chef du village ou du maître du rituel. D’un geste explicite, il fait signe à Médard de sortir de l’habitacle. Le garçon de course s’exécute, tout tremblant. Une chance qu’il ne lâche pas le caméscope numérique.

-           « Étranger, que fais-tu ici à pareille heure et à pareil moment de l’année ?

-           Il s’avère, bande de clowns, que j’ai décidé de livrer des grumes aujourd’hui. Est-ce un péché ?

-           T’imagines-tu violer impunément notre culte actuel ?

-           Dites, les gars, fini la comédie ! Votre tournage, il est impec et je me creuse la tête, me demandant de quels effets spéciaux vous vous êtes ser­vis pour cette scène. Mais là, j’ai un boulot à terminer. Je vous serais infiniment reconnaissant de dégager le passage.

-           Il semble, étranger, que tu ne comprends rien.

-           Vous non plus, semblant d’ectoplasmes ! Vous ne savez pas à qui vous avez affaire. Je me nomme Edouardino van Podzal et je ne suis pas n’importe qui. J’ai tous les moyens pour faire capoter votre film et de vous traîner en justice. Et là, vous direz adieu à votre miteuse carrière de réalisateur merdique !

-           Étranger, j’exige un tour de magie de ta part pour t’autoriser à circuler. Un vrai tour, que tous nous ignorons.

-           Vous avez un très gros problèmes, Monsieur ! Un vrai tour, c’est votre cerveau qui vous en joue. Et la magie, c’est que je vais de ce pas vous en donner une bien bonne.

-           Inconscient ! Nous allons te prouver que la plaisanterie n’est pas trop notre fort. Pour commencer, je vais bloquer tes fonctions locomotrices et celles de ton compagnon. Je souffre toutefois de vous laisser la faculté de parler »   

Aussitôt dit, aussitôt fait. Tels des statues, Edouardino et Médard se retrouvent figés à l’endroit où ils se tiennent, conservant leur dernière posi­tion. Médard a, malgré lui, le loisir de filmer parfaitement le reste des événements qui, vous le verrez plus loin, atteignent le comble de l’horreur. Si vous avez des ennuis cardiaques, mieux vaut cesser de lire et faire autre chose…

-           « Étranger, l’honneur m’échoit de te présenter notre trouvaille n°1 de cette soirée. Tu vois cette vieille femme toute ménopausée ?

-           Qu’est-ce qu’elle a ? Des myomes ? Un cancer de l’utérus ?

-           Étranger, l’heure n’est pas à la rigolade ! Cette femme, disais-je, a presque 70 ans. Elle aura cependant un enfant sous nos yeux.

-           La médecine a évolué et, parfois, je l’avoue, elle produit des miracles.

-           Ton esprit est bouché. J’ai bien dit que cette femme « aura » un enfant. Je n’ai pas dit que ce bébé serait conçu d’un accouchement ! Ila­wam, aiak, alas! ([2] »

Bientôt, une très grosse vieille femme au ventre distendu et au visage tout ratatiné s’écarte du cercle des sorciers, mais sans quitter la route. Elle se pen­che doucement vers le sol et se met aussitôt à roter avec violence. Peu après, un épais et visqueux liquide verdâtre sort avec pression de la bouche grandement ouverte de la femme, comme avec un robinet. Cela prend vingt secondes ininterrompues ! Une odeur insupportable de putréfaction règne dans les parages. Suit après un autre rot qui s’accompagne du rejet brutal d’une espèce de pâte orange qui tombe tout aussi lourdement sur la voie durant presque 10 secondes. Par terre s’étend en éclaboussures une gigantesque flaque de couleur indéfinissable. La sorcière souffle en râlant pendant 30 bonnes secondes, puis écarte démesurément ses mâchoi­res, à la manière d’un boa constrictor. Une tête ensanglantée de fœtus à terme jaillit de la gueule de la vieille. Le tronc et les jambes ne tardent pas à faire surface, sous un concert insoutenable de vagissements et d’éructations. Cette délivrance sui generis prend un peu plus de deux horribles minutes. Ce temps écoulé, le bébé a vite fait de s’affaler lourdement dans la mare élargie en pataugeant littéralement. À la vue de spectacle, Médard tombe carrément en pâmoison. Ses bras sont comme scotchés à la caméra qui n’a pas le temps de quitter les mains ou de changer de position. Edouardino, lui, laisse couler d’abondantes sueurs froides. Il essaie de vomir pratiquement sur lui-même, mais son estomac est vide. Il se domine malgré tout et reprend le contrôle de ses facultés internes. Mais le fameux tour n’est pas encore fini…

-           « Pour te prouver, étranger, que la haute magie gouverne notre réunion, le fœtus que voilà va regagner le ventre de cette femme, non pas par la bouche, mais par son col utérin. Ilawam, exécution ! »   

La vieille sorcière s’assied à même son gros dégueulis, salissant parfaitement sa robe blanche. Elle écarte ses jambes et enfonce l’enfant dans son va­gin tête première, sous des cris déchirant faisant peine à auditionner. Au bout de trois minutes, le fœtus a disparu !

Edouardino en est ébahi. Médard n’a pas, pour sa part, assisté au spectacle, car toujours inconscient. Il ne reprendra des couleurs que quelques ins­tants plus tard.

-           « Étranger, que dis-tu de ce tour magistral ? N’est-il pas un éloge à El Diablo ?

-           Force m’est d’admettre que vous avez excellé dans les effets spéciaux. Malheureusement, ce chef-d’œuvre du cinéma ne mérite, à mon sens, au­cun oscar : il est trop dégueu pour passer en public. Maintenant, de grâce, cessez de m’hypnotiser. Rendez à Médard et à moi la libre locomo­tion. Par la même occasion, nettoyez-moi toute cette gerbe puante afin que mon camion continue son bonhomme de trajet dans des condi­tions sanitaires acceptables.

-           Ton incrédulité est maladive, étranger ! Je vais donc à présent te montrer le second tour. Et je te préviens : il sera le tout dernier. Si tu n’as rien à me proposer, tu mourras de manière spectaculaire, comme tu adores le cinéma.

-           Faites donc votre scène. Tournez, ne vous gênez pas. À force, je commence à prendre goût à vos simagrées hautement colorées

-           Tu vois le fût à ta droite sur l’herbe ? Il contient un liquide totalement acide. Une barre de fer peut se dissoudre en quelques secondes. L’un des membres de notre confrérie, le créateur de ce tour, va y plonger et se liquéfier en un rien de temps. On versera ensuite le contenu du ton­neau et, devant tes yeux profanes, la bouillie va redevenir humaine. Vois… et frémis ! Ebnagne, démonstration !

Contrairement à la vieille répugnante, le monsieur qui s’apprête à faire son numéro occulte est un homme d’un certain âge, filiforme : il est mince comme un gratana ([3]) et atteint 2 mètres ! L’individu dont question plonge d’un geste rapide sa jambe droite dans le bain d’acide contenu dans le fût en plastique de 100 litres. Il s’ensuit des hurlements de douleur, sous une épaisse fumée âcre. Par nous ne savons quel courage (et même quelle acrobatie), le quidam parvient à soulever son autre jambe et à se jeter tout entier dans le baril. Il n’a pas le loisir de crier. Un grésillement insistant se fait entendre. La fumée devient de plus en plus épaisse, prenant des teintes rougeâtres. Par la même occasion, l’intérieur du tonneau se met à bouillonner avec frénésie. Cinq minutes sont nécessaires pour que la macabre réaction chimique se stabilise. Comme l’avait prédit le maître des cérémonies, le résultat donne une légère bouillie brunâtre dépourvue de gru­meaux. On dirait quelque soupe, mais on a vite des haut-le-cœur rien qu’à penser qu’il s’agit là d’un homme qui a changé… d’état !

La deuxième étape du tour ne tarde pas. Quelques membres du rituel, à l’aide des tiges métalliques, parviennent à verser sur l’herbe le contenu du fût. Le liquide se répand avec ébullition, re-dégagement de fumée et destruction irrémédiable des plantes au passage dudit liquide. Il ne s’écoule pas 15 secondes qu’une chose extraordinaire se produit : par un miracle qui ne dit pas son nom, la terre trempée se regroupe en une grosse motte et, petit à petit, prend forme humaine. Le monsieur filiforme retrouve son aspect normal, bien habillé et sans une trace de brûlure ni de traumatisme. Il est même tout souriant ! Médard, qui a repris ses esprits, n’en croit ni ses yeux, ni ses oreilles, ni son odorat (une odeur de plastique brûlé plane dans les parages). Van Podzal a le culot de prendre la parole en premier :

-           « Cette fois, les gars, désolé, mais ce n’est pas très réussi. J’ai vu une scène du genre dans Terminator II. Je vous suggère de sauter cette par­tie : elle est pas du tout originale.

-           Étranger, tu nous pousse à bout.

-           Vous aussi, vous me les faites chier avec votre tournage déplorable. Ça ne vaut pas un pet de lapin. J’ai perdu presque une heure de mon pré­cieux temps, mais je passe l’éponge. Ça fait un bail que j’ai suivi des films d’horreur. maintenant, vraiment, terminé cette parodie et…

-           Assez, étranger ! Tu as profané notre cérémonie. Tu vas payer de ta vie pour cela.

-           Bandes de nazes ! Je serai ô combien curieux de voir cela!

-           Que ton âme repose alors en paix, étranger, ou plutôt… qu’elle aille aux enfers ! »

Le maître du rituel accomplit un geste lent de ses mains, à la Kung-Fu. Edouardino s’étonne de sentir qu’il ne touche plus terre. En effet, il a pris une position de 45° à 2 mètres du sol. Le sorcier en chef effectue un autre geste. Van Podzal se met à crier de douleur. Un lent bruit de déchirement emplit l’air. Bientôt survient un fait tout à fait abominable : le ventre du négociant s’ouvre bruyamment et laisse lourdement tomber les entrailles sur l’asphalte comme des spaghettis géants. Juste après ce déballage interne, le corps cesse de léviter et s’écrase avec force éclaboussures sur ses propres tripes. Médard est pétrifié. Il attend sa mort prochaine qu’il espère infiniment plus douce. Il est agréablement surpris. C’est que, comme par enchantement, notre conducteur retrouve toutes ses facultés locomotrices. Cela survient de manière si soudaine que le caméscope manque de rejoindre le sol. Néanmoins, il continue de filmer, gagné par un état de quasi-hébétude.

-           « Nous te laissons la vie sauve afin que tu sois la preuve vivante que nous ne désirons jamais être interrompus dans nos activités surnaturel­les. Ton compagnon a été une insulte à nos traditions. Selon nos coutumes, nous n’allons même pas daigner l’inhumer : qu’il pour­risse en plein air ! Quitte à toi de lui réserver une tombe à ta convenance. Mais là n’est pas l’essentiel. Je te demande juste une chose : fais demi-tour et rentre d’où tu viens. Prochainement, n’ose pas longer notre village en ce moment de l’année. Sinon, je te promets une fin de loin plus violente que celle de cet abruti. Cela dit, adieu ! »

Juste après ces paroles à faire frémir, l’assemblée des occultistes se met à battre des pieds avec vigueur dans une sorte de danse, cela agrémenté d’incantations intraduisibles. Au fur et à mesure que se prolonge le manège, l’aire du rituel prend un aspect brumeux, voire fantomatique, au point de s’estomper complètement au même rythme que les chants incantatoires. La route redevient déserte comme si de rien n’était. Le tronc d’arbre a disparu, mais le corps éventré d’Edouardino demeure à terre, ainsi que les vomissures étonnamment abondantes de la vieille. Sur l’herbe subsistent, parfaitement nettes, les traces de détériora­tion causées par le bain d’acide. Bref, le rêve ici n’est pas concevable, d’autant plus que la caméra a tout filmé au détail près.

Médard, tel un automate, regagne le camion, complètement sonné. La caméra continue à filmer et continuera son boulot jusqu’à la fin de la bande, puis s’arrêtera de fonctionner lorsque la batterie sera épuisée. Notre camionneur démarre machinalement. C’est miracle qu’il parvient à faire demi-tour : dans ses manœu­vres fébriles, il a failli écraser le corps déjà en bien mauvais état de son ex-patron de circonstance. Il parvient quand même à se positionner comme il se doit et file à tombeau ouvert jusqu’à la prochaine station-service, au kilomètre 114. Après avoir fait le plein, il parcourt encore 30 kilomètres lorsque ses forces le quit­tent. Physiquement, il est plat et moralement, il est en morceau. Médard perd connaissance au volant. Le véhicule roule ainsi dans son mouvement d’inertie et cogne, par bonheur à faible vitesse, un autre camion, crée derrière lui un embouteillage sans cesse grandissant. Dix minutes plus tard, la police est sur le lieu de l’incident. Il n’y a que des dégâts matériels mineurs. Médard est sauvagement tiré de la cabine, mais pas de sa torpeur : il est vraiment dans les vapes. Il se réveillera trois heures plus tard dans un commissariat des environs, sur une chaise, la caméra devant lui, ainsi que quelques autres effets dans le camion. La police ne ménage guère ses efforts en faisant passer à notre conducteur un interrogatoire très sévère. Tour à tour, Médard est soupçonné d’être dealer, trafiquant de bois, ivro­gne. Faute de preuve, toutes ces accusations sont rejetées. Néanmoins, lorsque la cassette contenue dans le caméscope est visionnée, la thèse du psychopathe s’impose. Médard rejoint rapido le centre des pathologies mentales le plus proche.

L’enquête, elle, se poursuit. Le véhicule est confisqué avec toute la marchandise. Une équipe se rend sur les lieux du drame. À 11 heures du lende­main, elle découvre avec effroi le corps d’Edouardino en décomposition fort avancée, grouillant de vers et empestant à distance. Selon toute apparence, depuis la nuit tragique, personne n’est passé par là ou, du moins, personne n’a daigné s’arrêter pour enterrer notre ex-négociant. Malgré la pluie battante de la veille, les détériorations suspectes de l’herbe dues au bain d’acide n’ont pas disparu. L’analyse en labo n’a pu déceler la composition de la substance corrosive. On conjec­ture sur le chlorure d’hydrogène. Le corps est acheminé à Préhistorvilles, où la famille van Podzal organisera un deuil dans la plus grande désolation et consterna­tion. Promis, juré, le meurtrier doit subir une punition mortelle et fort pénible à supporter.

Les présumés meurtriers, on les connaît. Ce sont les membres de la cérémonie d’il y a deux jours. Fait heureux, leur village borde le kilomètre 723. vite fait, une fouille systématique est opérée. Résultat : néant. Aucun objet rituel, aucune tunique n’est retrouvée. Le gourou et sa clique de sorciers sont portés disparus, comme s’ils n’avaient jamais existé !

Les habitants sont sérieusement cuisinés, mais rien n’est obtenu d’eux, à croire qu’ils sont tous passés à un lavage de cervelle.

La famille d’Edouardino est enragée. Elle ne manque pas de moyens : les SSI (Services Secrets Imaginiens) sont mis au parfum. Toute la région de Fi­breux est passée au peigne fin. Cela correspond à une période peu souhaitable de vache maigre pour les faiseurs des mauvais sorts, dont plusieurs sont pris la main dans le sac. Cependant, les véritables coupables se font toujours attendre.

Jusqu’à ce jour, on mène des investigations qui piétinent pas mal. On a beau espionner les habitants du fameux village chaque mois de juin, beau patien­ter dans l'espérance d’une cérémonie, perte de temps ! D’aucuns racontent que les rituels se déroulent dans l’invisible au même moment au même endroit. Peut-être n’est-ce pas faux. En effet, un individu effronté, le 10 juin 2002, roulait dans sa Merco vers deux heures du mat au kilomètre 723. On le retrouva plus tard carbo­nisé dans une bagnole n’ayant subi aucun dommage ! Ce jour-là, précisément, aucun agent des SSI n’était présent, comme par hasard ! Pas de témoin non plus pour raconter les faits.

Depuis janvier 2004, les agents secrets se sont avoués vaincus, les Podzal également. Médard, lui, a quitté les cliniques psychiatriques depuis 8 ans. Il a préféré s’essayer dans l’électronique. Quant au kilomètre 723, il continue de traîner sa réputation à odeur pestilentielle, à telle enseigne que même les autorités administratives ont pris des mesures en vue de protéger les paisibles citoyens de Préhistorvilles désireux d’emprunter la voie Préhistorvilles-Olokilo le 6e mois de l’année… Prudence non prouvée, mais prudence justifiée… 


[1] Monnaie d’Imaginos. 1 I = 5 $.

[2] « Ilawam, viens et conçois », en alagnil, la langue la plus parlée à Fibreux après le français et l’anglais.

[3] Espèce de petit bâtonnet très effilé à base de farine de maïs, très prisé à Kinshasa.

Posté par Kule Tundira à 13:40 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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